mardi , 18 septembre 2018
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Success – En interview

En interview

INTERVIEW - Avec un album explosif sorti à la Pentecôte et une réputation live renforcée depuis des années, le groupe Success a tout pour éclabousser la musique hexagonale (et bien au delà !). Lors de leur court passage à Orléans, Mr Eleganz et Jo Hell nous ont fait le plaisir de répondre à nos questions. Interview du groupe electro/rock/hip-hop le plus engagé du moment...

 

Lords of Rock : Comment vous êtes vous rencontrés ? Vous êtes moins jeunes que la plupart des groupes de rock…

Jo Hell : Tu peux y aller on est vieux. J’ai 34 ans.

Mr Eleganz : J’en ai 37.

Ca va encore ! Et du coup, votre rencontre ?

Mr Eleganz : Alors c’était en 62 à un arrêt de bus, j’avais un disque de Muddy Waters sous le bras et toi t’avais… ah non ça c’est Keith Richards et Mick Jagger… C’était pendant le tournage d’un film de Jean Yann, je faisais un numéro de claquettes et je me suis fait virer. Du coup on était quatre à se faire virer donc on a monté le groupe.

Jo Hell : En fait le guitariste Youl avait un groupe qui a duré quatorze ans, c’est la vraie version ça, tous les trois on a joué avec des groupes différents pendant pas mal de temps…

Mr Eleganz : Et moi je gagnais de l’argent.

Jo Hell : Youl et Mr Eleganz ont commencé à bosser sur un titre ; «Girl From New Orleans». Après, ils nous ont branchés pour jouer en live les titres d’un groupe qui s’appelait Success, spécialement pour les Transmusicales de Rennes.

Ca fait cinq ans c’est ça ?

Mr Eleganz : Oui, la première réunion a eu lieu le 22 juin 2007 et la première répétition le 22 juillet 2007.

Cinq ans pour sortir votre premier album ça a du vous paraitre long non ?

Jo Hell : Non pas vraiment, on n'était pas dans une démarche d’album au début. On voulait juste faire un live qui défonce et jouer quelques titres au delà des Trans’. La première année était plutôt consacrée aux spectacles.

Mr Eleganz : On a pris la décision en mars 2011 de travailler vraiment l’album, on s’y est attelés fin juin/début juillet, et il est sorti à la Pentecôte. C’était aussi une réaction à toute une scène naissante qui était liée à Myspace, des gamins qui étaient persuadés de pouvoir faire des tournées simplement parce qu’ils avaient fait des jolis titres en studio. A cette époque là il y avait pas mal de tourneurs qui les prenaient mais ils ont vite déchanté parce que être sur une scène devant un public et dans sa chambre c’est pas du tout la même chose. Il y a toute une brochette de groupes comme ça qui ont disparu, qui sont certainement talentueux, mais qui sont plutôt des producteurs que des performeurs. Malheureusement il n’y a plus beaucoup de groupes de live.

 

 

Du coup la réputation que vous avez grâce à vos live a du créer une certaine attente autour de l’album. Vous devez être plus attendus qu’avant non ?

Jo Hell : C’est encore trop tôt pour le dire. On rentre d’Asie où on a fait une tournée donc on était pas là pour la sortie de l’album, et on a fait que trois dates depuis notre retour. Mais même avant l’album les gens connaissaient les paroles de certains morceaux.

Mr Eleganz : Ce qui était surprenant aux Solidays c’est que, sur «S.U.C.C.E.S.S.» un morceau assez fédérateur, d’habitude quand on épelle le refrain les gens reprennent en choeur, et là dès le premier les gens chantaient. Donc très clairement les gens venaient pour nous.

Et avec internet et la propagation sur les réseaux sociaux c'est peut être plus facile de se faire connaître maintenant, les gens s'intéressent plus facilement à vous.

Jo Hell : Oui et puis avec le temps les gens sont de plus en plus anglophones et s'intéressent un peu plus aux textes, c'est ce qui est difficile à faire sur du live, mais il y a un univers assez particulier. Par exemple le personnage de Mr Eleganz, il y a une écriture, une instrospection assez forte.

D'ailleurs le fait que Mr Eleganz soit le Dr House du rock, c'est peut être ça qui rend l'univers du groupe intéressant et fascinant ?

Mr Eleganz : Moi ce que j'aime dans le rock c'est qu'il faut faire rêver les gens, donc j'aime beaucoup mon personnage. Il y en a d'autres qui en jouent comme Bowie ou Marilyn Manson. Si tu avais fait une interview vidéo, tu m'aurais vu en costume.

Où vous placez-vous dans la panorama musical français actuel ? Plutôt du côté des groupes de rock purs ?

Mr Eleganz : On m'a posé la question l'autre jour, et j'étais bien incapable de répondre. Ca nous importe peu. C'est sûr que pour nous trouver chez les disquaires il vaut mieux en avoir une, mais on n'est pas là pour respecter une étiquette en particulier. Rien que sur Amazon, si on veut acheter l'album il faut nous chercher dans le rock indé, et si on veut le télécharger, il faut aller dans le trip-hop. A aucun moment on ne se dit “on ne peut pas faire cette chanson, ça ne correspond pas à notre style”. Il y a juste une façon de travailler qui évolue avec le temps, il faut juste être efficaces. On n'est pas là non plus pour révolutionner le rock, on est là pour faire un show ultra-efficace, on a envie de faire danser les gens, pour faire en sorte qu'ils aient une pause d'une heure dans leur vie et qu'ils se posent dix mille questions, pour finalement se rendre compte qu'ils ont une vie pourrie.

 

 

Justement, j'ai vu que vous accordiez beaucoup d'importance aux textes… Sauf que vous chantez en anglais, du coup ça peut être un frein en France…

Mr Eleganz : Nous avons la prétention de considérer que la France est peu ouverte à ce genre de musique. On rentre d'Asie du sud-est où l'on discutait avec des groupes locaux et pour eux l'Europe est juste une montagne de poussière. Quand on va les voir il n'y a aucun souci, on est super bien accueillis. Il y a un vrai dédain pour l'industrie musicale asiatique en France, parce qu'ils ne connaissent pas et c'est quelque chose qu'ils ne maitrisent pas…

Donc clairement, votre but c'est de diffuser votre musique à travers le monde ?

Mr Eleganz : Absolument. C'est un des éléments de départ quand on s'est formés. Tous les trois avaient déjà fait plus de 1000 dates ensemble, mais surtout francophones. Là on s'est dit qu'on connaissait toutes les stations services, du coup le projet c'était de pouvoir voyager. On savait qu'en alliant rock et électro on pouvait voyager léger. Ça a toujours été notre démarche de pouvoir s'exporter. Il y a plein de groupes de rock français qui voudraient voyager, seulement ils veulent se déplacer à 30, ou alors emmener leurs décos alors que la première chose qu'il faut se dire, c'est qu'il faut voyager léger.

C'est aussi une de vos forces, de créer un vrai show et sans artifices.

Mr Eleganz : Le jour où je sors un sexe géant qui n'est pas le mien, il faudra que j'arrête.

Jo Hell : Il y a quand même l'équipe technique avec qui il faut se déplacer. Il y a l'ingé son, qui est très important surtout quand il y a un mix périlleux à faire entre le rock et l'électro. Il y a aussi l'éclairagiste, qui va amener ce petit plus dans un décor brut en jouant avec les lumières sur les visages etc…

Mr Eleganz : Success c'est un show. Il y a un début, il y a un milieu, et il y a une fin, c'est toute une narration. Prend Elvis Costello par exemple, c'est sûr on n'a pas la même carrière (le pauvre), mais sur scène il a une grande roue avec un tas de titres, et lorsque la roue s'arrête il joue la chanson en question… Ça on ne pourrait pas le faire. Il y a un vrai show donc on a besoin de ces gars là. Mais effectivement il n'y a pas de feu d'artifice ou de gonzesses à poil, et c'est bien dommage.

Et à travers vos textes, vous avez un message à faire passer ?

Mr Eleganz : On n'a pas de message, mais plutôt des questions à faire passer. Des questions psycho-sociologiques.

D'où “The Psychoanalyst” ?

Mr Eleganz : Oui, elle est d'ailleurs inspirée d'une expérience personnelle avec un psy qui était à la limite du gourou, mais ça n'a pas marché vu que je ne crois en rien. Un titre comme “Tell Us” parle de quelqu'un qui a perdu la flamme, qui ne croit plus en rien. Tel que c'est décrit on pourrait croire que c'est quelqu'un qui est dans la rue en train de faire la manche, mais pour moi c'est plus quelqu'un qui va travailler tous les jours, qui a perdu ses rêves d'enfant, et qui considère qu'à 30 ou 35 ans sa vie est derrière lui.

Finalement c'est vachement pessimiste Success !

Mr Eleganz : Au contraire ! Je le prouve puisque j'ai changé de vie. On a formé Success quand j'avais 33 ans. Les gens s'enterrent eux-mêmes très vite c'est tout. Notre but c'est qu'ils se posent toutes les questions qu'on soulève dans nos textes.

Jo Hell : Passé 30 ans il y a une sorte de phénomène, tu as l'impression de prendre un coup, tu tombes dans une nostalgie fatale en regardant ta vie derrière toi. Tu as l'impression que tous les meilleurs moments de ta vie sont derrière toi. Avec Success c'est le contraire, on réveille la flamme.

Mr Eleganz : On voit trop de gens se dire “j'aurais dû faire ça”, il vaut mieux qu'ils fassent les choses plutôt que de vivre avec des regrets. Nous on se donne à fond chaque soir en se disant que c'est peut être le dernier concert. Il est possible que Success s'arrête demain. On ne sait pas, donc on fait ce qui nous plaît.

 

 

Vous pensez déjà au deuxième album alors ?

Mr Eleganz : Complètement. Je ne pense pas que l'on soit du genre à sortir un disque et partir.

Mais si le premier ne marche pas, ça va être dur d'en faire un deuxième…

Mr Eleganz : On est avant tout un groupe de live donc même si le disque marche moyennement, le live nous sauvera. C'est sûr que si on sort 3 ou 4 albums qui ne marchent pas, il faudra se poser les bonnes questions et faire autre chose… du cinéma par exemple.

Et votre notoriété en live combinée à la sortie de l'album vous ont apporté plus de demandes des festivals ou des salles de concerts ?

Mr Eleganz : Pas vraiment. Ce qui a changé pas mal de choses, c'est qu'on a un nouveau manager. Celui qui s'occupe de Garbage, Chemical Brothers et Pete Doherty donc on a plus du tout la même approche. Maintenant quand les promoteurs nous voient en concerts et qu'ils se sont décrochés la mâchoire, on leur remonte légèrement et là ils ont un tas de dates en tête pour qu'on travaille ensemble.

Le fait d'avoir la trentaine passée avec quelques déboires, c'est une bonne chose pour vous. Vous avez certainement une vision différente du rock et de la vie en général ?

Mr Eleganz : C'est ça qui est bien. Je pense qu'on ne peut pas faire de rock, avec la vraie attitude rock telle que moi je l'entend, si tu as plus de 17 ans. Tu ne connais pas. Tu as l'impression de faire le riff de “Satisfaction” et tu es persuadé que c'est toi qui l'a écrit. Après tu es certainement plus influencé, tu écoutes plus de choses. On est peut être moins con… ou plus con, je ne sais pas.

Comment vous écrivez vos textes ?

Mr Eleganz : Généralement ça part d'un riff de guitare de Youl, sur lequel se glisse une trame musicale, et au niveau des textes jusqu'à l'album à peu près, j'écrivais quasiment tout, à l'exception de quelques morceaux. Maintenant c'est quelque chose de plus collectif, de plus riche. Ce qu'on écrit à deux est beaucoup plus pertinent et d'ailleurs “Social Network Junkies” est certainement le meilleur titre. Ce n'était pas forcément quelque chose de prévu à la base, mais ça fait partie de la vie d'un groupe, on est en constante évolution.

Une dernière pour la fin, il n'y a pas “Hard To Come Back” sur l'album, la chanson vous lasse ?

Mr Eleganz : Pas du tout, on était chez un autre éditeur, du coup c'était trop compliqué de l'intégrer à l'album. Mais si ça ne tenait qu'à moi d'ailleurs, je ne l'aurait pas mise. Elle a eu sa vie avec Zombieland et l'EP. Si tu prends “Jumping Jack Flash” des Stones, elle ne figure sur aucun album pourtant tout le monde la connait. Comme “Hard To Come Back” de Success.

Merci, longue vie à Success !

 


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