mardi , 25 septembre 2018
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Les Fatals Picards

Septième ciel

Label: Adone / Verycords / Disques Office

PUNK FRANCAIS - Pour tous ceux qui ne connaissent pas les Fatals Picards, disons c’est simplement l’une des meilleurs choses qui a pu se produire pour la musique française : passant de la variété française au punk sur le même disque, de la chanson comique à la chanson engagée non dénuée d’humour, on retrouve la fraicheur des textes des chansons rétros avec les rythmes actuels. Avec de l’autodérision s’il le faut, ce groupe suscite le plaisir, la sympathie et l’admiration tout en montrant une intelligence par des textes faussement comiques. Classez-les dans la variété française, le rock, le punk, mais pas … dans la musique picarde ! (aucun lien avec la région …). Serez-vous étonné de lire que le Septième ciel est le septième album studio ? Serons-nous encore transportés au septième ciel musicalement ?

Sept, chiffre parfait selon la Bible, et "Atomic Twist" ouvre le disque dans la grande tradition du rock français façon Au Bonheur des Dames. Parfait pour une ouverture rythmée ! Sur un twist léger, le groupe évoque les conséquences connues et stéréotypées des centrales atomiques (« je brille dans le noir »), avec un humour noir mais une mise en prose réussie.  "Gros Con", avec un titre volontiers racoleur, rappelle fortement "Mon Beauf" de Renaud, poussant le bouchon plus loin avec un thème qui reste d’actualité, la violence conjugale. Loin de faire du pathos ou de la démagogie, le texte force toujours l’admiration. La chanson est tellement entrainante qu’on pourrait chanter le refrain, si le sujet n’était pas aussi dramatique.

 Mais toutes les chansons ne sont pas autant engagés : "Punk au Liechtenstein", "Robert", "P.P.D.E." ont des textes remplis d’humour, établissant un portrait, un constat ou posant une question décalée : y’a-t-il des punks au Lichtenstein ? L’intérêt est toujours là sur le plan textuel comme musical, avec des genres pouvant être très variés : l’enchainement de "PPDE" rock punk à "Hortense" en valse musette pour revenir à la reprise de Mylène Farmer "Sans Contrefaçon" punk teinté d’électro. Cette dernière perd d’ailleurs son intérêt féministe chanté par un homme. Bien supérieure, "Ernestine" rejoint Brassens de manière plus subtile que dans "Quatre vingt quinze pour cent", évoquant le plaisir sexuel féminin. La encore, avec humour et subtilité (« Si ton désir t’abandonne, prends le mien je ne m’en sers pas »), ce texte mérite une bonne place dans les chansons féministes.

Et les albums des Fatals Picards continuent après la fin, dans les chansons cachées, mélange de délires musicaux, chansons volontairement ratées, et parfois vraies pépites ! Premier délire "Dans le couvent", façon Enigma, n’a pas autant d’intérêt d’un point de vue du texte, mais contraste musicalement avec le coté rock. En effet, de la musique religieuse sur des rythmes électro, c’est quelque peu différent … Le second délire "Le pire des Vampires" est un sketch volontairement raté : mauvaise musique, mauvais texte  et mauvaise interprétation. Connaissant leur ironie, on peut y voir un écho à tous les mauvais groupes fleurissants sur internet. Le troisième n’est pas moins moqueur, "Je fais de la musique avec mon ordinateur" parle de ces faux musiciens qui manipulent les logiciels musicaux sans connaitre grand-chose à la musique, et tout ca sur un rythme électro. "C’est la chance" est le délire un peu flamenco, qui sent le jam de studio non travaillé avec quelques fausses notes, mais réussi musicalement, et avec un texte assez drôle. Oui, elle mérite sa place dans les chansons cachées, pas réussie au point d’être sur un album, mais suffisamment irrésistible pour ne pas être oubliée. Le dernier délire est un sketch de reprises de chansons de Michel Sardou par le chanteur moyen, en fausse publicité, qui parait sur cassette ! Bref, n’éteignez pas le CD et écoutez cette longue piste.

Oui, les Fatals Picards nous envoie au « Septième ciel », et, toi ami de la musique, on doit te prévenir, si ton désir t’abandonne, ne prends pas le mien je ne m’en sers encore à chaque écoute de ce disque! 


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