samedi , 17 novembre 2018
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Pitchfork ou la dictature du cool

Review

REVIEW - Il m’aurait semblé pertinent d’intituler cet article « Pitchfork ou le plan Marshall du cool » mais ce nom était déjà pris ; parler de dictature du cool me paraissait alors raisonnable et je vais vous en exposer les raisons.

 

A l’instar d’autres marques comme Apple ou Harley Davidson, le webzine Pitchfork a réussi à ne plus être qu’une simple marque mais à devenir une religion. Ce webzine a atteint une telle notoriété, une telle "webcred" qu’ils peuvent se permettre de mettre en place les stratagèmes les plus efficaces pour gagner le plus d’argent possible lors de ses manifestations. C’est-à-dire que, même si les gens se rendent compte de se faire voler durant ce festival crapuleux, le sentiment négatif créé par ce vol est moins fort que le sentiment positif d’être et de parader au Pitchfork Festival. C'est à ce propos qu'il est possible de créer une relation entre le Pitchfork Festival et Apple, tant les multiples malices inventées par cette marque pour accroître son bénéfice sont efficaces et presque inévitables (obsolescence programmée, remplacement plutôt que réparation, engins uniquement compatibles Apple, …). Pourtant, la plupart des utilisateurs, bien que conscient de ces mécanismes, continuent à acheter Apple car leur amour pour cette marque est bien plus fort. Étudions dès lors le cas du Pitchfork Festival. 

Les stratégies que le Pitchfork Festival a mises en place sont plurielles et redoutables; j'en énumère quelques-unes. Les heures de passage des groupes n'ont pas été divulguées avant la soirée; toute personne intéressée par les groupes qui y jouent s'y rendra alors le plus tôt possible, pour éviter de manquer un concert. Une fois entré dans le festival, il est évidemment impossible d'en sortir, sous peine de se voir refuser l'entrée, et ce, quelle que soit l'heure. Une fois à l'intérieur, il est impossible de trouver un programme imprimé, le Pitchfork Festival économise en n'imprimant aucun programme, seules deux ou trois feuilles A4 blanche informent les spectateurs du programme de la soirée. Ensuite, la seule monnaie acceptée dans le festival est le jeton Pitchfork, jeton que l'on peut acheter, par 5 minimum, mais qu'on ne peut se faire rembourser. Pour finir, les bières sont très chères – 7 euros la chope/pinte/cannette et 4 les 25cl et la nourriture ridicule en quantité mais très efficace en amputation de jetons.  

 

 

«C'est quand même un peu cher pour un festival indépendant». Cette phrase, je l'ai entendue dans la file d'attente pour obtenir un bracelet press. Il me parait étonnant que les gens croient encore que, du fait de l'indépendance du média ou du festival, celui-ci n'embrasse pas une pensée constante du profit. Le lien entre indépendant et but non-lucratif parait ici totalement désuet. Certes, le Pitchfork Festival est indépendant dans le sens où il ne touche pas de subvention, contrairement à d'autres fesitvals français comme Rock en Seine, mais il cherche à faire du bénéfice comme n'importe quelle autre entreprise. Pitchfork est le média musical le plus influent au monde avec ses 4 millions de visiteurs mensuels, il est donc aisé pour lui, associé à l'agence de booking la plus cool de France – l'agence Super ! -, de vendre un festival sur quelques têtes d'affiche influentes – dont le cachet ne dépassera pas les 30 000 euros – et de faire payer le prix cher aux festivaliers. D'autant plus que, comme le dit l'article de Gonzai cité plus haut, le festival est coorganisé par Super ! qui a booké la moitié de son catalogue dans ce festival. Cela ressemble facilement à un festival de promoteurs; Super coprogramme le festival, y fait jouer une bonne partie de ses groupes et profite de la grande visibilité de Pitchfork. Pitchfork profite de la crédibilité de Super ! et de sa bonne visibilité en France. Ca ressemble à un contrat win-win, les seuls perdants ici sont les spectateurs.

Il semble alors qu’il faille éviter comme Jean-Marie Bigard le Pitchfork Festival et maudire cette soi-disant élite cool qui pensent que c’est cool de ne pas connaître les horaires des concerts par avance, de payer des prix outrageux pour ne plus avoir le gosier trop sec, de garder des jetons Pitchfork Festival qui valent un bras chez soi parce qu’on ne peut pas les échanger contre des valeurs sonnantes, d’être enfermé dans un endroit clos sans pouvoir en sortir et, de ce fait, d’être contraint de rester des heures durant dans un cool-oir longeant la seule salle de concert. La chose triste est que la programmation est tout de même assez bonne mais, pour en profiter, il faut avoir deux reins qui fonctionnent bien, pour en vendre un si jamais. Ceci étant, malgré l’organisation frauduleuse, j’ai pu assister à de bons concerts, en voici le Top 5, par ordre anti-préférentiel.

5 – DIIV

4 – The Walkmen

3 – Grizzly Bear

2 – Liars

1 – John Talabot

 


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