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The Black Box Revelation

En interview

Interview réalisée au Bleu Lézard, Lausanne (CH) le 18 février 2010


La petite salle du Bleu Lézard était pleine à craquer jeudi dernier pour accueillir le duo belge du moment, The Black Box Generation. Une première partie agréable et prometteuse a permis aux jeunes Irlandais de General Fiasco (du rock anglais dans la pure tradition britannique) de se faire connaître.  Impressions du concert, interview et images du groupe pour un long article à huit mains. Pour le coup, on avait mandaté pas moins de deux photographes: Simon Rimaz (les portraits) et Mehdi Benkler (les gestes).

 

 

 

Sous les applaudissements, les présentations: le blond, c’est Dries Van Dijck à la batterie et le noiraud Jan Paternoster à la guitare. Ce dernier nous a d’ailleurs gratifié d’une belle moustache, nouvel attribut à la mode chez les jeunes. Les présentations finies, place à la musique. D’entrée Paternoster nous annonce la sortie de leur dernier album SILVER THREATS et que beaucoup de nouveaux titres vont donc être joué ce soir.
Chose promise, chose due, quasiment tout l’ensemble du dernier opus nous est présenté ce soir. Quel régal. “5 O’clock Turn Back The Time”, “Love Licks”, “Where Has All This Mess Begun”, “Run Wild” et ses descentes de toms, le premier single “High On Wire” et d’autres défilent sans relâche. La salle est rapidement dans cette énergie si particulière, comme le relèvera le groupe en interview. Mr Paternoster n’a que sa guitare et sa pédale d’effet pour faire du bruit. Il s’exécute en maître et trouve des sons venus d’ailleurs.

 

Les fans de la première heure attendent forcément les tubes du premier album SET YOUR HEAD ON FIRE. Et heureusement il y en a aussi quelques uns. Moment d’euphorie lorsque “I Think I Love You” débute et surtout enchainement mortel avec le splendide “Do I Know You” et son riff tonitruant. Dans la petite salle, c’est juste l’émeute. Dès qu’on le peut, ça pogotte, ça se bouscule et il y a même des gars qui se font porter par le public. Oui, oui, nous sommes bien dans la petite salle du Bleu Lézard.
Après un rappel le concert se termine avec “Here Comes The Kick”, un titre un peu différent, plus lent où l’importance de la pédale d’effet se fait sentir. Une ambiance singulière, mais qui sied à merveille pour clore un concert. La fatigue, la joie et la sueur se lisent sur les visages de ce jeune public. Des concerts aussi forts, tout le monde en redemande. Peu avant le gig, interview dans les corridors du Bleu, à défaut de backstage, qui ne nuit en rien en la réputation de la salle. Le temps de vérifier aussi que Jan est un habile comique.

 

 

Un an après vous avoir rencontré ici-même, défendant votre premier essai, nous voici de nouveau réuni dans les backstages du Bleu Lézard. Simple coïncidence ?

Dries Van Dijck (batterie) : oui, cela vient de notre booker en fait. C’est la troisième que l’on joue ici et c’est toujours, hum, sweaty (ndlr. moite). Partout des femmes nues. Non, je plaisante. Le Bleu Lézard est vraiment un bel endroit.

Jan Paternoster (guitare) : on y passe chaque fois de bons moments, la cave affiche à chaque fois sold out, il y a toujours un tas de personnes dehors, prêtes à tout pour rentrer. On nous a donc booké encore une fois ici et ça s’est vérifié : complet.

Dries Van Dijck : et c’est toujours rock’n’roll… Les gens sont à chaque fois hyper excités, presque fous. C’est ce qu’on aime (rire).


La question cruciale pour un groupe de votre trempe : plutôt festival ou clubs ?

Dries Van Dijck : c’est toujours bon d’avoir une variation d’endroits ainsi qu’un tournus entre ces deux choses totalement opposées. Si tu fais trop de concerts en salle, en clubs, dans des caves, tu deviens fous.

 

Notre entretien est interrompu par le passage d’un véritable convoi, tentant de se frayer un chemin entre nous trois et l’étroitesse de ce couloir, sorte de petit entrepôt plus que backstage. A côté de Dries, un container l’indisposant, on ne sait pas, des restes de bières doivent s’y être échoué ; on a connu des jeunes à blouson en cuire plus téméraires pour le coup.

 

Jan Paternoster : cet endroit où tu nous a amené est un peu, hum, pourri non ?

 

Vous devez semble-t-il visiter des backstages plus accueillants n’est-ce pas ?

Jan Paternoster : plus confortables oui. Mais le plus important reste la salle ! Nous disions donc, si tu joues beaucoup de concerts en salles, c’est une expérience assez riche car le public est proche de toi, on y sent une grande énergie, c’est cool. C’est ton propre show, rien qu’à toi. L’atmosphère dans un festival est plus, disons paresseuse, plus détendue. Les gens viennent plus pour s’amuser, faire un peu la tête, ne sont pas présents spécialement pour toi mais c’est forcément une excellente opportunité pour se faire connaître à d’autres personnes, acquérir de nouveaux fans.

Dries Van Dijck : voir d’autres groupes aussi, passer du temps avec eux. Une chose impossible à faire en temps normal.

 

 

Forcément, cet été, ça va vous tomber dessus : les dates en festivals vont être nombreuses. Et aussi en Angleterre, pour la première fois, enfin ?

Jan Paternoster : hum, je pense que oui, en effet (rire).

Dries Van Dijck : maintenant, nous sommes en tournée avec General Frisco et nous allons les accompagner pour une petite tournée début mars en Grande Bretagne.

Jan Paternoster : l’album est sorti le 1er février en Europe et un mois après dans ce pays, c’est pourquoi nous avons d’abord commencé par la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique.

 

 

 

 

La Belgique justement : possédez-vous la même attention des deux côtés du pays (ndlr. le duo est flamand) ?

Dries Van Dijck : c’est certain que ça marche mieux pour nous dans le pays flamand. Nous y sommes plus connus. C’est plus ou logique, vu que c’est là qu’on vit. La Wallonie commence cependant à s’ouvrir à notre groupe.

Jan Paternoster : c’est un peu difficile de réunir les deux régions à cause de la langue. Les Wallons doivent sans doute nous ignorer un peu à cause de ce fait. Mais comme l’a dit Dries, cela va de mieux en mieux pour nous, probablement aussi de par notre amitié avec Ghinzu. On s’aide entre Belges. On a tourné avec eux en France l’an passé : une très bonne expérience, beaucoup de fun aussi. On se reverra sûrement lors des festivals cet été, c’est inévitable. Une bonne équipe.

 

 

Parlons de votre nouvel album, SILVER THREATS, enregistré à Londres, au studio…

Dries Van Dijck : au studio Konk, celui de Ray Davis (ndlr. ancien meneur des légendaires Kinks). Une très belle expérience, un studio très spécial, avec une grande histoire. On s’y sentait comme à la maison, une atmosphère très spéciale.

Jan Paternoster : oui, ce n’est pas comme si tu allais à l’usine, comme c’est le cas pour tant de studios énormes sans aucune âme, ce matériel au prix dément, toutes ces guitares et autres parties de batterie que tu peux utiliser autant que tu veux. Au Konk, rien de cela, mais une odeur (rire).

 


Vous voulez dire, y-a-t-il eu quelque chose de magique ?

Jan Paternoster : tu sais, quand tu vas dans un tel studio (ndlr. voir ici la liste des clients, entre Elvis Costello, Nick Cave, Jarvis Cocker et les Pet Shop Boys), il doit s’y passer quelque chose, impossible autrement. L’atmosphère y est tellement spéciale, il y a du bon matos pour enregistrer. Pour le reste, personne pour te déranger. Tu peux aménager ton petit espace pour être totalement focalisé dans ton enregistrement. Parce que si tu ne captent que deux instruments comme c’est le cas pour notre groupe, tout doit être pris dans des conditions live, il ne faut pas s’attarder, resté très concerné. Tu dois saisir le moment pour y garder le truc, le feeling du morceau. C’est la chose la plus importante.

Dries Van Dijck : reste qu’on n’est pas allé dans le studio personnel de Ray Davis. Toutefois, si tu sais que derrière les murs dans lesquels on jouait travaillaient les Kinks, là il y a forcément quelque chose d’assez fou. Il faut garder ceci derrière la tête quand tu joues. Ca te donne de l’inspiration, c’est sûr.

Jan Paternoster : t’as envie de mieux jouer que jamais. Mais même si tu sais que les Kinks sont des légendes, ou pas encore des légendes (rire général)…

Dries Van Dijck : allez Jan !

Jan Paternoster : ton envie est décuplée, comme une envie de faire mieux que les Kinks. Ray Davis a traîné dans notre studio deux jours car il travaillait à côté au même moment. Forcément, tu vas plus te donner pour lui montrer ce que tu sais faire. Pas pour se dépasser, mais pour garder la face. C’est quand même Ray Davis (rire).

 


L’an passé, vous déclariez à notre ancien rédacteur en chef Laurent Marthaler avoir commencé la musique et fondé The Black Box Revelation après avoir écouté The Datsuns et, hum, Kings of Leon…

(Rire général) Dries Van Dijck : non, sérieusement, on n’aime plus du tout les Kings of Leon parce qu’à cette période…

Jan Paternoster : c’était un gag, on a bien fait marché ton ancien chef. It’s bad, really bad (rire). Ce groupe est aussi très ennuyant maintenant.

Dries Van Dijck : bon, pour The Datsuns, ce n’est pas faux. Jan les avait vu sur scène lors du Pukkelpop festival et s’était mis à jouer de la guitare. Pour ma part, c’était plutôt parce que mon oncle jouait de la batterie. J’ai juste voulu l’imiter.

 

 

 


Avez-vous encore du temps pour écouter de nouveaux groupes, des sorties actuelles ?

Jan Paternoster : oui, je viens d’écouter le nouveau Black Rebel Motorcycle Club dans les bureaux de Couleur 3. On voulait le faucher, mais ils nous avaient à l’œil. Ils n’avaient qu’un seul exemplaire tu penses, ils y tenaient trop.

 

 

A propos de votre groupe on peut lire que s’il existe une seule peur chez vous, c’est bien celle du manque d’inspiration. Ca s’est-il vérifié pour SILVER THREATS ?

Jan Paternoster : non pas vraiment.

Dries Van Dijck : en effet, ce fut plus naturel et plus rapide aussi cette fois-ci. Jouer plus de concerts, répéter encore et encore nous a permis de progresser. Jan et moi-même nous connaissons bien maintenant, il y a des automatismes.

Jan Paternoster : c’est devenu plus spontané, et c’est tant mieux.

 

 

Très peu de solos de guitare, encore une fois…

Jan Paternoster : c’est certain que ce n’est pas la chose que nous voulons le plus mettre en avant. Nous préférons mettre en valeur ce que nous savons faire. En live par contre, nous pouvons faire des rajouts de solos ou même des improvisations si nous sentons que ça peut être utile. Nous voulions juste faire de bons morceaux sur SILVER THREATS. Si nous avons besoin de solos, nous le feront, mais ce n’est pas nécessaire, au contraire. On raisonne de cette façon.




Il y a aussi un titre extraordinaire pour clore l’album, “Here Come The Kick” : totalement improvisé ?

Dries Van Dijck : c’est vrai qu’il diffère du reste de l’album, un petit peu plus psychédélique, c’est certain. Pour le rythme certainement, les accords tenus, résonnant etc. D’ailleurs, ce fut dur d’y mettre une structure car la première version de ce titre durait plus de vingt minutes.

Jan Paternoster : Dries me disait : « bon c’est cool mais c’est quand même un petit peu trop long, un peu trop psychédélique » (rire). J’ai dû couper. Dans ce groupe, on a besoin d’une certaine structure : versets, refrains etc. Ici, on a vraiment laisser faire les choses, juste en jouant, pour voir jusqu’où on pouvait aller. Peut-être que c’est un grand titre, je ne sais pas…

 

 


Pour terminer : comment ont réagit les Etats-Unis devant votre prestation ? Des sous-entendus pour ouvrir la porte à un bassiste ?

Dries Van Dijck : (il soupire) oui c’est vrai, il y aura toujours des gens pour nous dire que nous avons besoin d’un mec à la basse. Mais, je t’assure, on n’en a pas besoin. On tient trop à notre liberté originelle, celle d’être à deux pour ainsi faire exactement ce que l’on veut.
J

an Paternoster : en fait c’était souvent des vrais bassistes pour venir nous demander ce genre de questions. « Voici ma carte, appelez-moi » (rire). Très drôle. Je ne sample rien sur ma guitare, pas de loop, rien. J’essaye d’explorer les effets avec des amplis différents pour ainsi avoir de multiples dimensions et donc palier à cette absence. Ca me convient, à Dries aussi, donc c’est parfait. On le fait pour l’aventure de faire de la musique en tant que duo, sans rajout, rien, seul, à deux. Ce qui est dehors reste en dehors. La plupart des groupes sont habitués à cette image d’un groupe à trois, quatre ou cinq. Tu peux le faire comme tu veux, pas besoin de suivre les autres.

 


A deux, les tournées coûtent moins cher…

Jan Paternoster : et on gagne plus d’argent (rire).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LIRE EGALEMENT :

The Black Box Revelation, Silver Threaths (2010)

Chronique par Anthony Golay

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The Black Box Revelation, Set Your Head On Fire (2007)

Chronique par Laurent Marthaler

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Interview du groupe (31 janvier 2009).

Réalisé par Laurent Marthaler

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Site internet de Simon Rimaz

Site internet de Mehdi Benkler


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