dimanche , 18 novembre 2018
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Bruce Springsteen

High Hopes

Label: Columbia / Sony Music

ROCK - Le Boss est de retour début 2014 avec un nouveau disque, deux ans après le bon Wreckin Ball et une tournée qui n’a pas remis en cause ses talents de showman. A 64 ans, le chanteur américain invite Tom Morello (guitariste de Rage Against The Machine) à le suivre sur scène et en studio (une première de débaucher un guitariste d’un autre groupe !). Il se permet aussi de reprendre en studio des titres de son répertoire scénique ainsi que des reprises. Panne d’inspiration ou nouveaux horizons ? Le Boss est-il encore maître de son chemin musical ?

Quand Bruce Springsteen sort un nouveau disque, il y a toujours tellement de choses à dire. Chaque chanson a un but, une histoire, des anecdotes, des explications. De l’eternel méprise de "Born in the USA" (qui n’est pas à la gloire des USA) au disque WRECKIN BALL que j’avais expliqué et chroniqué ici, Bruce Springsteen reste un auteur engagé. Son actualité musicale ne désemplit pas, et après une tournée mondiale (succès critique et commercial, c’est le Boss !), le chanteur américain retourne très vite en studio avec Tom Morello qui l’a rejoint lors de la tournée australienne. C’est d’ailleurs ce dernier qui lui a suggéré "High Hopes", une chanson de Tim Scott McConnell (membre des Havalinas). Bruce Springsteen n’hésite pas à présenter son nouveau guitariste comme sa nouvelle muse !

"High Hopes", une reprise ? Chez Springsteen une reprise sur un album studio ? Le Boss serait-il en panne d’inspiration ? Il n’est pas rare de voir des reprises lors de concerts comme le « Detroit Medley » (contenant par exemple "Twist and shout") à la fin des années 70, "War" fin des années 80 (sorti en 45t et sur le coffret live 75/85), etc. Certaines reprises n’existent d’ailleurs que sur des bootlegs. Le titre "High Hopes" avait déjà été enregistré par le Boss pour les sessions d’enregistrements de la compilation de 1995 (mais non paru, ce qui est fréquent chez lui).

Cet album contient aussi la première version studio de "American Skin (41 shots)" inspiré du cas d’un jeune guinéen présumé violeur en série abattu par quatre policiers alors qu’il était innocent et sans arme, et sortait de chez lui. Une bavure de 41 balles, inspirant une chanson forte que Springsteen avait crée à Atlanta en 2000, non sans recevoir des menaces de mort des hommes de loi, alors que ces quatre policiers ont été acquittés. Dans son texte, Springsteen ne va pas dans le voyeurisme, et s’interroge sur la sécurité aux USA, quand un enfant part à l’école, peut se faire arrêter et tuer s’il n’écoute pas les forces de l’ordre. Springsteen rapporte qu’il s’était fait hué en concert mais, toujours dans ses convictions, rechante encore et toujours cette chanson. Cette version est quasiment identique à celle jouée sur scène.

"Just Like Fire Would" est aussi une reprise du groupe punk australien The Saints. Bien que le son Springsteen 2014 soit plus étoffé que l’original, la reprise est assez proche. Une autre reprise termine le disque (dont les paroles sont absentes dans le livret du CD, sans doute une question de droits, mais la qualité du texte est limité par rapport à ceux de Springsteen). Cette version douce vaguement electro fait perdre l’intérêt premier de l’original enregistré par le groupe Suicide en 1979 : sa sonorité « moderne » électronique qui annonçait les années 80. Springsteen l’avait déjà joué sur scène avant la sortie de ce disque. Mais ce final d’album est relativement faible musicalement par rapport à d’autres titres du disque.

Et si Springsteen reprenait du Springsteen ? En reprenant "The Ghost of Tom Joad" (de l’album éponyme de 1995), Springsteen refait ce qu’il avait déjà fait pour des titres de l’album NEBRASKA (1982, album solo en acoustique, un chef d’œuvre du folk) sur le MTV Plugged : reprendre avec son groupe des chansons qui était acoustique (le contraire des concerts unplugged…). Ce « featuring Tom Morello » (comme sept autres titres) donne une relecture différente de cette chanson, certes bien moins subtile, mais toujours émouvante de cet épisode américain (Tom Joad est le héros du livre « Les Raisins de la Colère » de John Steinbeck, parlant de la Grande dépression des années 30). C’est aussi l’occasion pour Tom Morello de briller avec un solo peu agressif mais franchement prenant, et de chanter en duo avec le Boss.
D’autres nouveaux titres sont d’un intérêt plus limité comme "Heaven’s Wall". Bien pop, il ne peut être comparé au titre "The Wall" ou "American Skin" sur le plan du texte ou de la musique. On revient sur la même tendance avec ce titre (comme "Hunter of Invisible Game") que les derniers de WREAKIN BALL, des textes moins engagés et pro-chrétiens. Il est d’ailleurs amusant d’y constater la présence de Tom Morello, ancien metalleux. Disons-le franchement, les reprises sont presque meilleures à ce genre de chansons accusant un petit vieillissement …

On pourrait penser que notre grand Bruce est en panne d’inspiration, avec des reprises, mais en écoutant "The Wall", on atteint un chef d’œuvre digne des premiers albums. Parlant à un proche nommé Billy parti au Viêt-Nam et n‘étant jamais revenu, le narrateur fait le constat que ceux qui ont décidé cette guerre « mangent en famille dans des salles à manger de luxe », pendant que le narrateur voit Billy derrière un mur. Jacques Prévert nous l’avait dit : « Quelle connerie la guerre » (Barbara). Springsteen a souvent été dans ses chansons la voix de l’opprimé, du laissé pour compte, de l’oublié, du maudit même. Avec ce titre, on retrouve le Boss dans son grand bureau, inspiré et en forme.

Certains fans ont parlé de ce dernier album comme un disque fait pour la scène. Si c’est dans les grandes salles de concerts (ou les stades) que le Boss s’est fait et garde sa réputation exceptionnelle et méritée, certains de ses albums studios restent des chefs d’œuvres. Ce dernier n’est plus (comme les précédents) dans l’exceptionnel. Les reprises et les chansons plus faibles accusent une petite baisse d’inspiration, bien que l’on n’ait pas un mauvais disque en main. Disons que l’intérêt est variable selon les titres, certains étant très bons, d’autres sympathiques, et d’autres moins intéressants. La présence de Tom Morello ne conduit pas vers un disque très rock comme on pouvait l’espérer, le Boss gardant le son qu’on lui connait. Grands espoirs, oui, de voir ce disque fait pour la scène résonner dans les stades, avec des musiciens déchainés …


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