vendredi , 21 septembre 2018
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Johnny Winter

Step Back

Label: Megaforce Records

BLUES - Un album posthume est souvent l’occasion d’encenser un artiste qui a subi des critiques parfois plus virulentes de son vivant. Michael Jackson en est le parfait exemple. Pour Johnny Winter, ce ne fut pas le cas. Ce bluesman albinos s’est fait connaitre en 1969 avec un excellent premier album, puis un passage remarqué à Woodstock. L’enchainement de disques tous aussi excellents lui ont ouvert le cœur des fans de blues du monde entier. Bien que malade depuis de nombreuses années, il restait très actif, particulièrement avec de nombreux concerts qu’il continuait souvent assis. Il s’est éteint en juillet 2014 en Suisse, en tournée. L’album STEP BACK était déjà annoncé et devient alors un testament musical. Avec uniquement des reprises et des invités assez prestigieux, est-il digne du statut de dernier disque du maître ?

Un album posthume. Oui, Johnny Winter était talentueux, et il avait planifié la sortie de cet album (et non un producteur exploitant les inédits !). L’affiche d’invités est tout simplement l’une des plus exceptionnelles du blues (Eric Clapton, Joe Bonamassa, Ben Harper, etc.) mais nous ne pouvons difficilement écouter ce disque qu’en pensant que c’est le dernier, d’où l’accueil un peu faussé par l’émotion. Car sa maladie affectait sa voix et son jeu de guitariste. Il n’y a plus la virtuosité d’un SECOND WINTER, ou la voix cassée qu’on lui connait.

« Unchain My Heart » est joué avec le Blues Brothers Horns. Des cuivres (ce qui est rare chez lui), une voix lisse, quasiment pas de solos à la Johnny Winter, que se passe t’il ? En matière d’introduction, la sonorité est, pour les fans, un peu déroutante. Mais qu’on se rassure, le second titre « Can’t Hold Out (Talk to me baby) » remet les pendules à l’heure, et entre le solo, le duo avec Ben Harper, tout y est pour rappeler le style Johnny Winter. « Don’t want no woman », en duo avec Eric Clapton est un petit blues sympathique réussi mais sans grande virtuosité, alors que les deux monstres sacrés auraient pu se livrer à des numéros de cirque ! Le duo « Okie dokie Stomp » avec Brian Setzer vire au rockabilly, ce qui est prévisible, tandis que « Where can you be » avec Billy Gibbons (ZZ Top) vire plus au blues électrique. En résumé, il n’est pas rare de voir la chanson reprise dans le style de l’artiste invité. Ce n’est le cas de chaque titre, car « Sweet Sixteen » est un blues lent comme on trouve rarement chez Joe Bonamassa ou « Mojo Hand », où l’on retrouve le guitariste d’Aerosmith Joe Perry faire du blues. Il y a aussi deux titres interprétés sans invité, qui sont tout autant sinon plus réussis !

Pourtant, le petit regret, c’est que, globalement, on ne retrouve plus ce petit plus qui nous illuminait sur chaque album. On a beau constater son talent, la richesse de ses solos, on doit admettre que ce n’est pas le disque le plus représentatif de son art. Rien que les invitations, bien qu’hyper prestigieuses, ne sont pas typiques de sa méthode de travail, contrairement à Eric Clapton qui tourne régulièrement sur scène avec de nombreux musiciens très connus. Ses invités sont généralement assez discrets, prenant généralement le second solo de guitare, mais les titres qu’il interprète tout seul correspondent plus à ce que l’on attend de lui.

Je terminerais en citant le conseil de Maurice Chevalier à Johnny Hallyday à ses débuts « tu soignes ton entrée, tu soignes ta sortie et entre les deux tu chantes! » Une belle entrée sur disque qui lança sa carrière dès le premier album solo, une sortie assez éblouissante et, entre les deux, de véritables disques blues avec une voix cassé, des solos virtuoses et prenants. De quoi laisser au monde du blues un beau souvenir, mais ce dernier disque ne surpassera pas la légende de certains qui ont marqués le blues et l’ont consacré comme l’un des derniers grands bluesmans.


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