mercredi , 19 septembre 2018
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Interview


INTERVIEW Le 10 février passé,
le groupe Beak> se produisait au PTR de Genève dans le cadre du Festival
Antigel. Un Krautrock pur, rappelant les meilleurs moments de la scène
allemande de l’époque. Et pourtant, Beak> n’est autre que le nouveau (2009)
projet de l’une des têtes pensantes de Portishead: Geoff Barrow. A la batterie
cette fois, il s’entoure de deux acolytes de Bristol, Matt Williams et Billy
Fuller pour, encore une fois, une réussite musicale absolue. De la scène
musicale anglaise, en passant par l’industrie musicale ou leurs projets futurs,
Lords of Rock a eu a chance de s’entretenir avec le groupe après leur passage
sur scène.

 


 “A Genève, vous avez tendance à être assez
tranquilles”

Lords
of Rock: Première question évidente: comment s’est passé le concert ce soir?

Billy Fuller:
Icroyaaaable. Non, de sentiment général, on n’a pas donné une très bonne
prestation ce soir. On en attend peut-être toujours trop.

Le
public suisse a-t-il quelque chose à voir avec ce sentiment?

Tous: Non,
non, bien sûr que non.

Billy Fuller:
C’était nous.

Geoff Barrow:
Nos bottes de pluie étaient trop grandes. (Rires)

Billy Fuller:
On a joué un super concert pour Noël. Donc forcément, le prochain ne pouvait
être que déception. On était tous ensemble, en harmonie, et là c’était un peu
l’opposé. Juste un de ces concerts un peu bizarres…

Geoff Barrow:
Mais le public était super! Même si à Genève, vous avez tendance à être assez
tranquilles. On vient de Bristol, et là-bas c’est presque choquant. Les gens
parlent tout le long du concert et prêtent rarement attention au groupe. Ils
viennent et font genre « on s’en fout de qui vous êtes,
impressionnez-nous ».

Billy Fuller:
Ca commence à changer. Maintenant, si tu passes à la télé, les gens
t’applaudissent, peu importe si talent il y a ou non.

Et
quels sont vos plans futurs avec Beak. Portishead (groupe de Geoff Barrow) va
sortir un nouvel album, donc est-ce que Beak est mis de côté?

Geoff Barrow:
Il y aura un nouvel album. On a environ les trois-quart de prêt. Il faut juste
qu’on le termine, avec quelques sessions supplémentaires. Probablement
disponible en été.

Avant
de fonder Beak, vous avez joué ensemble pour la première fois lors d’un
événement organisé par Invada Records (label de Geoff Barrow)…

Geoff Barrow:
Oui mais on se connaissait tous avant cela. Chacun, avec nos groupes
respectifs, était signé sur le label.

Qu’est-ce
qui vous a décidé à monter un groupe ensemble?

Geoff Barrow: On a fait un jam lors de cette soirée Invada et c’était super. On
s’est juste dit: « à refaire ». Sans aucune sorte de pression.

“On n’avait pas non plus de grandes attentes… pas de grande
philosophie derrière Beak.”

J’imagine
que vous vous êtes très bien entendus sachant que votre album a été écrit en
douze jours.

Geoff Barrow:
Oh oui! On avait vingt-deux titres au bout de douze jours. On avait
suffisamment de matériel pour un album et on s’est lancés.

Pourtant,
j’ai l’impression que vous avez tous des personnalités musicales assez fortes
et différentes.

Geoff Barrow:
Il n’y a pas eu de discussion.

Billy Fuller:
Oui, c’était spontané. On n’a pas parlé de faire sonner un titre d’une telle
manière, un instrument comme Groove Armada ou Aphex Twin (rires). Lorsqu’on a
installé les instruments, on a commencé à jouer. Ce premier morceau est le
premier de l’album. Comme je l’ai dit, sans aucune discussion à propos de ce
que l’on jouerait ou ferait. On n’avait pas non plus de grandes attentes. On y
croyait juste assez pour sortir un album. A part cela, pas de grande
philosophie derrière Beak.

Geoff Barrow:
On a tous fait partie de projets où on se demandait toujours comment une idée
serait perçue. Beak était une sorte d’antidote à cette situation. Aussi, il n’y
a que nous trois. Ca simplifie les choses. C’est simple…mais dans le bon sens
musical du terme. Attention, ça ne veut pas dire qu’on aime tout ce que l’on
fait. Mais on se pose moins de questions.

Aucun
désaccord?

Geoff Barrow:
Oh, si bien sûr. L’autre jour, avec Billy, on jouait ensemble. Un truc génial.
Et là, Matt arrive et y ajoute ce son horrible. Et ruine le morceau! (Rires)

Billy Fuller:
Totalement!

Geoff Barrow:
Et on lui disait, « c’est affreux ton truc ». A quoi Matt nous
répond, « mais moi j’aime ».

Billy Fuller:
Juste, « non » (en français)! (Rires)

(Matt Williams entre dans la pièce).

Matt Williams: Qu’est-ce que vous faites? Une interview? Merde, je sais jamais
quoi répondre.

Geoff Barrow:
Tais-toi alors et écoute! (Rires) Oh, il est de nouveau soûl…

Matt Williams: Je le suis…(Rires)

Redevenons
sérieux. Vous êtes tous de Bristol. Comment s’y porte la scène musicale en ce
moment?

Geoff
Barrow
: Mal. Dub
step. Jazz step. Pop step.

Vraiment? Pourtant dans
notre imaginaire européen, Bristol est une grande capitale musicale…

Geoff Barrow:
Non… Ca n’en a jamais été une. Mais il y a toujours eu des gens qui faisaient
leur truc, sans copier. Ca n’a en tout cas jamais été une scène unifiée, avec
des groupes qui traînent ensemble, etc…

Bill Fuller:
Et il y avait ce truc dont les musiciens de Bristol ont toujours été fiers: une
éthique punk assez hardcore. La créativité était très « indie ». Très
protecteurs de leur art et indifférents des autres scènes que ce soit Londres
ou autre. Mais cet état d’esprit n’existe plus vraiment.

“Tous ceux qui font de la musique à Bristol sont
soit étudiants…ou de gros cons…”

Qu’est-ce
qui s’est passé à votre avis?

Geoff Barrow:
Les étudiants…(rires).

Matt Williams: Les gens ont quitté Bristol ou ont eu des enfants et arrêté de faire
de la musique… Et maintenant, tous ceux qui font de la musique là-bas sont
soit étudiants…ou de gros cons.

Geoff Barrow:
Attention, on n’est pas anti-étudiants. C’est juste qu’à Bristol, ce sont des
étudiants très riches. Ces gens ressemblent à des Paris Hilton. Des filles
oranges et des mecs avec des muscles. Très posh…Ils vont tirer le weekend et
prennent tous du MDMA.

Vous
êtes souvent comparés à la scène krautrock des années 70, Neu ou Can par
exemple. Vous reconnaissez-vous là-dedans?

Billy Fuller:
Beaucoup, oui.

Matt Williams: Mais un peu par accident. On n’a jamais dit qu’on allait jouer du
krautrock.

Billy Fuller:
C’était des groupes qui commençaient à jouer dans leur chambre ou leur garage.
Je pense que c’est cet élément là qui se retrouve dans notre musique.

Matt Williams: On a hésité à faire du punk-step mais on a changé d’avis…
(Rires)

Billy Fuller:
En gros, c’est juste d’enlever les notes « blues » et la musique
devient tout de suite hors de tout circuit commercial. Les Beatles étaient
blues à leur manière. Le krautrock, pas du tout.

Et
votre songwriting?

Billy Fuller:
C’est juste des pensées vraiment. Des paroles spontanées. Ayant pour thème le
malheur, les nuages, les petits-déjeuners anglais,  la météo, les dettes, les funérailles, les
classes sociales anglaises, le football anglais. Les paroles évoluent au fil du
temps.

Ce
ne sont donc plus les mêmes que lors de votre enregistrement?

Billy Fuller:
C’est les mêmes émotions…mais plus définies. Et déformées…

Et
les prochains projets?

Geoff Barrow:
Portishead va tourner tout l’été. Beak aussi. Et on tournera aussi avec Anika,
une artiste d’Invada Records. On joue les instruments pour elle et on a écrit
l’album avec elle. Et il y a bientôt le festival « All tomorrow parties ».
C’est un concept anglais qui se déroule toujours dans des endroits non-usuels,
sans sponsors corporatifs. Ca a été fait au Japon, en Australie, à LA, à
New-York…C’est aussi incroyable les groupes qu’ils ont réunis: Neutral Milk
Hotel par exemple. C’est un peu le dernier bastion des vrais festivals rock
alternatifs, qui ne soit pas sponsorisé par Heineken ou Orange. C’est bizarre
parce que Portishead va jouer plusieurs festivals cet été en Europe de l’est et
ils sont presque tous financés par les marques de bière. En même temps, s’ils
ne l’étaient pas, les prix des billets seraient totalement inaccessibles pour
les locaux. Y a pas vraiment de solution. En Suisse, vous êtes chanceux car
l’Etat aide beaucoup.

Vous
voudriez être en dehors de toute cette industrie?

Geoff Barrow:
Oh, oui si c’était possible.


Un commentaire

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