samedi , 22 septembre 2018
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Fiji

En chair et en os, mangez-moi!


Les groupes n’aiment pas forcément les comparaisons faciles, néanmoins si j’avance que Fiji se situe entre Blondie et Goldfrapp, j’ai raison ?
Simon : C’est juste oui, mais il y a aussi d’autres influences comme Daft Punk et plein d’autres artistes qui sonnent plutôt électro.
Simone : Des amis et d’autres journalistes avant toi nous ont aussi dit qu’il y a ces influences-là, mais aussi un peu de Vive la Fête, du Rita Mitsouko et aussi du Plastic Bertrand !
Menk : Que veux-tu, on a grandi avec les eighties !

Sur votre premier album, Rosy, il y avait des beats beaucoup plus froids et il semblait que la voix était venue se poser sur la musique après-coup. Avec Le Loup, on a vraiment l’impression que cela forme un tout, l’album dégage vraiment de la chaleur et prend aux tripes…
Simone : Il y a sûrement une question technique là-derrière, d’une part car nous maîtrisons mieux nos instruments et d’autre part parce que nous en avons de nouveaux. Mais surtout, nous nous connaissons bien mieux aujourd’hui, et c’est sûrement ceci qui donne cette impression de tout.
Menk : Nous trouvons très vite une ligne directrice, d’une part parce que Simon et moi sommes frères, d’autre part parce que nous sommes vraiment tous sur la même longueur d’ondes, mais il y a aussi le fait, et ce n’est pas négligeable, que nous nous remettons très souvent en question, tous ensemble.
Simon : Nous sommes vraiment un team : nous composons, nous mixons ensemble, donc nous sommes toujours impliqués à 100 % dans le processus, ce qui donne effectivement cette sensation d’ensemble.

Et pourquoi avoir décidé tout à coup de chanter en français ? Le premier album était entièrement en anglais, alors pourquoi ce revirement ?
Simone : Je crois qu’il s’agit d’un positionnement… le premier album s’est fait en anglais, c’était clair pour nous et nous n’en avions même pas discuté. Puis nous nous sommes questionnés sur notre identité, et pour ma part je me sens bien plus proche du français que de l’anglais, c’est beaucoup plus sexy, par contre ce n’est toujours pas ma langue maternelle, donc c’est un compromis idéal, car ça met une certaine distance entre ma personne et mes textes.

C’est qui ou quoi Le Loup ?
Simone : C’est un animal mystérieux, élégant et délicat… il est partout… même dans la presse (rires) ! C’est un animal imaginaire que l’on retrouve dans les contes, avec son côté fascinant mais aussi dangereux. C’est un très joli symbole et c’est celui-ci que nous voulions exploiter. "Le loup a envie de jouer avec toi" a un côté très ironique, c’est l’amusement qui est attirant, mais il y a aussi ce revers de la médaille qui peut te faire sombrer.

Comme par exemple sur "Mesdames, Messieurs". D’où t’es venu l’idée des textes ?
Simone : Là, j’avais vraiment un blackout… je ne savais pas ce que je voulais écrire. Et comme le monde du casino a toujours exercé sur moi une certaine fascination, avec son côté très élégant, que le croupier a un certain pouvoir, qu’il est très chic, j’ai appelé une copine à moi dont le père est croupier, et c’est elle qui m’a dit ce qui se disait dans le métier : "Mesdames, Messieurs, faites vos jeux, rien ne va plus" etc. Ce sont des mots que tout le monde a déjà entendu une fois. Et depuis un moment j’avais cette envie d’écrire des textes qui n’étaient plus du tout personnels. Je ne veux plus exposer aujourd’hui les problèmes que j’ai eus avec mon père, des problèmes que tout le monde a ou Dieu sait quoi. Dans cette chanson, le loup entre en scène avec ce côté du divertissement mais aussi de la dépendance au jeu. En comparaison avec Rosy, cet album est beaucoup moins sérieux !

Que fait cette intro en quatrième position sur Le Loup ?
Menk : D’abord elle était censée être sur la première plage, mais au moment du mastering on s’est rendu compte que l’ordre actuel était bien mieux que ce que nous avions prévus.

On y entend des bruits de pas, des portes qui s’ouvrent… pourquoi ça ?
Menk : Cela faisait un bon moment qu’un micro était branché dans le couloir de notre studio. Nous avons alors décidé de l’utiliser là où il était.
Simone : …et on a tout essayé pour faire du bruit : gratter des couteaux sur les tables, des pastilles effervescentes…
Simon : Tous les sons sont des éléments du studio. Cela donne un côté réel, proche de l’auditeur et ça casse un peu le côté artificiel de l’électronique.

Sur "Dance My Boogie", il y a du jazz, de l’électro minimale très brute, et une voix par moments hystérique. Comment l’avez-vous composée ?
Menk : Nous en avions deux ou trois versions avant. Nous avons tout changé : le refrain, les paroles, les instruments…
Simone : Ce titre avait un problème : il était "vieux" et ne nous correspondait plus. Nous sommes intervenus dessus, en changeant à chaque fois une ou deux petites choses. Finalement, il a été littéralement transformé.

Les séances photos pour la pochette de l’album on dû vraiment être délires…
(rire général)
Simone : Oui, nous nous sommes bien amusés. Nous n’avons aucune gêne entre nous donc on s’est permis de faire les fous. Et encore une fois, par rapport au titre de l’album, cette pochette correspondait tout à fait.

Est-ce que le public réagit bien aux nouvelles compositions en live ?
Simone : Trrrrrès bien ! (rires général)
Menk : Notre dernier concert à Berne était de la pure folie !
Simone : On donne tout ce qu’on a et en plus on joue souvent tard, donc les gens en club ont cette humeur particulière, il y a cette ambiance positivement électrique et tout ça invite à la danse. Simon et Menk savent parfaitement quoi faire et quand, ce qui donne à la prestation cette ambiance presque familiale. L’amusement est vraiment palpable sur scène, je crois.

Et en parlant de ça, vous êtes Fiji à la scène, mais dans la vie ?
Menk : Je teste les locomotives des CFF. Comme la musique, c’est très technique aussi.
Simon : Je suis professeur de piano.
Simone : Je travaille pour la Confédération en tant que traductrice. Du français, allemand et anglais vers l’italien.

À part professeur de piano, c’est pas très glamour…
Menk : Comme la musique, c’est très technique aussi.
Simone : Pour ma part c’est effectivement très administratif. J’ai besoin de Fiji pour m’échapper, faire quelque chose de plus créatif.

Donc dans chaque métier il y a des choses que l’on apprécie beaucoup et d’autres moins. Dans celui d’artiste aussi, alors dites-moi : quels sont les points négatifs quand on fait partie de Fiji ?
Menk : Pour moi il n’y en a pas. Nous ne sommes que trois donc tout est relativement simple : nous voyageons à trois, nous n’avons pas de technicien, nous avons un seul véhicule, nous ne monopolisons pas plus d’une chambre d’hôtel… tout est très simple !
Simon : Nous discutons beaucoup, donc les problèmes sont vite réglés.
Simone : S’il y a une chose que je devrais regretter avec un projet comme Fiji, c’est que j’ai moins de temps libre. Je ne peux plus partir au Tessin le week-end, voyager comme je veux, Fiji fait partie intégrante de ma vie. Mais tout ce que je gagne au point de vue personnel avec Fiji, c’est impayable.

Fiers d’être Suisses en tant qu’artistes ?
Simone : Pas spécialement, non. Pourquoi ? Nous sommes heureux d’avoir des possibilités que d’autres pays n’ont pas – c’est très dur de percer en Italie par exemple, malgré l’enthousiasme du public !

Mais en Suisse aussi, non ? Chacun qui s’intéresse un peu à la musique sait qu’on a une scène incroyable de rock, d’électro, de tech et de plein d’autres choses ! Pourtant nos artistes s’exportent difficilement comparé aux Nordiques, à l’Angleterre, à l’Amérique, à la France…
Simone : Peut-être, mais tu sais, il y en a pour qui la scène Suisse suffit amplement…
Menk : Il y a bien une fierté chez certains, mais nous ne la ressentons pas en tant que telle. A Berne par exemple il y a une scène musicale importante, en plus de la scène jazz, qu’on appelle Mundart (ce qui est chanté dans la langue locale, Züri West, Patent Ochsner, Gölä etc. – NdlA) et nous n’en faisons clairement pas partie, à cause de la langue dans laquelle nous chantons et à cause de notre style aussi. Alors non, de ce point de vue-là, nous n’avons pas cette fierté.

Fiji est en concert au Bleu Lézard à Lausanne le mercredi 25 avril prochain à l’occasion du vernissage de leur dernier album, Le Loup. Concert : 21h30.

www.fijitv.net

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