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Paléo 2015, vendredi


Paléo Festival, Nyon (CH), vendredi 24 juillet 2015

REVIEW - Après ces 3 soirs à prendre des bains de foule devant la grande scène, on profitera de cette soirée éclectique pour aller écouter d’autres artistes moins reconnus comme Fabian Tharin, Disco Doom, Salomé Leclerc, Feu ! Chatterton, Les Violons Barbares et Peter Kernel. Ce soir encore, la pluie est venue s’incruster à cette soirée, la malotrue

C’est sur un questionnement météorologique que nous débutons cette cinquième soirée Paléo. Il fait terriblement chaud. Malgré le message préventif de Paléo : risque de courtes averses en soirée, prenez vos bottes, on décide d’y aller en petites chaussures et sans K-way. Grave erreur puisque la pluie sevira à nouveau sur la Plaine de l’Asse dès 21h30. Pourquoi n’avons nous pas écouté les conseils, on se croyait les plus forts ? ou surtout on avait la flemme de nettoyer nos bottes encore toutes crottées de mercredi soir ?… La flemme, ça s’attrape vite à Paléo en vue de l’ambiance nonchalante des campeurs en mal de sommeil, de vitamines et en surconsommation de produits altérant les capacités de jugement (nous vous rappelons que l’abus d’alcool et de produits illicites est dangereux pour la santé !).

Bref, on se rend avec nonchalance à cette soirée qu’on qualifierait de… de quoi au fait ?… dur à dire : de la chanson avec Véronique Sanson (on vous rassure c’est pas le concert qu’on a chroniqué),  du punk de salon avec Fabian Tharin, du sonique inclassable avec Disco Doom,  du rock électro avec Salomé Leclerc, du rock littéraire avec Feu ! Chatterton,  du traditionnel oriento-bulgare avec Violons Barbares, du rock électro avec Peter Kernel, du rap soviétique avec Soviet Suprem et de l’humour avec 120 “ qu’on ne chroniquera pas dans un magazine rock of course ! Bref, soirée très éclectique et prometteuse. On va encore courir !

On commence très fort avec Fabian Tharin, concitoyen yverdonnois (CH). L’album écouté dans notre salon avait aiguisé notre intérêt sans pour autant être captivé par sa musique intéressante mais un peu dingue. C’est tout le contraire en concert. On a été envouté par la prestance scénique de ce dandy gay néopunk. Arborant un look électro dont le rose est le point commun entre tous les musiciens sur scène (T-shirt, bandes sur le pantalon et chaussettes roses), Fabian Tharin et ses musiciens font preuve d’humour et de communicativité. Les paroles très bien écrites, piquantes et tout en finesse de ce chanteur-compositeur nous retient auprès de lui, nous intéresse, nous surprend, bref, nous fait tout simplement du bien. Il est en communion totale avec son public (ça nous change d’un certain Ben !). 

C’est donc sur des sons de synthé et des beats électroniques avec « Foutu automne » qu’il débute son concert pile à l’heure. Il s’excuse ensuite de faire une chanson plus calme en nous expliquant que ces potes lui ont fait remarqué qu’il connaissait trop de mots pour faire du rock, alors il a composé cette « chanson d’amour pourrie ». Il enchaîne une petite dizaines de chanson  parlant de l’ordinaire de manière inordinaire. C’est un texte moqueur, cassant les conventions et provocateur car « il n’y a pas besoin que ce soit joli ». Il nous délivre un peu de sa vie à travers « Des familles canard Wc » et toujours avec beaucoup d’humilité ironique « je ne suis qu’une Rock Star ». L’utilisation de l’électronique et de l’informatique sur scène offre aucune limite à cet artiste. Ce qui est surprenant chez ce type c’est qu’il fait de la poésie en nous parlant de baignoire et de sagex dans les toilettes, ce qui fait qu’  « Elle n’aime pas mes chansons » dernier titre que Fabian nous offre avec bonheur en rappel de ce premier concert de soirée.

Après un tel concert on n’a pas envie d’enchaîner trop vite, on prend le temps de découvrir le village du monde et de déguster de petits apéros asiatiques, thème à l’honneur cette année. Je vous conseille les Momos tibétains en encas : C’est incroyablement délicieux et il n’y a pas de file d’attente car il n’y a pas une abondance de propositions satisfaisant tous les estomacs exigeants et difficiles. C’est simple mais délicieux.

Après cela, départ pour le Détour afin d’aller écouter la noise de Disco Doom. On ne va pas faire le pédigrée de ces Suisses bien connus dans le monde des petites salles qu’ils écument depuis un moment déjà (plus de 15 ans), ils peinent néanmoins à se faire connaître du public malgré plusieurs tournée aux USA. Une fois encore, ils se révèlent bien meilleurs sur scène que sur album ! Ils ont l’art et la manière de faire saigner les guitares ainsi que de s’enfoncer dans des longues tirades bruitistes expérimentales entre noise et no core. En vrai disciples de Sonic Youth dans leurs bons jours, ils offrent un set riche, perdant parfois le spectateur dans de sombres boucles répétitives à la recherche du bon son qui relance la suite. Cela faisait plaisir de les revoir sur scène !

Inconnue dans nos contrées, la Québécoise Salomé Leclerc est venue nous faire découvrir sa folk douce et merveilleusement incarnée. Elle chante en français et avec ses chansons à texte a convaincu bon nombre de festivaliers tandis que bon nombre allait déjà prendre place pour le spectacle de 120 secondes. Dernière date de sa tournée, la Québécoise donne de sa personne et fait forte impression. Tantôt calme ou alors plus énergique, sa musique nous emporte et la musicalité de ses titres ravi les oreilles des festivaliers. Elle s’autorise même une reprise de Léo Ferré avec un “20 ans” à sa manière. Façon de rappeler l’esprit Paléo. Magnifique présence et belle découverte. Et voilà l’orage, menaçant jusqu’alors, tombe sur la plaine de l’Asse…

21h45, Feu ! Chatterton entame son concert au moment même où la pluie déverse ses plus belles trombes d’eau ! Prise de panique, une horde de festivaliers viennent se protéger sous la providentielle tente du Détour. Les Feu ! Chatterton commencent avec un morceau plutôt calme qui s’entend à peine entre les coups de tonnerre, la pluie clapotant sur la toile du Détour, la foule hurlant au moindre éclair, bref, un début de concert assez chaotique d’où je me situais, coincé et piétiné!

Le groupe ne se laisse pas pour autant désarçonner par la colère de mère nature et continue son concert comme si de rien n’était. Le chanteur se démarque du reste du groupe grâce à son apparence de Dandy en costume sombre, sa petite moustache bien taillée et son accent détrônant « El Padrino ».  Ses acolytes, quant à eux, vêtus de manière plus classique, sont là pour mettre en lumière la star. Ils se déchaînent dans des danses endiablées et occupent tous les contours de la scène, laissant la place centrale à Arthur, le chanteur, immobile, bien droit, l’air noble et désinvolte. Toute une mise en scène ! Il crée toute une atmosphère cinématographique poétique dans ses chansons à texte.

On est séduit par le 3ème morceau « Côte Concorde »  qui est un superbe titre musicalement mélancolique et aux paroles captivantes. C’est à ce moment-là que quand Arthur se met à chanter « …les eaux sur la lagune, qu’il pleut à Giglio… », la pluie s’arrête dégageant un peu d’espace supplémentaire autour de soi, ouf ! Il faut croire que cet univers n’a pas plu à tout le monde et que la tente n’était qu’un abri de fortune. C’est très dommage car cet artiste en vaut la peine. J’en profite pour me déplacer plus proche de la scène, où le son est mieux balancé et où je peux distinguer un peu mieux les paroles. C’est ainsi que je peux apprécier pleinement leur tube « La Malinche » joué en fin de concert. En effet, ce titre me plaît particulièrement car plus swinguant. C’est donc un concert qui nous a plû malgré les désagréments de sons. En effet, Feu ! Chatterton font partie des ces groupes qui s’écoutent mieux en salle. C’est pas grave, ce concert nous a donné envie de les revoir !

Loin de la disco-pop de Christine and the Queens – qui a fait un tabac il faut le reconnaître – aux Arches, à l’autre bout du festival, sous le Dôme, se produisent Les Violons Barbares. N’imaginez pas des violons électriques passé à la moulinette de grosses distorsions, ni même de violons classiques. Il s’agit d’instruments peu connus dans nos contrées puisqu’il s’agit d’un morin khuur et d’une gadulka (mreci wiki !). L’originalité totale de ce groupe d’origine française est de mélanger des sonorités balkaniques, slaves et orientales. On notera la performance vocale au chant diphonique. Derrière chaque chanson se cache une histoire que le groupe nous communique chaque fois qu’il le peut. Quelques notes d’humour viennent ponctuer le spectacle comme par exemple avec une chanson nommée “Saturday Yourte Fever” ou en entamant “Staying Alive”. Toujours est-il que le style vaut le détour et le public, en nombre, a eu l’air d’apprécier.

Merde, 0h30, voilà 15 minutes que nous sommes bloqués à la boutique Paléo par la pluie….Alléééé ! Pluie arrête toi qu’on puisse aller voir Peter Kernel qui a commencé son show depuis 15 minutes déjà. Une petite accalmie. On court au Détour, enfin pas trop vite pour éviter de se retrouver les fesses dans la boue comme d’autres festivaliers malchanceux.  Quelle surprise en arrivant, de voir relativement peu de public sous la tente. Néanmoins nous sommes contents d’avoir cette fois-ci un peu de la place pour nous délecter de leur musique psyché-rock.

Ce trio Tessinois – Canadiens, Peter Kernel s’offre à nous en toute simplicité, jouant sur des sonorités psyché entraînantes qui met la foule en transe. Ils créent cette transe en milieu de concert en jouant un seul accord gratté à un rythme unique sur  fond de batterie, pendant huit minutes. Ce jeu répétitif peut devenir pour certains, après quelques minutes, un peu agressif et gavant. Mais, je retrouve le sourire au morceau suivant, « High Fever », qui est plus mélodique à mes oreilles de novice du moment. La voix poussée, hurlante de la chanteuse et bassiste est unique et rend tout le caractère particulier du punk décalé de Peter Kernel.  La complicité entre elle et le guitariste se fait ressentir dans la fosse des festivaliers qui en demandent encore.

Trempés, fatigués, on n’aurait qu’une envie c’est de rentrer se coucher… Mais impossible de manquer Soviet Suprem qui forcément nous remontra notre moral pluvieux en jouant sur l’ironie de l’histoire humaine. En constumes soviétiques se présentent mutuellement : Sylvester Staline et John Lénine. Ce duo complétement déjantés accompagné, d’un saxophoniste et de DJ Croute Chef , déclament des paroles déjantées et ironiques sur des airs balkaniques festifs et enjoués. La foule danse, saute et crie de plaisir. C’est qu’ils sont complètement fous ces types :  Déguisements intimidants, regards de fous furieux, déclamations d’extrême gauche, coup de pétard dans les pieds de leur acolytes avec un pistolet de gamin. On se défoule, on rigole. Un vrai bonheur.

C’est encore une journée pleine de surprises que nous avons vécu là, avec un concert d’entrée (Fabian Tharin) et un de fin (Soviet Suprem) qui nous laisse tout réjouis malgré le coup de froid attrapé cette nuit-là.


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