mardi , 25 septembre 2018
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Within Temptation

Hydra

Label: TBA AG/BMG

METAL SYMPHONIQUE - Je suis sur le point d'écouter pour la première fois « Hydra », le sixième album studio de Within Temptation. Et j'ai peur.

Peur parce que malgré un premier single avec Tarja vraiment alléchant – "Paradise" –, les trois autres démos de l'EP ne m'avaient guère embarqué (pour ne pas dire déçu).
Peur parce que sur cet EP, Robert se remet à grunter et que la dernière fois qu'il s'était attelé à cet art (rappelez-vous l'époque d'avant MOTHER EARTH), le résultat n'avait été que très moyen.
Peur parce que l'hydre à deux têtes représente les différentes facettes du groupe. Et qui dit multiples visages, dit danger de se perdre dans des styles trop hétérogènes.
Peur parce que parmi les guests annoncés se trouvent des artistes qui me sont inconnus et qui sont hors du circuit métal.
Peur parce que parmi ces guests figure également un rappeur, et que rap et métal ont souvent du mal à s'entendre.
Peur parce que le calendrier des guests ne correspondra pas forcément avec celui du groupe, et que si Sharon répond à un play-back en live, ce ne sera pas pareil.
Peur parce que l'album ne possède que dix titres. Ils ont donc plutôt intérêt à être excellents !
Et enfin, peur parce que le groupe semble se laisser embarquer dans le mouvement actuel effervescent de la dragonerie (Game of Thrones, Skyrim,… et j'en passe). C'est comme s'ils avaient choisi de mettre à l'honneur les vampires au moment de la sortie des premiers « Twilight ». Enfin, presque.
J'ai simplement peur d'un album schizophrène.
Voyons ce que cet hydre a sous le capot. Mes peurs ne demandent qu'à être réduites en cendre !

50 min plus tard…

Je regrette d'avoir écouté les démos de "Let Us Burn", "Silver Moonlight" et "Dog Days", car elles dévalorisent les versions finales. Il est donc difficile d'être complètement objectif à l'écoute de ces titres, puisque les démos hantent mes pensées. Cependant, une nette amélioration se fait remarquer dès les premières notes de "Let Us Burn" : d'entrée on remarque les changements instrumentaux et une meilleure qualité de son. Ce n'est pas un mauvais titre, mais il n'est pas non plus exceptionnel. Sharon disait en interview pour Metal Hammer qu'il était l'essence de HYDRA, le point de départ qui avait permis l'écriture des morceaux suivants. Mais la chanson transporte moins que ce qu'on aurait pu croire.

  

Premier duo de l'album : "Dangerous", un titre puissant et catchy qui se réfère aux sensations extrêmes. Le clip le montre bien avec le base jump. Il est simplement dommage que Howard Jones (Killswitch Engage) n'ait pas pu se trouver au même endroit que le groupe au moment du tournage. "And We Run" devait certainement être le titre le plus redouté par les fans, pour qui il était inconcevable qu'un jour Within Temptation puisse intégrer du rap dans l'une de ses compositions. J'avoue avoir eu du mal à entrer dans la chanson, avec cette grosse appréhension dans les oreilles. Quand j'ai entendu « rap », je voyais immédiatement quelque chose d'agressif, alors qu'il y a une mélancolie assez insolite dans la voix de Xzibit. Mais c'est aussi la chanson qui veut cette profondeur. Et plus j'écoute, plus je me dis qu'il s'agit d'une des réussites de l'album. La deuxième strophe est pour moi la plus belle partie de tout le morceau. Mon seul regret est que sa montée soit stoppée par le refrain, identique au premier, où les instruments ne sont que symphoniques, alors qu'on s'attendrait plutôt à une explosion.
Je n'ai pas grand-chose à dire sur "Paradise", mis à part que je n'attendais vraiment pas Tarja sur ce titre. Je ne pensais pas que ce duo fonctionnerait. Tarja a une voix froide et hermétique, alors que celle de Sharon est bien plus chaude et accessible. Finalement, elles sont compatibles. "Edge Of The World" est vraiment une chanson curieuse. Je suis d'abord interpelé par les sons très particuliers du début, et me dis surtout : « qu'est-ce qu'elle nous fait la Sharon, à chanter de façon imprécise comme ça ?! ». Mais plus on avance, plus je me dis que cela peut devenir intéressant. Je ne m'attends pas à ce que la chanson s'excite autant après le deuxième refrain, mais c'est tant mieux. Puis viens la partie où les violons entrent en transe et se mettent à pleurer (et nous avec). Le frisson assuré. Ces envolées laissent place au calme et à la douceur. Et quand la chanson s'arrête, je dis juste « wow ». Le morceau qui transmet le plus d'émotions de tout l'album. Arrive "Silver Moonlight" avec ses airs de "Iron" (tempo et rythme similaires). Je n'aurais qu'une remarque à faire sur ce titre : Suis-je le seul à trouver le grunt de Robert absolument atroce? Voire ridicule?! C'est peut-être sur cette chanson qu'il aurait fallu mettre un guest !

Avec "Covered By Roses", on a l'impression qu'il s'agit de la continuité des Q-music Sessions (le groupe avait fait des covers de 15 chansons qui passaient à la radio belge à l'automne 2012 pour fêter leurs 15 ans de carrière), que c'est une chanson pop déjà existante que le groupe aurait reprise. Mais cela reste un titre positivement surprenant. "Dog Days" est sans doute le morceau le moins abouti. Même si l'intention est perceptible, il n'embarque qu'à moitié. Les strophes me convainquent plutôt bien, mais quand le refrain est repris une seconde fois à la fin du morceau, l'agacement prend le dessus. "Tell Me Why" : c'est peut-être sur ce titre qu'on attendait du guttural. J'aurais bien vu une strophe complète en scream pour encore en ajouter à la violence du morceau. Mais bon, je ne vais pas refaire l'album. Il s'agit du titre le plus agressif, avec un refrain accrocheur, et assez proche de ce qu'on leur connaît. La fin est par contre inutile : ils auraient pu arrêter le morceau à 5:34 min. Sur ces deux derniers morceaux, la voix de Sharon me semble noyée dans un brouillard de sons qui se mélangent confusément et créent une espèce de réverbération qui ne laisse pas passer les échos de voix qui ont pourtant l'air intéressants (notamment sur le dernier refrain de "Tell Me Why"). Mais on ne les entend quasiment pas : les sons ne sont pas déterminés, seuls les sifflements des mots sont audibles. Dommage.
"Whole World Is Watching" est un très beau duo, dans le même esprit que "Utopia", mais sa fin est vraiment très… con (désolé, aucun autre mot ne me vient à l'esprit) – tout comme son début, avec ce petit rire de Dave Pirner (Soul Asylum). Surtout qu'il s'agit de la fin de l'album. Quand on pense à la fin de "The Unforgiving", qui laisse quand même avec "Stairway to the Skies" un sentiment très intense encore longtemps après que la musique s'est arrêtée ; là c'est plutôt du genre : bim bam boum c'est torché, on remballe les guitares les mecs. 10 titres et pas un de plus!

Après ces 50 minutes d'écoute, je pensais déjà pouvoir dire que je viens de me prendre une flopée de flammes en pleine face (j'avais préparé ma phrase et tout), mais je ne le dirai pas. C'est le cas pour certains morceaux oui, mais absolument pas pour d'autres. Le dragon ne crache pas de feu sur cet album plutôt irrégulier, et assez commercial il faut dire. Il produit quelques étincelles, mais ne s'enflamme pas. On retiendra principalement la puissance de "Dangerous" et de "Paradise". Forcément. Comment ne pas aimer ? Mais trois titres sont pour moi bien au-dessus : loin devant se trouve "Edge of the World", puis en secondes positions "Covered By Roses" et "And We Run", qui sont pourtant très loin de ce à quoi je m'attendais pour cet album, et encore plus loin de ce que j'aime chez Within Temptation.

Avec HYDRA, le lyrisme est bel et bien enterré. Sharon laisse le soin à Tarja de s'y coller sur "Paradise". C'est tout ce dont on aura droit. Mais on ne s'en plaint pas. Il y a de quoi se satisfaire avec cette voix pleine maîtrisée, et toujours si cristalline par endroits. Certains éléments électros ont été insérés ici ou là – on s'en rend mieux compte en écoutant la version instrumentale de l'album –, mais sont à mon avis complètement inutiles : remarquez par vous-mêmes sur "Covered By Roses" à 3:06 min, ou encore la fin de "Let Us Burn". Mais surtout "Tell Me Why" à 4:34 min : attention sabre-laser ! D'autres sont en revanche bien utilisés, avec quelques effets sur la voix de Sharon, comme sur "Edge Of The World" ou "Covered By Roses". Les solos de guitare sont très inspirés et bien exécutés – merci Ruud –, en particulier celui de "Covered By Roses". On sent la recherche.

    

Si vous achetez la version double CD, vous aurez également la chance – ou plutôt pas – d'entendre quatre covers des Q-Sessions, ainsi que quatre « Evolution tracks » de HYDRA. Qu'est-ce que c'est ? Le groupe a mis bout à bout les différentes étapes de création de quatre morceaux : premiers essais mélodiques chantés par Sharon, versions dance, tests et ajouts des guitares… Franchement inintéressant. Les fans veulent connaître le résultat final, pas la décomposition des chansons. Ils veulent croire que leurs stars sont des héros qui écrivent des chansons comme ils respirent, pas qu'ils mettent trois milles ans à pondre un vague semblant de mélodie qui pourrait éventuellement coller à une future chanson. Pas qu'ils changent des centaines de fois les paroles avant de s'accorder sur celles qu'on connait maintenant. Tout le charme est rompu. Il ne reste plus aucun mystère. Un conseil, contentez-vous de l'album tel qui est.

Finalement, le concept de l'hydre ne sert pas à grand-chose. Il n'est là que pour expliquer la dualité du groupe, dont la nouvelle orientation, engagée par "The Unforgiving", se veut désormais beaucoup plus alternative que symphonique. Mais ça, ce n'est que la forme. Qu'en est-il du fond ? À la fin de l'album, et après avoir suivi attentivement les paroles en écoutant, on se rend compte que l'hydre et cette idée de personnalités multiples n'apparaissent pas clairement dans les chansons. Et c'est bien dommage. Moi qui m'attendait à nouveau à un album-concept, surtout après avoir vu le teaser de l'album qui met en scène une bête ailée dans un environnement montagneux, brumeux et mystérieux. L'hydre ne sert qu'à justifier ces nouveaux choix artistiques. Il aurait été intéressant de développer des thèmes à partir de cet univers imaginaire. À la place, on y trouve des sujets comme le harcèlement, la nature, la liberté d'expression. Bien que le feu soit un élément qui revienne dans plusieurs titres, ils ne vont pas au bout de leur démarche artistique. Peut-être que quelques mois auraient encore été nécessaires pour finaliser l'album convenablement.

J'ai récemment lu le commentaire de quelqu'un répondant aux personnes mécontentes des premiers extraits de l'album, commentaire qui disait ceci : "Je ne veux pas d'un autre « Silent Force », on en a déjà un. Si vous voulez du « Silent Force » vous n'avez qu'à l'écouter. Mais ils ne vont pas faire la même chose pour chaque album." Et c'est vrai, le groupe ne va pas faire des copies de ses précédents albums. Le public se lasserait et il n'y aurait plus de surprise, plus rien à découvrir. Eux-mêmes se lasseraient. Et la différence rend cette période de leur discographie encore plus unique et exceptionnelle. Pour moi, THE HEART OF EVERYTHING restera toujours leur meilleur album dans ce genre très symphonique. Ça ne veut pas dire que ce qu'ils font maintenant est moins bon. C'est juste que c'est différent. Mais c'est la preuve que leur musique a évolué en même temps qu'eux, et que leur manière de considérer la musique n'est pas restée figée.

Dans quelques jours je vais certainement regretter d'avoir eu des doutes. Un peu. Beaucoup même. Et je suis aussi sûr que dans quelques jours j'adorerai cet album. Bon ok, je l'adore déjà.


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