jeudi , 20 septembre 2018
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We Are Only Riders

The Jeffrey Lee Pierce Session Project

Label: Glitt (distr. Irascible)


Réunir des artistes intouchables par dizaine dans un seul disque, le tout dans un quasi anonymat. C’est le paradoxe de ce We Are Only Riders. Autour de ce projet, un grand monsieur: Jeffrey Lee Pierce. Tentative d’explication.

Au début, il y a la notice d’emballage: « We Are Only Riders is more thant just a “various artists” compilation ». L’avertissement est importantissime, tant le projet est noble et singulier : rassembler l’espace d’un disque des artistes interprétant ou complétant le travail inachevé de Jeffrey Lee Pierce, mort trop tôt. Et quels artistes : Nick Cave, Mark Lanegan, Debbie Harry, Lydia Lunch, mais aussi David Eugene (des grands 16 Horsepower) ou encore The Raveonettes, où comment se retrouver entre de bonnes mains, comme si c’était trop beau pour être vrai. De fait, (se) rappeler qui est cet énigmatique Jeffrey Lee Pierce, surtout pour la génération années 2000, est obligatoire. Le Californien, né en 1958, était le leader des oubliés et pourtant indispensables bluesy The Gun Club, tout en étant rock critic pour le fanzine Slash Magazine et présidant le fans club de… Blondie. Il va s’en dire que son carnet d’adresses n’est rien à côté de ses nombreuses sincères amitiés et que l’homme n’est pas un nobody. Pierce est décédé en 1996, laissant derrière lui quelques trésors.

 

Découverte miraculeuse

 

Parler de trésor n’est qu’un euphémisme tant la découverte faite par Tony Cmelik (Cypress Grove) était miraculeuse. Dans son grenier, un sac de vieilles cassettes, oui, des cassettes, celles-ci même qui reviennent sur le devant de la scène, m’a-t-on dit. Dans ce sac, une bande à l’étiquette “JLP Songs”, qui étaient originellement plus des ébauches d’album au son garage qu’un véritable travail peaufiné. Parmi ces morceaux, des titres country : “Rambling Mind”, “Constant Waiting” et “Free To Walk”. Il y avait la base, mais pas de suite. Des artistes contactés via Internet par Cmelik profiteront de l’aubaine pour y mettre leur cœur à un ouvrage riche et émouvant. Pour la petite histoire, même Isobel Campbell (ex Belle and Sebastian), sur scène avec Lanegan depuis quelques temps, adoptera le titre “Free To Walk” lors de ses concerts.

 

 

 

 

Forcément, les titres originaux de Pierce se répètent tout au long de l’album, si bien que l’intensité se disperse par moment, après avoir entendu trois fois le pourtant génial “Rambling Mind” ou “Constant Waiting”. Reste que Cmelik a su organiser ces seize pistes de façon judicieuse, en hiérarchisant le tracklisting par l’impact des “reprises”, par matricule des artistes, et aussi par style – tout en accompagnant à la guitare sur chaque morceau. Si bien que l’on retrouve sans grande surprise le colossal Nick Cave pour ouvrir le bal, accompagné sur le morceau ci-dessus par Kid Congo Powers à la guitare slide pour une association à laquelle il manque les superlatifs. D’un tel titre, on pourrait en faire un film, c’est certain. On n’avait pas entendu chose aussi belle depuis les dernières sinécures de… Nick Cave (avec ses Bad Seeds ou chez Grinderman). La suite est elle aussi royale avec l’entrée en scène de Mark Lanegan, avec “Constant Waiting”, ici aussi superbement interprété, à l’instrumentation ahurissante (banjo, mandoline, lap steel, percussions etc.) à en donner des fourmis à Calexico, en vacances vraisemblablement. Dans un registre plus shoegaze, The Raveonettes livre un “Free To Walk” un ton au-dessous, probablement impressionnés par l’enjeu ou moins talentueux que leurs compagnons – sans doute. On se reportera donc sur l’exécution bien plus sensuelle de ce morceau par Lanegan et miss Cambpell en plage numéro 8. Parmi les choses bouleversantes (attention à l’interversion des pistes 4 et 5 sur la pochette), on retiendra le “When I Get My Cadillac” de dame Lydia Lunch, proche de Cave et reine du vrai underground, celui qu’on ne connaît pas (non, pas celui des, hum, Strokes). La vie a coulé dans les veines de cette New-yorkaise, et cela s’entend, avec une ballade magnifique, courageuse, quasi-autobiographique. Celle qu’on appellera à vie Blondie, Debbie Harry, profite aussi de “Lucky Jim” pour répéter qu’elle n’est pas qu’une éternelle blonde à paillette au passé mirifique. Avec Nick Cave au piano, elle livre cependant le morceau pop du projet, comme un produit d’appel que n’importe quelle radio responsable (ce qui veut dire, quasi aucune) se devrait de diffuser sur ses ondes…

 

 

Un album fondamental

 

 

Ce recueil de morceau permet par là même de redécouvrir le Gun Club, mais aussi de ressortir ses disques de Cave, Lanegan, 16 Horsepower et autres. Ce qui, c’est certain, pourrait tant profiter à la jeunesse qu’à chaque passionné. L’héritage est à s’approprier et devrait apporter encore une fois la preuve qu’en 2010 il n’y pas que le disco rock comme choix pour un groupe de musique. We Are Lonely Riders est donc un album fondamental. A faire passer donc.


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