vendredi , 16 novembre 2018
Vous êtes ici : Accueil » Chroniques CDs » Bilan 2008

Bilan 2008



Ils ont fait 2008. Slogan bateau pour une année qui est sortie de l’ordinaire sur tous les plans. En 2008, parler culture sans introduire la notion politique – tout en restant crédible – relevait de l’équilibrisme. Encore et toujours, Bruce Springsteen s’est révélé être le dernier des mohicans toujours pertinents. Mais rien n’est perdu : l’interview que nous avons effectué avec The National lors du Montreux Jazz a démontré que nous tenons en les new-yorkais un groupe hautement critique et politisé. De même, des gens tels que Beck, Mike Skinner des Streets, David Sitek de TV On The Radio, ou Nick Cave ont eux aussi heureusement encore des choses à dire. Et pourtant on pourrait craindre le contraire… Consensus mou ?

En 2001, les Strokes et les Libertines entraînèrent -malgré eux?- une vague de fraîcheur sur le paysage rock, avec toutes les réductions inhérentes consécutives. Pompé jusqu’à l’os, le genre tend à perdre de nouveau son assise forte et sa personnalité. En l’espace de sept ans, les groupes se sont succédés, provoquant par là même les reformations – rarement excitantes, souvent pathétiques – des anciennes gloires. Qu’en reste-t-il ? Certains se sont égarés en route (la liste est malheureusement longue), d’autres ont des idées de mégalomanies (The Killers reste hors catégorie). Ici, il y eu donc une déception légitime de Kaiser Chiefs, une saine colère contre ces irréductibles Kings of Leon, et un franc ras-le-bol de Bloc Party, toujours autant incompris depuis leur inégal premier album. On cherche encore où placer le nouveau opus d’Oasis. Leur tournée de 2009 nous donnera certainement une réponse… 

Parmi les reformations, s’il fallait n’en retenir q’un groupe : Portishead, avec son hallucinant et parfait troisième album Third. Une des pièces maîtresses de cette année crépusculaire. Rarement disque n’aura autant été en phase avec son temps. Aussi improbable que celui des Bristoliens fut le retour sur le devant de la scène d’Alain Bashung. Injustement non chroniqué sur Lords of Rock, voici l’homme qui tient actuellement tout le poids de la chanson française sur ses épaules. Son album, Bleu Pétrole, est une grande leçon d’humilité et de poésie. Ses semi-compatriotes The Dø ne peuvent qu’approuver. Auteurs d’une entrée fracassante, leur album figure en tête de liste des Bobos. Toutefois, avec ses comptines finnoises, ses crochets baroques, ses accents pops et son tube incontesté “On My Shoulders“, le duo est un bien joli projet qu’on tâchera ici de suivre attentivement.

Dans le même ordre d’idée, Fleet Foxes s’est permis le luxe de débarquer de nulle part pour rayonner sur une pop en toute grande forme. Dans les marges, des groupes tels que Vampire Weekend, British Sea Power, Hot Chip, Late Of The Pier, Lightspeed Champion ainsi qu’ Elbow apportèrent tous leur contribution à la santé éclatante du cru anglo-saxon. MGMT a véritablement détonné au début de l’année pour finir par s’épuiser. Trop populaire ? Laissons le temps à ce duo de Brooklyn de créer la seconde révolution psychédélique, ils en sont capables. Les Yeasayer, Deerhunter, The Walkmen, The Black Keys et Coming Soon les suivront volontiers : avec des albums aussi excellents, ces groupes ne devraient pas se faire oublier avant longtemps. 

Sous les feux des projecteurs lors de sa courte relation avec Ms. Moss, Jamie Hince a toutefois eu le temps pour livrer un album des Kills taillé pour les dance floors rugueux et collants. Midnight Boom truste le hauts des bilans 2008. Leurs compatriotes de Foals n’ont eu aussi pas chômé en route avec leur premier LP, Antidotes, un petit album indé comme on en fait trop rarement, à force d’attendre la hype. Messieurs dames, voici le groupe rock de l’année. Décalés mais conséquents, ces Britons ont bricolé un album dans le sillage de Klaxons, la rigueur en plus. A suivre. A mi-chemin entre électro et indie, le duo Crystal Castles est aussi un parfait exemple de la nouvelle orientation du rock. Car le retour du rock de 2001 est définitivement mort et enterré. Tout coule, disait Héraclite. Il se réinvente et se cherche des nouveaux patrons. Alex Turner pourrait bien être un de ceux-ci. Avec son compère Miles Kane, sous le pseudonyme abracadabrant de Last Shadow Puppets, ils auront cloué tous les critiques avec The Age of Understatement, un monstre de maturité et de sincérité. Rassurons-nous donc pour la suite, la fête promet d’être belle.


Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Revenir en haut de la page