mardi , 25 septembre 2018
Vous êtes ici : Accueil » Interviews » Toboggan

Toboggan

Interview au Paléo Festival

Saïko


Toujours dans le cadre du Paléo Festival, rencontre avec le groupe lausannois Toboggan. Soit deux filles, Valérie et Maude, et Jérémie, le gars qui est là à la batterie mais aussi pour les recadrer quand elles s’égarent en interview. Avec deux albums à leur actif, dont le dernier sorti récemment, le splendide E BRUTAL, ce trio fait une jolie petite carrière bientôt longue d’une dizaine d’années.

 

 

On se souvient les avoir vu encore balbutiants au début de la décennie. Depuis là, le groupe a pris de l’ampleur avec de grans albums rêches et post rock:  STILL GLEAMS ON HUMMOCKS en 2004 et E BRUTAL sorti quatre ans plus tard. Toboggan est arrivé en 2009 à maturité. D’une grande humilité, ils s’excuseraient presque de joueur sur la scène du Détour lors de ce Paléo Festival. Interview fleuve avec le gpoupe lausannois.

 

Lords of Rock: Vous jouez au Paléo sur la scène du Détour. Mais juste avant que se produise TV On The Radio à proximité. Ca ne vous porte pas préjudice ?

Valérie Niederoest (basse, chant): non, le groupe attendra notre fin de concert. Les gens aussi (rires).

Jérémie Conne (batterie: ceux qui n’aiment pas Fatboy Slim (ndlr : il se produisait en même temps sur la Grande Scène) viendront nous voir !

Valérie : oui, en attendant TV On The Radio…

 

 

 

Vous n’avez pas beaucoup tourné ce printemps. Par contre vous avez fait une jolie série de dates en février en Allemagne. Je vous avais d’ailleurs raté à Berlin en février !

Valérie : Berlin, c’était géniall car la fois où l’on avait joué au NBI, à Prenzlauer Berg, c’était la Release Party de notre album, E BRUTAL, en Allemagne. On a un label en Allemagne basé dans cette ville maintenant qui s’appelle Sinnbus. On nous a donc organisé une soirée avec trois concerts au NBI qui est une salle super chouette, super jolie. Du coup, on a joué en tant que tête d’affiche, nous un groupe suisse. C’était drôle. Le public était génial, c’était juste la fête.

Maude Oswald (guitare, chant): cette date était dans le cadre de la tournée, ce n’était pas quelque chose d’exceptionnel. On a visité aussi d’autres villes.

 

 

 

J’ai noté à ce propos des grandes villes tout de même : Hanovre, Francfort, Leipzig. Mais j’ai une question : Siegen, c’est où ?

Jérémie :  alors nous on ne savait pas non plus avant d’y aller…

Maude : on ne sait toujours pas d’ailleurs (rires).

Valérie : c’est dans la banlieue de Francfort, pas très loin.

Jérémie : hum, pas très loin. A deux heures en voiture tout de même… C’est un endroit planqué sur l’axe Francfort-Berlin.

Valérie : une ville universitaire, c’est assez joli, avec plein de petites maisons avec des colombages.

Maude : la salle était un club communiste, c’était incroyable !

Jérémie : à Leipzig, c’était aussi un superbe endroit. Un vieux théâtre qui tombe en ruine. Donc il y avait une atmosphère très particulière. Bon sinon il faisait – 20°C…

 

 

 

Est-ce plus facile de jouer dans des clubs en Allemagne que sur la scène du Détour ?

Jérémie : tout change à chaque fois suivant les scènes où tu joues. Effectivement, jouer au Paléo n’est pas le plus facile pour nous.

Maude : tant que tu es proche de ta ville natale, c’est difficile. Plus tu t’éloignes, plus tu auras de la facilité, parce qu’en fait tu ne connais personne.

Valérie : mais ici on est tout de même arrivé ici très détendu. On se réjouit vraiment d’y jouer. C’est un festival où on y vient depuis que l’on est tout jeune, comme tous les gens de la région. C’est chouette de pouvoir jouer ici au Paléo. Et puis le cadre est vraiment beau. Il y a pire que jouer ici…

Maude : oui, c’est sans problème, c’est vrai. Bon Valérie, tu dis que tu es assez détendue mais notre concert est dans six heures, on verra après (rires).

 

     

Vous avez précédemment répondu à ma question, qui était de savoir pourquoi y-avait-il deux pochettes différentes pour E BRUTAL, une allemande et une suisse ? Ce n’était pas une volonté de votre part ?

Valérie : (soupire) non, alors au contraire ce n’était pas notre volonté.

Jérémie : c’était un sujet difficile…

Maude : on a été en pourparlers pendant quelques semaines avec le label berlinois qui n’aimait pas la pochette suisse. Ils disaient que ça faisait black metal. Ou alors que ça serait perçu comme tel en Allemagne. Mais on s’est battu car on adore cette pochette. Et puis… ils ont gagné. Voilà. Au final, on n’a pas eu tellement le choix.

Jérémie : oui et ça colle une autre image. La pochette n’est pas moche, elle est bien réalisée au contraire. Mais ça donne une image tellement extrêmement différente de l’autre qu’on peut voir que l’image est super importante. C’est un sujet intéressant que celui de l’image que tu peux te faire d’un groupe. c’est au final très important de ce que les gens peuvent imaginer de ta musique, comment ils la prennent plus tard. Et puis effectivement, les gens qui achètent Toboggan en Allemagne et qui voient cette pochette, ils seront déçus de ne pas trouver de l’électro minimale (rires). En fait, de la même façon que les gens qui croient ici que c’est peut-être du black metal…

Maude : oui, mais ils ne sont pas déçus (rires)…

 

 

 

“Les gens qui achètent Toboggan en Allemagne et qui voient cette pochette seront déçus de ne pas trouver de l’électro minimale”

 

 

 

 

La première fois que je vous ai vu c’était au Casino de Montbenon en 2002 ou 2003 dans le cadre du Lozâne’s Burning…

Valérie : ah oui, on avait fait une reprise de… Chris Isaak !

 

 

Et tu avais les cheveux longs…

Valérie : oui exact. Mais Mais Jérémie n’était pas encore là. C’était Fred.

 

 

 

Et qu’est-ce qui a changé depuis lors ?

Valérie : eh bien tout. Jérémie est entré dans notre vie.

Jérémie : je ne jouais pas encore de musique. Ou alors je n’étais pas né (rires).

Valérie : non mais, c’est vrai, Maude et moi sommes les mamans… C’était une période où l’on n’avait pas de batteur, on en cherchait un, on faisait des concerts avec un autre, mais pas vraiment sérieusement. C’était une période de transition, avant de s’établir comme maintenant, durablement.

Jérémie : il y a tout de même eu quelques disques en plus depuis cette époque…

Valérie : oui, il y a deux disques en plus

Jérémie : oui, quelques donc (rires)…

Maude : il paraît que « quelques » c’est à partir de trois (rires).

Jérémie : c’est possible, alors deux disques, excusez-moi !

 

 

Avez-vous déjà des projets pour la suite ? Ou juste jouer vos nouveaux morceaux sur scène ?

Jérémie : oui,c’est plutôt ça, et avoir un rythme régulier.

Maude : c’est difficile d’avoir un rythme de concerts régulier en Suisse. Enfin, il semblerait que ça soit de plus en plus difficile de trouver des dates correctes avec un cachet qui nous permettrait de rentrer dans onos frais.

Jérémie : et des dates même déjà…

Maude : (rires) Mais euh, oui, on va essayer de tourner encore un peu pour jouer cet album un maximum. Et ensuite, on pensera à composer de nouvelles choses.

Valérie : il faut qu’on s’y remette. Mais il faut dire qu’on a un rythme absolument phénoménal !

 

 

 

“On a un rythme absolument phénoménal”

 

 

 

Peut-on dire qu’être un artiste en Suisse c’est la galère assurée ?

Jérémie : non, parce que nous n’avons pas l’ambition d’en vivre. Ce n’est donc pas trop la galère dans cette perspective. Après c’est vrai que si tu veux vraiment vivre de la musique ou aller à un autre niveau, je pense qu’il faudra faire des concessions, des sacrifices qu’on est moins habitué de faire en Suisse. Il n’y pas vraiment d’exemple ici en plus, à part peut-être quelques uns, contrairement en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis. C’est vraiment un business là-bas, depuis bien longtemps. (Il réfléchit). Je ne sais pas si c’est la galère… Ce n’est pas facile mais tant que c’est quelque chose qui nous plaît, ça nous suffit.

 

 

Et que pensez-vous de vos nombreux interviews au Paléo qui vous changent du quotidien ? Vous arrivez ici et tout le monde vous tend les bras…

Valérie : oui effectivement.

Jérémie : c’est une immense hypocrisie (rires).

 

 

Je voulais effectivement compléter ma question par « c’est une hypocrisie », mais j’allais m’autocritiquer…

(rire général) Jérémie : oui je dis ça en riant. Mais c’est quand même une chance que de venir ici et de rencontrer plein de gens. C’est fait pour ça aussi. C’est plutôt cool pour nous, super positif. Justement, on n’a pas besoin de ramer, mais c’est juste que c’est un espace qui est fait pour que les gens se rencontrent. Nous en bénéficions en premier lieu.

Valérie : il y a peu de moment dans l’année où autant de gens veulent parler avec toi (rires).

Maude : Oh Caliméro.

Jérémie : ça dépend en fait, il y a Facebook. Des fois les gens nous écrivent (rires)…

Maude : le groupe des pauvres types quoi.

Jérémie : ne dit pas ça Maude. Non mais cette présence médiatique est chouette.

 

 

A propos de médias justement, on parle de plein de groupes comme appartenant à une « scène suisse » maintenant. Je pense aussi par exemple à une scène féminine, entre Sophie Hunger, Evelinn Trouble, Heidi Happy ou encore Kassette. Vous sentez-vous dans une famille ?

Maude : je pense que si l’on devait se rattacher à une famille, ça serait principalement la famille du rock lausannois. Au-delà, je trouve que cela commence à devenir un peu superficiel. On parle toujours de Sophie Hunger comme figure de proue, mais nous n’avons aucun lien musical avec elle. On ne la connaît pas et ce n’est pas du tout le même type de musique. On essaie aussi de se détacher de la scène dite féminine car on n’aime pas être regroupé là-dedans.

Valérie : après je trouve que l’idée de former quelque chose autour de Sophie Hunger n’est pas sans intérêt. Peut-être qu’elle draine des envies de montrer des artistes féminines. Mais c’est plutôt quelque chose qui est lancé par les médias, les producteurs, etc, auxquels en fait on n’appartient pas du tout. Donc je ne pense pas que l’on puisse dire… c’est vraiment une famille (elle réfléchit)… qui n’est pas tellement musicale. Enfin, je ne pourrai pas me dire que l’on appartient à elle parce que nous ne sommes pas du tout dans le même genre de créneau.

 

 

 

Pour terminer, vous aviez ouvert l’an passé au Rocking Chair de Vevey pour Electrelane. Et puis malheureusement, le groupe a splitté après…

Valérie : oui, incroyable ce concert.

Jérémie : elles ont splitté après le concert d’ailleurs.

 

 

Finalement, c’est dur pour tout le monde. C’est un choc tout de même.

Jérémie : je ne connais pas toutes les raisons…

Valérie : elles en avaient marre, elles avaient énormément tourné.

Jérémie : le fait de jouer là-bas était vraiment super. Un très bon souvenir.

Valérie : mais on ne va splitter de notre côté. Ce n’est pas contagieux

Jérémie : on en a marre, mais on prend sur nous (rires).

 

 

Vous ne tournez pas à plein temps comme elles…

Jérémie : non, mais ça fait vachement envie de connaître ça. Les quelques fois où l’on a tourné en Allemagne on avait quand même pu se faire une dizaine de jours dans un bus. Tu rentres dans une logique où tu ne fais vraiment que de la musique tous les jours et c’est vraiment une chouette impression.

Valérie : après je pense que ce n’est pas forcément facile car elles ont fait tellement de petits clubs avant de jouer dans des grands salles comme à la fin de leur carrière… Et ce sont des gens qui n’ont non plus pas que ça dans la vie. Ce n’est pas forcément facile quand tu restes longtemps un groupe moyen. Elles sont restées pendant des années au même statut.

Maude : groupe moyen…

Valérie : non, mais de moyenne envergure.

Jérémie : on verra ce que Toboggan deviendra dans cinquante ans.

Valérie : eh bien nous sommes un groupe plutôt dans le long terme. On n’est pas un groupe qui explose vraiment (rires).

Jérémie : non mais je suis content de ça, parce que jouer dans des salles petites, comme nous avons pu le faire en Allemagne, où tu joues mêmes des fois dans des bars, c’est aussi un côté de la musique qui est différent. On n’a pas forcément l’habitude ici de le faire, quand on joue sur des scènes de Paléo ou d’autres grandes salles avec des bonnes conditions en Suisse. Faire des concerts en étant hyper proche des gens dans un endroit un peu roots, c’est aussi une dimension qui est vraiment chouette. Je préfère jouer dans un bar quand un espère d’hippodrome dont je ne citerai pas le nom. Au niveau du contact, ce n’est tout de même pas la même chose.

Maude : c’est aussi une question de choix tu sais.

Jérémie : non non, mais je fais croire que c’est une question de choix.

Maude : on a refusé la Pontaise (rires) (ndlr : pour nos lecteurs français : la Pontaise est un vénérable stade lausannois, aussi vieux que Demis Roussos, au moins).

 

 

 

“On a refusé la Pontaise”

 

Myspace de Toboggan: www.myspace.com/thetoboggan


Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Revenir en haut de la page