vendredi , 21 septembre 2018
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Luke en interview

En Interview

Interview réalisé dans le cadre de l'Estivale à Estavayer


Interview Fin d’après-midi à Estavayer, le soleil tape, tout le
monde s’active et règle les derniers détails avant que les festivaliers entrent
sur le site de l’Estivale. De notre côté, nous rencontrons Thomas Boulard le chanteur de Luke
qui répond à quelques questions. Plus tard dans la soirée, Thomas et ses
musiciens livreront une prestation remarquable et énergique pour le plus grand
plaisir des spectateurs. 

” AC/DC c’est
pas très rock pour moi “

Lords : Comment se passe
cette tournée et quels bons moments retiens-tu lors de ces derniers
concerts ?

Thomas : Alors pour nous c’est encore le début de la tournée, ça se passe
très bien. Je suis étonné de la bonne diffusion des morceaux et de voir les
gens chanter, réagir et connaître nos paroles. Sinon, j’observe le circuit des
dates de concert, on observe toujours ce monde de la musique qui est si
intéressant.

Tu as répondu en partie à ma
seconde question…

Alors oui, c’est mon gros problème, je réponds toujours à plusieurs
questions à la fois….

Mais je te la pose quand même,
je voulais savoir comment réagissait le public par rapport aux nouvelles
chansons de l’album D’AUTRE PART ?

Alors j’ai eu peur au début, car je suis allé voir sur internet et il y
avait pas mal de réactions lorsque le premier single est sorti. C’était
principalement les fans du côté très bruitiste du groupe, qui est un côté que
l’on ne renie pas et qu’on fait encore, mais j’étais un peu déçu et surpris des
réactions face aux côté sensible et féminin de la chanson. Et finalement,
j’étais plutôt agréablement surpris de la réaction des médias et des
journalistes, car on fait quand même du rock populaire, pas très snob et c’est
vrai qu’en France il y a certains journalistes avec qui je n’avais pas vraiment
de lien qui ont compris notre musique.

Justement ce dernier album
est moins rock que les précédents et je voulais savoir si c’était un choix
délibéré de la part du groupe de faire quelque chose de plus tranquille, une
sorte d’évolution au fil des albums, ou si c’est un peu par hasard lorsque tu
as composé que tu as fais des chansons plus légères ?

Alors c’est délicat, je ne sais pas si le débat est très intéressant,
mais je trouve que ce côté rock est difficile à faire évoluer. En tout cas en
France, car ici en Suisse ou en Belgique, vous avez une culture plus
anglo-saxonne, même si la
France est en train d’y venir et un peu trop vite à mon
goût.  Bref, mais tu voix pour moi
lorsque Tom Waits joue au piano tout seul, c’est très rock. Arcade Fire c’est
très rock. AC/DC c’est pas très rock pour moi par exemple. C’est ça tout le
problème de l’appellation « Rock ». Effectivement pour tout le commun
des mortels, ils vont voir les mecs à fond sur les guitares etc…, mais pour moi
ce n’est pas ça le rock. Et c’est d’autant moins rock que c’est devenu des
stéréotypes éculés qui sont véhiculés par des marques de fringues et qui sont
devenus un langage quasiment universel. Et du coup, on a essayé de faire du rock
différemment, mais que ce soit encore vraiment rock. Je n’écoute pas beaucoup
nos disques, mais il se trouve que je l’ai réécouté hier dans le train et je le
trouve très rock dans la manière de traiter les arrangements, dans la manière
de construire un morceau et d’aborder les sujets. En revanche, il y a un truc
qui parait plus évident à l’écoute, c’est le côté chanson. Pourtant j’ai
toujours dans les interviews que je faisais des chansons et pas forcément du
rock, du machin ou du bidule. Ca reste des mélodies qui rencontrent des textes.
Partant de là, est-ce que c’était une volonté de départ, oui. Il y a aussi le
fait de vieillir dans le bon sens du terme, il y a une autre vision du monde
avec peut-être plus de subtilités. Et moi j’avais envie de retrouver un peu
cette culture française.

A propos du rock en France,
je lisais dans le Rock n Folk de ce mois, un débat sur l’état actuel du rock
français. Naturellement, l’éventuel et hypothétique retour de Noir Désir, mais
ce qui m’a surpris, c’est que sur 3 pages à aucun moment des groupes comme Luke
et Eiffel ne sont cités. Les seuls nouveaux groupes sont les BB Brunes, les
Naast, les Shades etc… Pourquoi ?

Alors si il y a bien une personne qui ne nous aime pas, c’est Manoeuvre.
Il doit avoir une dent contre nous depuis le début. Je ne sais pas pourquoi, il
faut lui demander. Si il y a un groupe dont il ne veut pas parler, c’est Luke.
Il l’a dit à notre maison de disque, les choses sont claires.

Et c’est pareil pour
Eiffel ?

En l’occurrence, il n’en a pas parlé non plus. Il me semble qu’il ne
fait pas de chroniques de disque non plus. C’est un peu délicat, mais moi ce
que j’ai à vendre, c’est moins facile que ce qu’il a lui à vendre. Moi ce que
j’ai à vendre, c’est des chansons, c’est moi qui les écris, c’est moi qui les
fais. Lui, on ne sait pas trop.

Et quel est donc ton regard
sur le rock français ?

En ce qui concerne le rock français, c’est bizarre ce qu’il s’est passé
avec Noir Dez parce qu’au bout du compte il y a tout un pan, un bourgeonnement
de l’inspiration Noir Désir et Mano Negra qui s’est crée. Il y a nous, Eiffel,
Deportivo. Avec chacun des directions différentes. Eiffel c’est différent de
nous, actuellement Deportivo travaille sur un nouvel album qui sera aussi très
différent que ce qu’on fait. Les Louise Attaque ont fait des trucs aussi
différents, Gaëtan fait aussi d’autres choses, mais tout cet embranchement
vient de Noir Désir et de la Mano. Et
je le trouve très récréatif et intéressant et tout d’un coup cette partie de
l’arbre est en train de s’arrêter tout net pour passer directement à…. BB
Brunes, très bien. Et puis après, c’est terminé, on passe aux groupes qui
chantent en anglais. Et pour moi, ce ne sont pas des groupes français, mais
anglais. C’est vraiment étrange ce qu’il se passe. Ce que je trouvais profond avec ce rock français des années 80 avec Noir
Dez, la Mano et
Téléphone, c’est que c’est un rock qui n’est pas « m’as-tu vu »,
c’est un rock qui n’est pas dans les fringues avec des gens qui sont habillé la
même chose à la ville comme à la scène. Et le rock actuel, ce n’est plus
vraiment ça, ce n’est plus ma génération. Ce côté « acting » ce n’est
pas trop mon truc et je le trouve très anglo-saxon.

” Je pense que c’est un métier qui
rend fou “

Revenons à l’album, qui est
cette jeune chanteuse, Adella que l’on entend sur le single, “Pense à
Moi” ? 

C’est tout simplement la copine de l’assistant à l’ingénieur du son dans
le studio où l’on a enregistré. J’avais besoin d’une voix féminine, la maison
de disque m’a proposé des noms aussi farfelu les uns que les autres. Parfois
des gens connu, mais que je ne connaissais pas personnellement et j’ai demandé
si quelqu’un connaissait une chanteuse et puis ça s’est fait comme ça, c’était
super, on a gardé.

Ce soir festival open air,
qu’est-ce que tu préfères comme genre de concert ? Plutôt festival en
pleine nature ou l’ambiance plus alternative des petites salles de
concerts ?

C’est délicat comme question, parce que les deux sont vachement biens.
Ce soir c’est assez limité pour les DB, mais sinon on peut mettre pas mal de
puissance. Du moment qu’il n’y a pas trop de vent. C’est peut-être mieux pour
les spectateurs que pour les musiciens. Sinon les salles de concert c’est
super, parce que tu as l’énergie rock, toutes les subtilités, les changements
de ton et de couleur. La palette est plus large, plus riche. Dehors il faut
resserrer les personnages, un peu comme au théâtre.

Vous venez régulièrement en
Suisse, vous serez cet automne à Lausanne, est-ce que vous ressentez une
différence entre le public suisse et français ?

Oui, bien sur qu’il y a une différence. C’est d’ailleurs la même qu’il y
a entre les Français et les Suisses en général. Ta personnalité est déterminée
un peu en fonction d’où tu habites, de ton lieu de vie. J’ai l’impression de
venir d’un pays du tiers monde lorsque j’arrive en Suisse. Les conditions sont
ultra luxe, l’endroit est incroyable… J’étais en vacances en Normandie
profonde, quand on arrive là, c’est pas pareil, on se prend une claque. Alors
le public est différent, là je le trouve plus attentiste car on est un groupe
en découverte, on est moins connu. Même si le morceau passe beaucoup à la
radio, il faut encore convaincre, prendre son bâton de pèlerin.

Quels sont tes derniers coup
de cœur musicaux, tes découvertes ou les derniers albums que tu as acheté ?

Gorillaz, tout le monde dit qu’il
est moins bien, moi je le trouve extraordinaire. Un vrai disque de rap,
west-coast remis à la sauce pop. Mais tu sais, j’écoute très peu de disques
contemporains. Ce n’est pas par snobisme, mais je pense que c’est un métier qui
rend fou et si je commence à écouter ce qu’il se fait actuellement, je vais
être à la recherche de nouveauté et être soit énervé parce que ce n’est pas
bien et que ça passe à la radio, ou soit énervé parce que c’est trop bien et
que c’est quelque chose que j’aurai aimé faire. Dans les deux cas, je le vis
assez mal et je préfère écouter des vieilles choses dans le classique ou dans le
jazz.

Qu’est-ce qu’on peut
souhaiter à Luke pour la suite ?

Souhaiter une longue vie c’est pas mal. Et souhaiter que les gens
continue à nous prêter leur oreille, c’est aussi pas mal.


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