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Peter Gabriel

And I'll Scratch Yours

Label: Realworld / distr. Caroline

CONCEPT ALBUM - Que faire à 63 ans quand on s’appelle Peter Gabriel, qu’on a presque crée le rock progressif, qu’on a innové à quasiment chaque tournée ou chaque vidéoclip des années 80, et qu’on a placé la barre si haute, dans cette époque tellement informatisé que tout le monde peut imiter actuellement ce qu’il faisait à l’époque ? Notre ex-chanteur de Genesis, loin d’être à court d’idées, va continuer le projet de disque « Scratch my back » (2010), qui consistait à reprendre des chansons avec pour condition de n’utiliser ni guitare, ni basse, ni batterie. Mais cette fois, Peter Gabriel va laisser les artistes qu’il a repris lui rendre l’appareil. Et le projet parait enfin, après trois années de retard.

Après SCRATCH MY BACK (2010), AND I'LL SCRATCH YOURS voit enfin le jour. Pas un problème de droit, plutôt d’artistes…  Ceux qui avaient été repris dans le premier album devaient reprendre un titre de Peter Gabriel pour cet album. Entre les problèmes de timing et les abandons, le projet a été mis entre parenthèse pendant trois ans.

David Byrne (Talking Heads) se colle en premier à "I Don’t Remember". La consigne « ni guitare, ni basse, ni batterie » est respectée,  et le titre original très daté des années 80 s’en retrouve dépoussiéré et bien réapproprié par son nouvel interprète. Bon Iver réussit bien son "Come Talk to Me", malgré l’emploi d’une batterie. Sa version est paradoxalement plus planante que l’originale. Regina Spektor fait partie des artistes qui se sont rajoutés en 2013 pour compléter ce projet, s’essayant avec "Blood of Eden", mais à sa manière, avec son piano et sa voix (et de nombreux instruments dont batterie et basse…). Son interprétation et son arrangement mettent en avant le coté mélodique du titre original. Pour "Not One of Us", Stephin Merritt (Magnetic Fields, parmi d’autres groupes) garde un arrangement très « années 80 », ce qui n’est pas hors style avec la ligne mélodique du refrain. Cependant, c’est juste l’intérêt d’une telle reprise qui m’interpelle, l’original de 1980 accumulant un tas de sons inédits et innovateurs.

C’est une des découvertes de Lou Reed et Peter Gabriel, Joseph Arthur, qui reprend à sa manière bien personnelle "Shock the Monkey", pratiquant comme à son habitude l’oversampling. Ses parrains doivent être fiers de cette version assez intemporelle, caractéristique que l’on ne peut pas donner à l’originale. Randy Newman est sans doute plus connu pour ses musiques des films Pixar (Disney) que pour sa carrière de jazzmen, mais il s’est lui aussi rajouté à ce projet en 2013. Lui aussi donne une version plus intemporelle de "Big Time", moins daté de ce titre venant de l’excellent "So" (1986), même si vocalement, on préférera Peter Gabriel.

Le groupe Arcade Fire accepte aussi de se rajouter au projet en 2013 pour "Games Without Frontiers". Là encore, ils se réapproprient la chanson, lui donnant une sonorité actuelle tout en respectant le style du créateur original. Elbow s’attaque au "Mercy Street", dans une version finalement assez proche dans l’esprit de l’original.

David Bowie n’ayant pas souhaité reprendre une chanson de Peter Gabriel, le producteur de "Heroes" (repris par Peter Gabriel sur SCRATCH MY BACK) répond présent. Ce n’est autre que Brian Eno (ex Roxy Music à ses débuts) qui reprend un titre du second album solo de Peter Gabriel, "Mother of Violence", datant de l’époque où il produisait Bowie. Sa version correspond à ce qu’on attendait de ce grand concepteur sonore, innovante, curieuse, vraiment éloignée de la simplicité de l’originale. Il fallait avoir du courage pour reprendre le grand succès commercial (et artistique) "Don’t Give Up" que Peter Gabriel avait crée en 1987 avec Kate Bush. C’est Feist qui tente l’expérience accompagné du groupe Timber Timbre. Sur une chanson aussi connu, qui est dans toutes les oreilles, cette version Indie est beaucoup trop molle pour faire oublier les interprètes originaux. 

Ce projet étant majoritairement enregistré en 2010 (sauf pour ceux que j’ai signalés), Lou Reed était aussi de la partie. Lui aussi s’attaque à un autre grand succès commercial, "Solsbury Hill". Difficile de reconnaitre le style folk hyper mélodique de l’originale dans ces guitares saturées. Lou Reed met sa griffe, égale à lui-même, mais on perd la légèreté de l’original au profit d’un magma de guitares saturées. C’est un choix, c’est un style, mais ca n’aurait jamais été un tube radio dans cette version (mais ça, Lou Reed, c’était le cadet de ses soucis !).

Parlant de folk, on introduira le « petit » dernier du disque, Paul Simon, faisant le contraire de Lou Reed, reprendre en folk "Biko", un titre de l’album de 1980 (dont plus synthétique). Vu l’importance de la ligne mélodique de l’original, on a presque l’impression de retrouver les débuts de Paul Simon avec Art Garfunkel. Une véritable réussite qui termine ce disque, sans avoir entendu Peter Gabriel

Parmi les (regrettés) invités absents se trouvaient David Bowie, Neil Young, Radiohead et Ray Davies. Dommage qu’ils n’aient pas rajoutés leurs noms à cette réussite discographique, même si elle ne figurera pas parmi les plus innovantes de Peter Gabriel. Les invités n’ont quasiment jamais essayé de supprimer la guitare, la basse et la batterie. Et la chose encore plus paradoxale, avoir en main un album de Peter Gabriel où il ne chante pas, ne joue pas, mais qui n’est pas un hommage. Tout s’explique dans la conception de l’album, un retour de SCRATCH MY BACK, avec un effet miroir.


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