mercredi , 26 septembre 2018
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The Black Angels

Interview


INTERVIEW Si vous n’avez pas encore entendu parler des Black Angels, c’est le moment. Un groupe impressionnant, authentique. Ils étaient au PTR (Genève) le 17 février dernier dans le cadre du Festival Antigel. Tout le public en témoignera: l’expérience vécue fut d’une force inouïe. Il a été prouvé récemment que la musique peut agir à la manière d’une drogue. Avec les Black Angels, on ne peut que certifier. Débarqués d’Austin pour une tournée à travers l’Europe, ils présentaient leur album PHOSPHENE DREAM (2010) et un show inoubliable. Le chanteur Alex Maas et le bassiste Nate Ryan nous ont accordé de leur temps après ce concert. Un entretien d’une générosité extrême, d’une longueur justifiée. Un qualificatif: ingérables. Plutôt qu’une interview, ils nous ont offert leurs états d’âme, des pensées profondes. Tout ça dans une atmosphère enfumée, pas tout à fait réelle, ni vraiment rêvée. Le psychédélisme dans toute sa splendeur. 

Lords of Rock: Avez-vous passé une bonne soirée?

 Tous: Oh oui! 

Le public suisse?

 Alex Maas (chanteur): Il était super. Tellement enthousiaste. C’était notre première fois à Genève et on a adoré. On a passé un très bon moment.

Et maintenant?

Alex Maas: On est à la moitié de notre tournée. Demain on va à Bâle, puis en Scandinavie, Hollande, Allemagne…

Quel genre de concerts préférez-vous? Open-air, salles?

Alex Maas: Les deux sont très funs. Vraiment!

Nate Ryan (basse): Un endroit fermé avec toit ouvrant. Ca, ce serait parfait! (rires) Mais généralement, je trouve que notre musique convient mieux à un endroit sombre, donc à l’intérieur. Ca rend l’atmosphère plus mystérieuse. 

Vous venez de sortir un DVD live (ndlr. Night of the Vampire) avec le chanteur Roky Erickson. Pouvez-vous nous en dire un peu plus?

Alex Maas: C’est un ami à nous. Il avait envie que l’on joue ensemble une fois et il a avancé l’idée de l’enregistrer. On savait pas vraiment ce qu’on allait en faire…On a joué 5-6 titres de Roky Erickson, quelques reprises, des chansons à nous et tout ça c’est sur le dvd.

Mais il est beaucoup plus « folk » que vous non?

Alex Maas: Oui, disons que ses nouveaux titres sont beaucoup plus americana. On nous a demandé de reprendre quelques un des morceaux de Roky et on a essayé de les rendre plus psyché. On a beaucoup aimé joué avec lui mais on a aussi réalisé que c’était pas facile. Comment tu décrirais ça Nate?

Nate Ryan: C’était une situation délicate. Tu sais jamais vraiment comment te comporter avec Roky. Il a un caractère très particulier. Très gentil, sympathique, talentueux mais il travaille de manière très différente. C’était un vrai challenge. Et il change d’humeur chaque jour. 

Alex Maas: La communication était très difficile. On proposait des trucs, ça lui plaisait pas. Honnêtement, je suis pas sûr qu’il aime encore faire de la musique chaque jour. Il a vécu des expériences qui lui ont fait jouer et composer de la musique. Je pense que si ça dépendait de lui, il aimerait être tranquille, jouer du piano, lire et regarder des cartoons. 

Il n’aime plus se produire en public?

Alex Maas: Oui, mais surtout il est arrivé, à mon avis, dans une période où la musique n’a plus une place majeure. Je sais pas…T’es d’accord?

Nate Ryan: Oui, mais en même temps, dès qu’il jouait, il était heureux. Tu le regardais dans les yeux et il était très présent.

Alex Maas: Oui, oui, c’est vrai!

Nate Ryan: Il y avait une sorte de magie à chaque fois. Et dès que la chanson se terminait, il pensait tout de suite à autre chose, parlait de n’importe quoi. 

Alex Maas: Oui. C’est là qu’on a remarqué à quel point la musique était thérapeutique. Littéralement. C’était tellement évident. On trouvait dur de lui parler avant le show, et dès que ça se terminait, il pouvait discuter de tout et rien. Du passé, du présent, de sa vie. 

Mais dans ce cas, je me dois de vous demander comment ça s’est passé avec Anton Newcombe (ndlr. The Brian Jonestown Massacre) avec qui vous avez aussi joué…

Alex Maas: Mais on a jamais tourné avec lui. Ce serait drôle. Faire une tournée avec lui en Europe. Juste pour lui voler ses fans en fait. (Rires) Sérieusement, c’est un songwriter très prolifique. Très sympa.

Vous aussi êtes très prolifiques. Un album tous les deux ans et énormément de titres qui ne sont jamais sortis. 

Alex Maas: On essaye toujours de créer. Que l’on soit en tournée ou non. On essaye d’évoluer en tant que groupe et comme personnes. Les meilleures compositions, on espère, deviennent des titres des Black Angels.

 

“On essaye d’évoluer en tant que groupe et comme personnes”

Vous avez un label en ce moment?

Alex Maas: Oui, Blue Rise. Ces deux mecs avaient un label dans les 60’s et voulaient en refaire un. Ils nous ont demandé d’être le premier groupe sur le label et c’est un véritable honneur. Mais ce n’est pas un deal traditionnel. Il y a beaucoup de communication entre eux et nous. On est le seul groupe signés pour le moment donc ils nous offrent énormément d’attention. On échange nos idées…

C’est proche du rêve pour des artistes!

Alex Maas: Certainement…

Nate Ryan: Des fois t’as même pas envie de te réveiller. (Rires) 

Alex Maas: Oui c’est bizarre. Là je peux parler que pour moi, mais je ne savais pas que j’allais faire ça de ma vie. Etre dans un groupe psychédélique. Je pensais avoir un ranch peut-être. (Rires) Quand on a commencé à jouer ensemble, on a eu cette sorte de connexion musicale. Très puissante. Et on a eu cette croyance aveugle que quelque chose de bon en ressortirait. A mon avis, c’est pour cette raison que l’on a commencé le groupe. Parce qu’on se sentait bien.

Nate Ryan: La magie noire aussi…

(Rires)

Nate Ryan: Non mais c’est vrai, on a essayé. On a tous été élevé dans la religion chrétienne et découvrir ce monde de magie noire nous a ouvert quelque chose de nouveau. 

D’où vient ce déclic?

Alex Maas: Lynette, l’une de nos colocataires, nous a introduit à ça. Elle donnait des cours d’éveil sexuel, de sensualité et elle nous a introduit à d’autres choses.

Nate Ryan: On devrait la mentionner plus dans nos interviews car elle a vraiment eu un grand rôle dans la construction de ce groupe. La paranoïa, la peur, les déviances sexuelles. (Rires)

Alex Maas: Elle savait que nous avions le même background musical. Elle nous a donc incité à tenter l’aventure et c’est comme ça que ça a commencé. 

 

“La musique est devenue ma religion”

De quelle manière la musique a influencé votre foi dans ce cas?

Alex Maas: Pour moi, la musique est devenue ma religion. La nouvelle. Mais ça en est vraiment une. Si tu penses aux raisons pour lesquelles on se tourne vers la religion: un échappatoire, une volonté de bien-être, une thérapie, la sécurité, le plaisir, ce sont les mêmes raisons qui justifient de se tourner vers la musique. A mon avis, les gens de ma génération, vous inclus, avez ce sentiment de musique-religion. 

Nate Ryan: La religion est une méthodologie, le rêve d’un possible. Les artistes peuvent créer une méthodologie.

Alex Maas: Exact!

Nate Ryan: Personnellement, on n’en est même pas encore proches, mais ce serait le but ultime. Une méthodologie actuelle, qui s’appliquerait à notre société moderne.

Alex Maas: Joli!

Et vous faites de la musique psychédélique. Comment définiriez-vous ce courant?

Alex Maas: Euh…On nous a jamais vraiment posé cette question avant. 

Nate Ryan: Confusion. Des gens qui veulent s’échapper de la société « normale ». Un son particulier. Des choses non-productives, genre « on ne peut pas faire ça, donc on fait de la musique psychédélique. » 

Alex Maas: (Rires) « On n’appartient pas à cette société. On le fait à notre façon. A bas la normalité ». Je ne sais pas pourquoi c’est une musique que l’on écoute continuellement, où que l’on joue continuellement. C’est juste un bon sentiment. 

Nate Ryan: Ca crée de l’espace. Il ne s’agit pas de la musique, des notes, des paroles. Il y a de la magie dans la musique psychédélique. Il ne s’agit pas de qui fait quoi, mais ensemble on vit une expérience. Généralement, c’est plus tourné vers la foule que vers le groupe. Les gens qui sont là y croient pendant un moment et la magie se passe. 

Alex Maas: C’est spirituel des fois. 

C’est une belle définition je trouve. Le psychédélisme est une expérience de groupe. Un partage.

Alex Maas: Oui! Mais il faut être touché. On peut pas juste s’asseoir et se dire « tiens je vais jouer psychédélique ce soir ». Ca vient de l’intérieur. 

Organisez-vous toujours votre festival, Austin Psych Fest? Ce sera la 4ème édition n’est-ce pas?

Alex Maas: Oui, oui! Très excitant. Roky Erickson sera là, Beaches, peut-être Clinic, on espère. On a parlé à beaucoup de groupes sans avoir la confirmation définitive à ce moment. Allez sur www.austinpsychfest.com et suivez l’actualité. Ca va être bien! L’un de mes préférés est Black Moth Super Rainbow. Semblable à Air mais très, très psychédélique, bizarre. Ils ont cette fille batteuse qui a un style un peu drum’n’bass. Le line-up cette année sera encore meilleur que celui des années précédentes. Atlas Sound sera là aussi. 

Et la suite concernant votre musique?

Alex Maas: On continue à écrire des morceaux, et donc un album prochain. On va essayer d’évoluer encore. On pense avoir fait un bon boulot sur celui-ci où on a travaillé avec Dave Sardy (ndlr. Black Mountain, Wolfmother,…). Il était comme un 6ème membre.

Nate Ryan: Oui, je pense qu’il a transporté notre musique à un niveau totalement différent. 

Vous avez l’habitude de sortir un album tous les deux ans donc le prochain pour 2012?

Alex Maas: (Rires) C’est possible en fait étant donné qu’on devrait commencer à enregistrer en automne. 


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