lundi , 24 septembre 2018
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Elliott Smith: rappel

An Introduction to...

Label: Domino (distr. Musikvertrieb)


FOLK POP “Une introduction à Elliott Smith”: le toujours très éclairé label Domino a pris le pari d’éviter le simple best of pour raconter en 14 titres l’un des plus grands prodiges de la musique américaine depuis Elvis.

Que reste-t-il d’Elliott Smith sept ans après sa disparition ? Des larmes, et un héritage crucial. Une population entière de laissés pour compte d’un système cruel, sans coeur et sans âme, pour qui ce genre d’artiste représentait l’ultime rempart pour tenir. Des larmes donc, surtout qu’on a beau chercher, on ne lui a toujours pas trouvé de digne successeur. Certes, quelques héritiers, ou comtemporains courageux: Troy Von Balthazar, Cat Power, Sujfan Stevens, Soap&Skin ou encore feu Mark Linkous. Dans les années 80, on s’interrogeait sur celui qui prendrait la place du trône laissé vacant par John Lennon. Irremplaçable, lui aussi, forcément. Une différence toutefois: l’un provenait du plus grand groupe du XXème Siècle, les Beatles, l’autre d’une sombre formation lo-fi, Heatmiser, dans la plus pure tradition de l’indé américain. Un statut originel à l’équerre, pour toutefois finir par converger: en effet, on a souvent comparé la patte experte en songwriting de Smith avec celle du chanteur à lunettes rondes, les moyens financiers en moins. Et l’on ne parle même pas de leur destin tragique, dont les contours restent encore flous…

Manifestes brise-coeurs

La stupeur ressentie lors de la première approche d’un artiste de cette classe est elle aussi ineffaçable. Années lycéennes, un peu paumé, oscillant entre la rage du métal et la nonchalence des beats électroniques. Le temps des “trois F” – frime, frustration, flamboyance – renversé par le crash accidentel, la rencontre du fameux EITHER/OR (1997) grâce à une bibliothécaire généreuse. Dans cet album, les titres “Alameda”, “Between the Bars”, Angeles” ou encore “Pictures of Me” (titres que l’on retrouve sur AN INTRODUCTION TO…) notamment, une grâce sans pareil et un choc physique. Qui était donc ce mec, sans charisme, qu’on croiserait au coin de n’importe quelle rue, et qui se permettait d’écrire de tels manifestes brise-coeurs? Depuis, on le répète, on n’a pas vraiment trouvé de plumes similaires au service de ces atmosphères aussi mélancoliques. Cette compilation regroupe les six albums indispensables (si ce n’est peut-être ROMAN CANDLE, et encore…) de Steven Paul Smith, avec quelques bonnes surprises: on pense ici à la première version du titre qu’on nommera maudit pour Smith, “Miss Misery” (Good Will Hunting de son ami Gus Van Sant, avec tout le cirque médiatique connu qui s’en suivit). Une version accoustique que les suiveurs du natif d’Omaha, Nebraska, préféreront nettement. A l’inverse, le morceau “Waltz #2” est ici présent orchestré, montrant à quel point le bonhomme aurait pu rivaliser dans la cours des grands. Le posthume “Pretty (Ugly Before)”, présent sur FROM A BASEMENT ON THE HILL (2004) prouve bien qu’il s’est arrêté aux portes de la reconnaissance internationale, et, sûrement, d’un gâchis artistique certain (l’affaire semblait déjà péricliter sur FIGURE 8, sorti quatre ans auparavant), par trop de production (même “Twilight” ne possède plus cette douleur brûlante) ou de tristesse, sans doute.

Bien sûr, on regrettera l’absence de quelques morceaux comme “Clementine”, “Speed Trials”, “Say Yes” ou encore “Memory Lane”, mais, au final, l’essentiel est là et rempli le but fixé par le label: “comme le titre de la compilation le suggère, nous visions à présenter l’un des plus grands songwriters de notre époque. Nous espérons que la nouvelle génération pourra ainsi connaître la
musique d’Elliott en leur offrant une voie d’accès pour se plonger
plus profondément dans son répertoire”. De notre côté, en complément, on incitera fortement nos lecteurs à se pencher sur un des nombreux bootlegs de concerts en circulation de Smith, où l’américain était tout aussi touchant, voire plus (on ne compte pas ses superbes reprises, notamment “Jalous Guy” de Lennon). Pleurer sur sa disparition et néanmoins se réjouir d’avoir cette cicatrice ouverte en nous, où la beauté intangible de ses compositions y sont nichées
à jamais. A conseiller pour sauver le monde, un petit peu. Ou simplement pour tenter d’y croire.


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