jeudi , 20 septembre 2018
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Peter Doherty

Grace / Wastelands

EMI


Bien malin qui aurait pu prédire, en 2002 la fulgurante trajectoire de Pete Doherty, ses états des grâces, ses moments, dirons-nous, pénibles. En 2009, Pete Doherty clôt solitairement le premier chapitre d’une histoire qui sera longue et belle. Seul, oh non, pas dans une chambre d’hôtel, mais seul maître à bord d’un équipage au cœur de pirate avec le triomphe modeste qui caractérise les grandes canailles. GRACE / WASTELANDS porte tellement bien son nom, pas tant sur le résultat que sur ses attentes. Mais les spécialistes de l’affaire le savent, depuis 18 mois, Doherty démontre un léger mieux. Doux euphémise… Les simples d’esprits creusaient déjà sa tombe, à 27 ans pour la légende, ç’aurait été mieux, histoire de dire « moi aussi, j’y étais », pensaient que, forcément, Doherty et Winehouse, ça fait un, et que Kate Moss, eh bien elle s’est fait dérouté par son vilain ex et prend elle aussi maintenant de la …drogue, imaginez-vous !

Peu étaient là au départ, fin 2001, quand UP THE BRACKET des Libertines sortait, album rock de la décennie, occulté par la précoce turpitude du duo Barât / Doherty. Sans se faire prier, Doherty a largement aidé à tout bousiller. Dans le fond, j’en entends chuchoter « tant mieux ». Bonne réponse ! Certes, Babyshambles ressemble parfois à une farce, Dirty Pretty Things n’était décidemment pas un projet viable, Yeti (qui ?) furent attendus quoi, 3, 4 ans, pour si peu. Mais Barât / Doherty auraient pu enfiler les albums comme les Kaiser Chiefs, ou pire, les Killers, surproduits, dégoulinants et auraient terminé comme Razorlight, en blanc sur scène.

Au final, tout est là avec cet album solo du natif de Hexham, Northumberland. Il suffit, parfois, de se montrer patient. Vous n’attendez plus rien des Libertines ? Vous pourrez patienter quelque temps avec ce GRACE / WASTELANDS. Car Pete Doherty grandit artistiquement, et reprend son vrai prénom, accessoirement, pour mieux marquer les coup de son virage dans la trentaine. Entouré des siens, l’étrange Wolfman, Adam Ficek, Drew McConnell, Mick Whitnall des Babyshambles, Peter Doherty suprend en invitant l’Ecossaise Dot Allison, connue pour ses nombreuses collaboration avec Massive Attack, Arab Strap ou Death In Vegas. Il lui offre ou co-écrit avec elle de bien beaux morceaux, tels “Sheepskin Tearaway”, ou encore “Portrait Of The Sun” et “Heaven Under Siege”, ici absents de l’album. Présent à la guitare tout au lond des 12 morceaux, Graham Coxon rappelle que l’influence de Blur n’a jamais loin depuis les débuts des Libertines.

Alors, forcément, GRACE / WASTELANDS ne fait pas dans le clinquant. La vague rock’n’roll s’est brisée d’un vive éclat, en 2005 déjà. A 30 ans, Doherty semble être déjà vieux. Aujourd’hui, Justice, Empire Of The Sun ou d’autres choses encore plus douteuses et sans âmes tiennent le haut de l’affiche. A 30 ans, il redevient un travailleur de l’ombre, et on recommence à l’aimer. Il prend des risques et fait sonner “A Little Death Around the Eyes” comme si ce titre était une chute de THE AGE OF THE UNDERSTATEMENT des Last Shadow Puppets. “Broken Love Song” démontre la maturité naissante du trublion, on dirait, à choix Paul Weller ou Richard Hawley. Certains titres étaient connus depuis les fameux enregistrements mis en ligne sur Internet, parmis eux SHAKING AND WITHDRAWN – Doherty était convaincu des bienfaits de ce nouvel instrument pour réunir les gens, il en fera les frais par ses pitreries – mais quel plaisir de les retrouver ici arrangés sans être lissés, des petites flammes qui incitent l’auditeur à se poser, enfin. Au fond, d’adolescents fonçant droit dans le mur, Doherty et ses fidèles sont devenus adultes et fatigués par le tumulte. Bien malin qui aurait pu prédire le Peter Doherty version 2009. Une chose est sûre dorénavant : il nous enterrera tous.


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