Hellfest 2023 – Deuxième partie – samedi 17 juin

(photos et report : Emmanuel)

Ce nouveau système sur 4 jours est bien sympathique mais il faut redoubler de vigilance et ne pas se “démonter” les deux premiers jours, ou tout du moins, s’économiser si l’on ne veut pas passer à côté de son Hellfest. Les deux sympathiques Nordistes rencontrés la veille ont mis genou à terre ce samedi suite à un vendredi chargé, on va dire ça comme ça! 

Après avoir discuté sympathiquement avec Maxwell et quelques chouettes personnes au stand Crève, les choses sérieuses vont démarrer. 

J’arrive au milieu du set des Indiens de Bloodywood et je constate que le groupe jouit d’une présence massive sur le devant de cette MainStage. L’heure est encore quelque peu matinale, le soleil déjà-là et le groupe donne tout. J’ignorais, je dois bien le dire, totalement de quoi il en retournait il y a quelques semaines de cela, puis j’ai visionné les clips du combo et j’ai eu envie d’en savoir plus. 

Le son est clair malgré le nombre important de musiciens sur scène. Le combo originaire de New Delhi délivre un metal à mi-chemin d’un Sepultura (période Roots) et d’un Linkin Park croisé avec un RATM. L’énergie de « Dana Dan » et la puissance de frappe qui sort des enceintes sont à la hauteur des attentes de tout à chacun. Le message se veut politique, on le sent bien, notamment lors des différentes prises de paroles d’un chanteur énervé.  

Dommage que le groupe ne bénéficie pas aujourd’hui d’une fenêtre de tir plus large sur un autre créneau et une autre scène. Il y a fort à parier que ceux-là n’ont pas finit de faire parler d’eux. 

Crowbar 

J’engage les hostilités de ce début d’après-midi en compagnie des sympathiques et souriants (!) Crowbar et me dirige tout naturellement vers la controversée Valley. Quoi de plus monolithique qu’un concert de Crowbar et quoi de plus idéal qu’une scène large en plein soleil pour apprécier un tel concert?

En ce début d’après-midi, Kirk Windstein est en très grande forme. L’homme affiche une très puissante barbe blanche, tire une tête de dix pieds de long et nous balance dans les esgourdes, un accordage très très bas. La Valley n’affiche pas complète et pour cause, la chaleur à ce moment de l’après-midi est tout simplement atroce. Pas d’ombre, pas d’air, une épaisse fumée, du bruit. Bref, un régal. 

Je constate que la scène qui offre les affiches les plus « lourdes » du festival est stratégiquement placée sous le cagnard ce qui renforce l’expérience.

Concernant le concert de cet après-midi, rien de nouveau sous le soleil (!), le job est effectué à la perfection. La sélection de cette après-midi tape en grande partie dans l’immense album éponyme de 93 et, il faut le dire, le « all i Had i Gave » atomise jusqu’au ciel qui nous bénit d’une pluie fraiche. Des accordages, en passant par la voix brisée de Windstein, jusqu’à la rythmique  ultra sèche du batteur, le groupe aura plié un set au carré et laissé des festivaliers heureux.

SAOR

Le Black Metal folklorique des Écossais arrive à point nommé dans le festival, je m’explique. Alors que ce projet avait démarré comme un one-man band, on a vu avec les années, arriver des musiciens pour enrichir de leur présence, avec une « patte » qui leur est propre (notamment la flute qui est devenue une pierre angulaire) des compositions très inspirées d’un répertoire basique, mais oh combien efficace, d’une musique dont on sent les influences écossaises : des mélodies très répétitives, et des rythmes entraînants. Ici, la flûtiste qui intervient essentiellement en live est le centre de gravité d’une musique hypnotique aux ambiances lancinantes.

Si la batterie puissante sert de colonne vertébrale, c’est pour permettre au chant de se dérouler tranquillement entre hurlements issus des tréfonds de la gorge d’Andy Marshall et permettre aux mélodies enchanteresses du violon et de la flûte d’apaiser l’âme tourmentée des pauvres hères ici présents, si j’ose dire! « Tears of a Nation » ; « Carved in Stone » ou encore « Aura » se déroulent avec une efficacité sans pareille sous cette Temple transformée en sauna pour l’occasion. 

Le parterre est blindé de monde. Le combo était attendu. 

Le public adhère à ces mi-tempi salvateurs. Bref, un moment en apesanteur. 

Puscifer

Deux salles, deux ambiances comme on dit ici. En un mot : un ovni. Pouvait-il en être autrement ? Le projet déjanté de Maynard James Keenan, grimé en politicard véreux, affichant une tête d’une ignoble laideur, tout en exécutant d’incompréhensibles gestes (fait-il du surf ? Du kung-fu ?), son visage semblable à un morceaux de cire défait, ainsi que le rouge à lèvre et  les lunettes de soleil vissées sur le visage, lui donnent un air assez inquiétant.

Alors qu’une équipe d’extraterrestres vient twerker sur scène le combo américain assène son rock expérimental et industriel comme si de rien n’était. L’équipe qui accompagne Maynard est toute aussi déjantée. La chanteuse affiche une coupe de cheveux post punk tandis que le guitariste ultra concentré déroule des riffs planants et quelques notes qui traînent ça et là pour enchanter l’ensemble. 

Tout se passe bien dans le meilleur des mondes. Il me semble qu’on assiste, de très loin, au concert le plus étrange de tout le festival. Le mieux sonorisé aussi. Les « postulous » et « horizons » ou encore « Bullet train to Iowa » nous prouvent qu’il est possible d’avoir l’attention du public avec des ambiances non-consensuelles, savant mélange de bruit et de rock curieusement très entraînant. 

De très loin, le réglage sonore tout comme la mise en place des musiciens en cet après-midi sont au dessus de ce que j’ai entendu depuis le début du festival, à de rares exceptions faites. Pour preuve, « Bullet » commençant comme un monologue et finissant en un rock psychédélique planant entre Monkey 3 et Porcupine Tree des débuts, est tout simplement majestueux. Le son est puissant et clair sans jamais enlever quoi que ce soit à cette performance progressive et « arty » s’il en faut. 

On ne s’ennuie pas une seconde et le moins, que l’on puisse dire, c’est que derrière le visuel déjanté se cache un extraordinaire travail de mise en place et un réglage scénique de toute beauté. Chapeau les artistes.

Arch Enemy

Lorsqu’Angela Gossow annonce quitter le groupe, beaucoup ont pensé que la relève serait difficile. Puis est arrivée l’exubérante Alissa White-Gluss et là, le combo est monté d’un cran ! 

Sa voix est aussi puissante que la dame est charismatique. C’est simple : sur scène, on ne voit qu’elle !

Sous sa combi bleu biomécanique, la chanteuse abat un travail titanesque en cet fin d’après-midi. Le moins, qu’on puisse dire, c’est que la canadienne ne se ménage pas le moins du monde. Et pour s’en convaincre, il suffit de regarder le pit, qui le lui rend bien. De mon point de vue, on assiste au mosh le plus violent du festival. Des festivaliers en pagaille dérivent de partout et les 20 premiers mètres sont tout simplement intenables.

Alors que la chaleur est à son comble, les spectateurs transis encaissent les tubes « War Eternal », « My apocalypse » et le puissant « Nemesis ». Le duo Amott/Loomis fonctionne à merveille, personne ne se marche dessus et c’est sur scène que se révèle l’alchimie entre la technique d’un Loomis et la créativité mélodique d’un Amott.

La batterie d’Erlandsson est impériale, et à ce stade du concert, cela relève d’un sport de haut niveau. Rien n’est à côté. Le réglage est au carré. Impossible donc, de sortir indemne d’une telle déflagration de riffs et si tous les niveaux sont au maximum sur scène, les genoux à terre dans le public m’indiquent que les suédois ont vaincu l’assistance par K.O technique. 

La foudre s’est donc abattue sur nous cet après-midi. 

Porcupine Tree

C’est la peau rouge et le visage trempé de sueur que je décide de profiter d’une accalmie salutaire en compagnie du Britannique Steven Wilson qui accuse 56 printemps cette année, ce qui est bien difficile à croire. 

La tâche qui attend le combo est complexe. Le groupe ne fait pas de métal. Les fans de la première heure attendent Iron Maiden qui jouera dans moins de 3 heures sur cette même MainStage 1, et enfin, les suédois viennent de conclure un concert titanesque. 

Et bien Porcupine Tree relève le défi haut la main. Entre rock atmosphérique « Harridan » et ambiance plus cheesy et sèche avec l’immense « Open Car » et son refrain très lancinant qui colle parfaitement à la voix mélancolique d’un Steven Wilson ultra calme et flegmatique (à l’anglaise !) le groupe se fraye un chemin parmi les barbus tandis que la foule est copieusement arrosée par des lances à incendies. 

Très bon moment passé donc, tout en finesse et délicatesse.

Iron Maiden

Dire que les anglais sont attendus est un doux euphémisme ! Derrière un décor postapocalyptique qui balance des images futuristes digne d’un Somewhere in Time, qui d’ailleurs, est très à l’honneur ce soir, le groupe affiche une forme olympique. Dickinson est une bête de scène. Gimbardine sur les épaules, queue de cheval, lunettes noires, bottes noires, l’homme impose sa présence à un Steve Harris qui semble un peu agacé, ça et là.

La set-liste de ce soir met à l’honneur l’immense album de 1986 avec pas moins de 4 morceaux. Du reste, de grands classiques sont oblitérés « The number of the beast » « Evil That the man Do » « Hallowed by the name ». 

les morceaux les plus récents fonctionnent très très bien sur scène. Je suis notamment surpris de l’engouement pour « The Writing on the Wall » et étonné de voir à quel point les riffs sont efficaces. Le morceau est excellent. Je redécouvre le groupe avec ce morceau que je n’avais pas beaucoup écouté, il faut bien l’admettre. Il en va de même pour « Days of futur Past » ou encore « The Time machine », les trois morceaux sont enchainés et l’ambiance ne faiblit pas. 

Non seulement les décors sur scène sont incroyables, je pense notamment aux écrans qui font le tour de la scène à même le sol mais la cohésion des trois guitares fait mouche à coup sur. Le combo a réussi le pari de fabriquer, depuis plusieurs années, un décor pour chaque chanson même si ce soir la thème est : le temps ! 

Le temps qui passe, le passage du passé au futur jusque dans l’accoutrement d’un Dickinson qui singe l’immense Christopher Llyod de « Retour vers le futur ». Il est toujours génial d’entendre Dickinson philosopher en français « Combien de voitures pour transporter tout ça dans le temps » demande t’il au public? Le fond de l’affaire n’est pas toujours très compréhensible un peu comme lorsqu’il introduit « The time Machine ». Je n’ai pas bien compris où il voulait en venir. Ça me rappelle quelque peu la partie en français sur le Real Live One lorsqu’il introduit « Wasting Love ». Ceux qui ne savent pas de quoi je parle peuvent aller écouter ce pur moment d’anthologie qui a bercé mon enfance métallique gravé à tout jamais sur le live du même nom ! 

Rien à dire côté son. On est au maximum du réglage, la voix de Dickinson est parfaite tant dans les aigus que dans les mélodies, et lui, ne triche pas contrairement à un certain combo américain ! Enfin, les guitares et les rythmiques sont totalement calées pour offrir ce que Maiden fait de mieux : la mélodie. 

Les énormes classiques ne sont pas oubliés « Fear of the Dark » ; « Iron Maiden » « The Trooper ». 

L’introduction de l’immense « The prisoner » met un gigantesque coup dans les « balls » des plus jeunes comme des plus âgés. La voix, je le redis, de Dickinson est parfaite! Je découvre aussi sur le refrain que Smith a une putain de bonne voix !

Le public chante d’un seul homme et d’une seule femme! Jamais le public n’aura été autant mixte et intergénérationnel que ce soir, avec la dame de fer. 

Il y aurait tant à dire sur l’énergie et la positivité des zicos malgré un Harris un peu soupe au lait lorsqu’un des musiciens occupe de l’espace ou fait un pain ! J’ai passé un moment incroyable et découvert que ce dernier album Senjutsu était excellent sur scène. Un des meilleurs moments de cette édition. 

Carpenter Brut

Qui donc peut bien se payer le luxe de porter des lunettes de soleil et un Polo Ralph Lauren à 1h du mat sur une Mainstage dans un festival de métal tout en ne proposant pas de metal? Frank Huesco bien sur! 

Ce soir fut un grand moment. Évidemment en tant que très grand fan, difficile d’être objectif. Mais, si je regarde la quantité de gens devant la scène et l’ambiance démentielle de ce concert, la qualité portée au light-show et le sonorisation en tout point parfaite pour ce mélange électro et métal, je pense qu’il serait difficile de ne pas passer un putain de bon moment ! 

Le son, les lumières, la set-list, la brochette hallucinante d’invités, l’ambiance de folie du début à la fin, je viens de le dire, tout était parfait. Je pourrais m’arrêter là, mais je vais vous en dire un peu plus avant de vous laisser écouter et voir, – car chez Carpenter Brut, le visuel occupe une place très importante – l’excellent travail de captage du concert par l’équipe d’Arte Concert

La synthwave n’est pas en reste chez les métalleux, et pour cause, celle-ci conjugue habilement une ambiance sombre, grâce à a froideur des machines, à une pesanteur métallique, grâce, cette fois, aux instruments, et, ce soir, à la myriade d’invités qui font vivre le monstre : Greg Puciato, Johannes Anderson, et les deux français, Persha et Yann Ligner de Klone

Au niveau des couleurs, la tonalité rouge sanguine domine la scène mais c’est cette boule à facette 90’s qui donne le ton et plonge le spectateur dans un univers de boîte de nuit chaotique ambiance Climax de l’incroyable Gaspard Noé. On retrouve l’ambiance du très beau documentaire Release party (dispo ici) et les fantastiques «Roller Mobster » « Turbo Killer » et bien sur « Disco Zombi Italia » et son riff digne d’un film d’horreur avec sa boucle hypnotique qui vous colle une transe directe. Difficile de ne pas entrer dans la danse tant le mélange son et lumière est en parfaite symétrie. 

Les invités amènent une touche très rock à ce concert qui est bien plus qu’un show electro wave. L’horaire est parfait, la nuit noire et il commence même à faire un peu frais, mais dans le pit c’est une autre histoire. De la sueur, de la proximité, l’enchaînement grandiloquent «  5118 574 »; « Le perv » et la reprise en duo harmonique de l’iconique « Maniac » entre Persha et Yann, reprise à la fois dansante et désenchantée, concluent un concert éprouvant et en tout point impeccable. Quelle claque!

Il faudra un grand nombre de rhum coca au vip en compagnie d’exubérants Anglais pour me calmer. La nuit fut très très courte. Demain sera un autre jour. Rideau. 

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