lundi , 24 septembre 2018
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PJ Harvey & John Parish

A Man A Woman Walked By

Universal


PJ Harvey va bientôt avoir 40 ans. Les mythes vieillissent aussi, et, au contraire de ses contemporains barrés, pendus, flingués, disparus ou emprisonnés, le métal dont est fait l’Anglaise est inoxydable, à peine griffé. A 40 ans, cela serait le début de la sagesse. Suivant ces prédications, aurait-elle pris de l’avance il y a deux ans avec le fantomatique WHITE CHALK, comme retiré dans un presbytère dans le Yorkshire ? Un piano, une guitare folk, une mandoline, un harmonica, une harpe : la démarche choquait le suiveur, encore habité par le teingneux et sans concession THE PEELS SESSIONS 1991-2004, regroupant 14 ans d’enregistrement chez feu Roi John Peel. Sans doute une histoire de troc, un camaïeu contre une Fender ou quelque chose comme cela. Sans doute une affaire de cœur pour changer du tout au tout. .

Polly Jean revient donc en 2009 avec A MAN A WOMAN WALKED BY, toujours en aussi bonne compagnie. Friande d’association, n’a-t-elle pas déjà habité successivement les albums de Marianne Faithfull, Mark Lanegan, Violent Femmes, Sparklehorse ou encore Nick Cave and the Bad Seeds avant d’inviter Thom Yorke sur l’album STORIES FROM THE CITY, STORIES FROM THE SEA (sorti en 2000) ? Cette fois-ci, elle redonne suite à la collaboration datant de 1996 avec John Parish, qui avait accouché à l’époque de DANCE HALL AT LOUSE POINT. Comme il y a 13 ans, c’est l’homme qui compose et la femme qui écrit. Mais ici, point de comparaison avec les récents travaux d’un autre duo, Isobell Campbell et Mark Lanegan par exemple: plus expérimental, plus fout les jetons, plus malsain.

Ceci dit, pas vraiment un album de PJ Harvey donc. Mais paradoxalement, WHITE CHALK n’est donc pas si loin, c’est à se demander la marge réelle de manœuvre de Parish sur la composition. En ouverture cependant, “Black Hearted Love“ brouille les pistes pour mieux nous mettre mal à l’aise face à l’œuvre complexe, intrigante et influente de la dame. C’est tout ce qui faisait sa réputation qui est exposé et qui l’a consacré depuis fort lontemps artiste majeure des 15 dernières années ; apparamment accessible pour mieux égratigner, guitares en avant et rythmique parfaitement posée, sans concession, “Black Hearted Love“ s’évapore en son terme comme un tache d’huile sur une route en plein soleil, histoire de bien faire comprendre qu’un retour aux sources n’est pas encore à l’ordre du jour.

“Leaving California“ rappelle bien cette évolution certaine de l’artiste, qui n’a plus peur de se mettre totalement à nu : « J’ai mis beaucoup de temps à accepter et à chanter avec ma “vraie” voix, pas avec ce que je pensais être ma voix. Pendant des années, j’avais plaqué des influences, en grande partie américaines, sur cette voix . Ça m’a pris énormément temps pour assumer que j’étais moi, une femme anglaise qui faisait de la musique. A me l’autoriser aussi. Je crois que je n’ai accepté que j’étais musicienne que très récemment, en 2001 ou 2002 » expliquait-elle en mars de cette année à nos confrère des Inrockuptibles. “The Soldier“ ou “April“ sont du même accabit. En opposition, les rentre-dedans “Pig Will Not“ ou le bien nommé “A Woman A Man Walked By / The Crow Knows Where All The Little Children Go“ permette à cet album d’être plus protéiforme et plus varié que ne l’était WHITE CHALK.

Le reste de ce A MAN A WOMAN WALKED BY se savourera dans des ambiances et des arrangements toujours aussi impeccables. Reste cette envie pressante d’en redécoudre avec un vrai album de PJ Harvey, seule face à ses démons et indomptable, émouvante de sincérité et de dévotion à ce art qu’elle aide à rendre encore plus beau. A 40 ans, sa carrière est devant elle.


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