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Bad Bonn Kilbi, 3ème jour

Review

Bad Bonn Düdingen


Parler du Bad Bonn Kilbi 2009, c’est avant tout s’exclamer sur la venue des importants Sonic Youth. Les petites poésies bien trouvées décrivant les groupes présents à Düdingen trouvent toutes leur pertinence à l’évocation des new-yorkais : « Il était une fois un choc musical, redéfinissant le rock alternatif, pourquoi vouloir les présenter, vous les connaissez déjà, si tel n’est pas le cas, remettez vos pendules à l’heure ». Toutefois, avant d’effectuer une remise à niveau – ne pas laisser planer le suspens : Sonic Youth furent presque parfaits hier soir, c’est-à-dire qu’ils restent bien le plus grand groupe alternatif, tout simplement – on pouvait aussi faire ses emplettes de trouvailles et de groupes confirmés.

Présent lors des trois jours du meilleur festival helvétique, Lords of Rock se fera un plaisir tout au long de la semaine de vous livrer ses impressions et quelques interviews fort alléchants, livrés clés en main par Aurélien Ballif. Afin de laisser ce dernier récupérer de son marathon et de ses nuits au très réputé camping du Kilbi, entouré de quelques apôtres de la jeunesse sonique romande, intéressons-nous à ce fameux dimanche, dernier soir donc, qui voyait non seulement la bande emmenée par Kim Gordon et Thurston Moore à l’affiche mais aussi les californiens The Mae Shi, le violoniste à temps partiel d’Arcade Fire, Owen Pallett, sous le nom Final Fantasy, Sunn O))) et son approche avant-gardiste du riff, les australiens The Drones ou encore le duo electroclash Miss Kittin & The Hacker.

      The Mae Shi

Avec leur post punk lorgnant vers l’Angleterre tout en y ajoutant une déglingue et une alcoolémie bienvenue pour ouvrir le bal de la grande scène, les Mae Shi ont fait plus que ce qu’on leur demandait. «Vous venez pour Sonic Youth. Mais mis à part cela ?» s’interroge pertinemment Jonathan Gray. A entendre “Run To Your Grave“, parfaite pop song débraillée dans la veine Black Lips, ou encore “Vampire Beats“, le trio de Los Angeles (parfois sept, suivant l’occupation et le cuvage de chacun), a de fait affiché de bien belles dispositions qui lui a permis un une belle assistance d’un public kilbien jamais blasé.

Peu après, The Drones jouaient eux dans la « maison », c’est-à-dire dans la salle du Bad Bonn version normale, et ont prouvé, sans forcément convaincre, que les grosses guitares sont encore en vie. Encore faut-il posséder un timbre de voix, dira-t-on, agréable. Le problème c’est que Gareth Liddiard agace très très vite – le sous-mixage n’aidant en rien – avec un chant rappelant les méfaits de mauvais groupes FM dont on taira le nom. La qualité du groupe leur permet toutefois largement de rester dans la catégorie de groupe de rock épique.

      Final Fantasy

 

A peine le temps de souffler que Final Fantasy nous accueille sur la grande scène. Ou plutôt devrait-on dire Owen Pallett’s Final Fantasy pour éviter tout risque de confondre ce nom avec le jeu que vous connaissez. Un violon, un loop, une voix délicate : le tour est joué pour convaincre, ceci par de riches idées et un joli sens de l’orchestration. Il n’est pas membre d’Arcade Fire pour rien direz-vous… Si l’on n’accordera qu’une attention polie aux jeunes new-yorkais d’Extra Life et leur pop triturée se revendiquant de Cocteau Twins, de Swans ou encore du chant grégorien, on ira se risquer, la nuit tombante, dans la cave creusée par Sunn O))), duo de drone métal originaire de Portland. Une heure durant, les larsens balaient les oreilles d’un public de plus en plus nombreux, ne se décourageant pas à l’idée d’ « expérimenter » une certaine vision du métal. A prendre ou à laisser soit, mais assez décapant pour s’attarder, ceci au risque de faire l’impasse sur Mahjongg, à l’œuvre peu après à l’intérieur.

 

      Sonic Youth

 

Ensuite ? La perfection Sonic Youth. Donner son avis à la fin d’un concert des new-yorkais est impossible, tant on a cette impression naïve – qui fait la beauté touchante des fans de rock indés – d’atteindre l’acmé, le summum. Rarement, messieurs, dames, vous verrez des gens autant ébahis, une telle euphorie liée à une légitime émotion devant des musiciens. Parler de seigneurs du rock – sans mauvais jeu de mots – pourrait bien résumer l’affaire. Sauf que chez Sonic Youth, on ne prend pas vraiment le qualificatif au sérieux : professionalisme au service de l’efficacité et non pas de la suffisance, fraîcheur dans le jeu sur scène, des erreurs – oui, des erreurs – sur les nouveaux morceaux (à écouter sur leur site l’excellent “Sacred Trickster“ annonciateur de l’album à sortir la semaine prochain, THE ETERNAL) font que Sonic Youth garde ce visage humain et leur a sans doute évité posters, t-shirts, gros titres et reportages sur TF1, et, conséquence logique, bousillage en règle. « Maintenant tu penses que je suis la sœur du diable, je veux savoir, dois-je rester ou partir ? » s’interrogeait Kim Gordon en préambule de DAYDREAM NATION. En activité quelques temps avant ma naissance, ce groupe n’a pas de mission, ils jouent leur vie et donne de fait une raison de vivre à bien plus de personnes que les 1’200 privilégiés du KBad Bonn Kilbi. Quelle beau dénouement pour cette 19ème édition du festival.

 

Photos © Julien Gremaud


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