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Rock en Seine

Review et bilan

Domaine national de Saint-Cloud, 28-29-30 août 2009


Crocodile Duffy nous livre la deuxième partie de son compte-rendu du festival Rock en Seine, connu maintenant du grand public comme le Waterloo d’Oasis. En 3 jours, 97 000 personnes ont foulé les pelouses du Domaine national de Saint-Cloud pour cette 7ème édition. Joli chiffre!

 

 

Festival Rock en Seine, suite et fin. Un aléa professionnel m’a malheureusement obligé à rater la deuxième journée. Voici ce qu’un pote qui lui y a assisté m’en a dit :concert de la journée : Calvin Harris. L’electro-boy anglais a transformé St Cloud en dancefloor géant (et a apparemment niqué les tympans d’à peu près tout le monde avec sa puissance sonore monstrueuse). Bonne surprise de la journée : Ebony Bones! Le nouveau phénomène anglais a littéralement électrisé la foule, même si, je cite mon pote, « elle sonnait parfois plus pop qu’electro, ce que son disque ne fait forcément ressentir » (oui, il sait construire de belles phrases mon pote…). Déception de la journée : Offspring, dont le son n’était, je cite encore, qu’une « infâme bouillie sonore » (oui, il a aussi du vocabulaire…). Je ne pourrais pas vous en dire beaucoup plus sur cette seconde journée.

 

 

 

 

Sliimy: avait-on réellement besoin d’un deuxième Mika, français de surcroît ?

Troisième journée donc, maintenant. Sur la scène de la cascade à l’entrée du site se produit une drôle de euh… créature, le dénommé Sliimy, vendu par sa maison de disque comme le « Mika français » (avait-on réellement besoin d’un deuxième Mika, français de surcroît, le premier nous suffisant très largement ? La question est posée…). Look épouvantable (seulement égalé en sobriété par la nana des Yeah Yeah Yeahs), coiffure immonde, accent anglais insupportable, et surtout personnage ultra malsain de petit gay refoulé, la dite créature a sorti de surcroît un single agaçant (“Wake Up “), dans la mesure où quand on l’entend le matin, on l’a dans la tête toute la journée (et qu’on n’en est pas très fier). Qu’est-ce que cela donne sur scène ? Ben déjà je suis surpris qu’il y ait autant de monde pour le regarder. Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de monde. Ensuite, alors que ses chansons sont majoritairement électroniques, sur scène son groupe c’est basse/guitare/batterie, et un son vraiment très rock. Je suis arrivé en fait au moment du dernier morceau. Quarante fois de suite, il gueule « Spit your face ». J’ai beau retourner la phrase dans tous les sens, je ne comprends pas ce que ça veut dire. Ce n’est qu’au bout de la quarante-et-unième fois que je comprends qu’en fait il dit “Paint Your Face”. Ah cet accent pourri. Bon ben j’ai vu Sliimy sur scène. Et je serais bien incapable d’émettre le moindre avis…

 

Eagles of Death Metal: une moustache doublée de volume

Mais pas le temps de disserter, c’est maintenant vers le fond du site et la Grande scène que se pressent tous les fans de wock’n’woll : on attend en effet d’une minute à l’autre rien moins qu’Eagles of Death Metal (photo), groupe parallèle de l’immense Josh Homme. En parlant de Josh Homme, il y a d’ailleurs un gros problème le concernant. Sur la scène de la Cascade dans une quarantaine de minutes, on attend un groupe au patronyme mystérieux, les Petits Pois, or de nombreux sites Internet ont annoncé que les Petits Pois était en fait un nom de code pour Them Crooked Vultures, toute nouvelle formation montée par Dave Grohl, John Paul Jones de Led Zeppelin et… Josh Homme. Clairement, Josh ne va pas pouvoir faire les deux en même temps ! Alors ? Alors le suspense ne va pas durer longtemps : au moment où les écrans géants de la Grande scène s’allument, c’est lui, le géant roux, que l’on voit discuter en coulisses, mais contrairement à ses acolytes il ne va pas monter sur scène où il sera remplacé à la batterie par Joey Castillo, batteur des Queens of the Stone Age tatoué de partout et possédant une tronche de toxico à attirer l’attention d’un douanier à 2 kilomètres à la ronde.

Le groupe monte sur scène au son de “Ladies’ Night”, immonde tube disco de Kool & the Gang, preuve s’il en était encore besoin que les quatre musiciens, malgré leurs looks de bikers, ne se sont jamais pris au sérieux (cf le clip hilarant de “I Want You So Hard”). Le chanteur a désormais les cheveux longs et sa célèbre moustache a quasiment doublé de volume. Et c’est parti ! Bon gros riffs de guitare, batterie puissante, morceaux courts, bon sang, ça c’est du rock ! Dans le public ça bouge de partout. Dès le deuxième morceau, sur l’écran géant, une nana du public montée sur les épaules de son mec montre ses nichons. Ah, c’est pas avec Sliimy ou Keane qu’on verrait des trucs pareils. Avant le cinquième morceau, le chanteur a une déclaration importante à faire : « Si après le concert il y a des filles qui veulent toucher ma moustache, ce sera avec plaisir ». A la fin de la chanson, il sort un peigne de son jean et entreprend de recoiffer la dite moustache. Puis il se tourne et remet son peigne dans la poche arrière de son jean en montrant bien ses fesses à la caméra. Le public hurle. Hilarant.

Evidemment, au bout d’un moment, Eagles of Death Metal c’est toujours un peu la même chose (n’importe quel guitariste connaissant les accords Mi-La-Ré-Si est capable de jouer à peu près tout le répertoire du groupe), mais c’est pas grave, on est là pour faire la fête, boire de la bière et se secouer. Le grand moment du show c’est Josh Homme qui finit par débarquer au micro sur le premier refrain de l’excellent single «”Wanna Be in L.A.”. Dans les premiers rangs c’est du délire, ça hurle, ça pogote et ça ‘slam’ dans un immense nuage de poussière. Josh repart aussitôt, et le groupe enchaîne avec SON tube, le génialissime “I Want You So Hard”. Nouveau délire. Mais pour moi il est temps de quitter le concert pour ne pas rater les fameux Petits Pois sur la Scène de la cascade.

 

Them Crooked Vultures : l’assaut sonore commence

18h50. C’est bien Them Crooked Vultures (soit, donc, Josh Homme, Dave Grohl et John Paul Jones, plus Alain Johannes de Queens of the Stone Age à la seconde guitare sur scène). qui monte sur scène. Et l’assaut sonore commence. La musique de Them Crooked Vultures est brute de chez brute, à faire passer Eagles of Death Metal pour The Killers. Ca ressemble à un drôle de mélange de Led Zeppelin (pour le côté ‘metal’) et Queens of The Stone Age (le petit côté psychédélique omniprésent). En tout cas c’est surpuissant. Dès le second morceau, la moitié du public hurle « Dave Grohl, Dave Grohl, Dave Grohl ». C’est vrai que le batteur est une nouvelle fois énormissime. Mais les trois autres sont tout aussi impressionnants. Posté sur le côté gauche de la scène, l’immense John Paul Jones (à côté de lui, niveau ‘légende du rock’, Madness c’était peanut) ne semble pas vraiment à sa place. Il a l’air d’un vieux monsieur très digne qui se serait simplement trompé de concert, se retrouvant au milieu d’une bande de jeunes bikers alors que lui venait pour un opéra. L’impression est étrange. Cela dit, John Paul assure comme une bête. Sur un morceau, je m’en frotte les yeux pour être sûr de ne pas rêver, il empoigne une basse à 12 cordes. Je ne savais même pas que ça existait (et moi qui ai longtemps joué de la basse, j’imagine la taille des doigts qu’il faut pour se servir d’un instrument pareil). Sur le morceau suivant, il s’installe derrière un vieux clavier ‘vintage’ et joue les parties de basse avec des pédales, comme au bon vieux temps de Led Zep. Enorme. Le concert lui aussi est énorme. La musique est surpuissante. Tout n’est pas génial dans le répertoire, mais les meilleurs morceaux sont très forts et montent très haut en intensité. Il y a de gros breaks de batterie seventies à mort, des riffs préhistoriques, des accélérations et des ralentissements. J’ai hâte d’entendre ce que ça peut donner sur disque.

 

 

Ce soir, MGMT est le meilleur groupe rock du monde

 

 

 

 

Mais pas le temps de traîner. Juste le temps d’attraper une bière au vol et on repart vers le fond du site pour l’un des événements du week-end : la venue de MGMT. Il y a un monde absolument DINGUE. Plus certainement que pour le non-concert d’Oasis. Grosse ambiance. Le groupe monte sur scène et entame avec une rythmique très rock, presque du Eagles of Death Metal (si !). Au moment où la mélodie démarre c’est la surprise :  mince c’est “Destrokk”, morceau extrait du génial (et aujourd’hui quasi introuvable) EP 6 titres TIME TO PRETEND, sorti quelques mois avant ORACULAR SPECTACULAR. Alors que le morceau est quasi totalement synthétique sur le disque, là il sonne comme un rock très puissant. Etonnant et excellent. Mais la plus grande surprise n’est pas là. Tout le monde a en effet les yeux qui s’écarquillent en voyant la tronche du chanteur sur l’écran géant. Il est totalement méconnaissable. Il a coupé ses cheveux très courts, semble parfaitement sobre (mais sobre au point d’avoir tout arrêté depuis déjà longtemps), et ressemble du coup à un gentil adolescent (de 15 ans tout au plus) de la middle class américaine. Incroyable. Une intro très, très psychédélique monte alors lentement jusque dans les étoiles. On jurerait entendre le Pink Floyd du mythique LIVE AT POMPEI, ce qui n’est pas la moitié d’un compliment dans ma bouche. Il s’agit en fait de “4th Dimensional Transition”, l’un des deux morceaux les plus faibles d’ORACULAR SPECTACULAR, mais qui avec son relooking électrique planant sonne superbement bien. Et on va de surprise en surprise, voici un nouveau morceau, “Song for Dan Treacy”, sorte de chanson pop très simple. Le moins que l’on puisse dire c’est que le groupe ne joue pas la facilité en commençant dès le départ à asséner les tubes. Mais les tubes les voici qui débarquent…

C’est d’abord le magnifique “The Youth”, superbement interprété et repris en chœur par la majorité du public dans un grand moment de communion. L’ambiance est énorme, mais ce n’est rien à côté du délire qui s’installe quand démarrent les notes de guitare qui ouvrent “Time to Pretend”, en lice lui pour le titre de chanson de la décennie (à la vérité, chacune des cinq premières chansons d’ORACULAR SPECTACULAR peut prétendre concourir pour cette distinction). Le public là aussi connaît les paroles par cœur (même si je me doute que les ¾ des gamins présents ne comprennent rien à ce texte désespéré et génial) et chante même le petit gimmick de synthé. Enorme. Le concert est somptueux, le groupe enchaîne les réinterprétations électriques de la plupart de ses morceaux. La musique s’envole dans le ciel lors de formidables parties instrumentales finales sur « Weekend Wars » et « Of Moon, Birds & Monsters » notamment. Sur le funky “Electric Feel”, le public hurle, chante, danse, tend ses mains vers le ciel. Deux petites nanas de 16 ans juste devant moi, avec MGMT écrit au marqueur sur leur front et sur leurs bras, ont les larmes aux yeux. Comment vont-ils pouvoir enchaîner derrière ça ? Le chanteur donne vite la réponse : « This is a new song. It’s about taking ecstasy ». Enorme ovation. Et c’est parti pour un long morceau bien tordu qui décolle totalement sur le refrain. Impressionnant. Ne reste plus qu’à conclure avec “Kids”. Comme d’habitude, le groupe ne le joue pas. Il passe la bande enregistrée de la musique et se contente de chanter en live par-dessus. Ambiance de fou encore. Ce soir, MGMT est le meilleur groupe rock du monde, et au vu des deux nouveaux morceaux (le nouvel album, CONGRATULATIONS, est à priori attendu en janvier), il n’est sûrement pas près de perdre son trône.

 

Klaxons: l’une des très belles surprises du week-end

Encore une fois, pas le temps de se remettre de ses émotions : on retourne en quatrième vitesse jusqu’à la Scène de la cascade où doivent se produire… ben un peu les MGMT anglais, les Klaxons. Franchement, on ne sait pas trop quoi attendre de ce concert. Un premier album remarqué mais inégal, allant du ridicule au parfaitement génial, un second disque refusé par la maison de disques qui a sommé le groupe de le réenregistrer, et tout un tas de concerts qui ont engendré des critiques mitigées depuis quelques mois. Le groupe monte sur scène alors que résonnent les sirènes d’ “Atlantis to Interzone”. Le morceau est superbement interprété, le son est magnifique, tout le monde danse. Les Klaxons vont être l’une des très belles surprises du week-end : quasiment tous les morceaux du premier album sont joués, et impeccablement joués (même les trucs les plus faibles passent), le rythme est frénétique, les arrangements variés. On entend 5 ou 6 nouvelles chansons, pour la plupart excellentes. Grosse ambiance, tout le monde danse. Excellent concert. On a hâte là aussi d’entendre le nouvel album.

 

 

Ce serait vraiment dommage de ne plus retrouver cette ambiance l’an prochain

 

 

 

 

Un petit Kebab, une nouvelle pinte, et on va finir le week-end avec Prodigy, immense machine à danser venue d’Angleterre. Le groupe ouvre les hostilité avec son nouveau single (dont j’ai oublié le titre) et enchaîne fort avec le surpuissant “Breathe”. Là aussi il y a un monde fou, et ça danse de partout, pogo dans les premiers rangs, vrais pas de danse derrière. St Cloud est transformé à nouveau en discothèque pendant une heure et demie. Le son est énorme, les rythmiques bastonnent, les deux chanteurs/hurleurs/rappeurs haranguent la foule en permanence. Evidemment, comme avec Eagles of Death Metal, c’est toujours un peu la même chose, mais quand on en est à la septième pinte de la journée peu importe, on ne peut plus s’arrêter de danser (à tel point qu’on s’était promis de partir avant le dernier morceau pour voir la fin du concert de l’alien glam Patrick Wolf, mais que pris dans l’ambiance on a oublié. Tant pis…). Evidemment, ce sont les tubes nineties (“Poison”, “Voodoo People”, “Firestarter”…) qui recueillent les plus grosses ovations. Le dernier grand moment du week-end sera “Smack my Bitch Up”, ce morceau scandale qui avait horrifié la BBC et même MTV à l’époque, tandis que les très politiquement corrects Beastie Boys avaient carrément demandé à Prodigy de ne plus jamais jouer ce morceau sur scène. Mais à Rock en Seine, tout le monde s’en fout de cette polémique vieille de plus de dix ans. Tout le monde danse et prend son pied.

En conclusion, excellent week-end, excellent festival. Espérons simplement que la malchanceuse organisation qui avait déjà perdu pas mal d’argent l’an dernier à cause de la défection d’Amy Winehouse ne soit pas obligée de mettre la clé sous la porte à cause d’Oasis cette année. Ce serait vraiment dommage de ne plus retrouver cette ambiance l’an prochain.


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