
Il faut qu’on parle du cas Angine de Poitrine. Si vous êtes comme nous, à trainer de longues heures sur Youtube, vous n’avez pas pu passer à côté : leur session KEXP, enregistrée en décembre dernier dans le cadre des Trans Musicales de Rennes, est en train de braquer l’internet. On sait que la radio de Seattle aime s’exporter pour dénicher des perles, mais là, on tient un véritable WTF sonore.
Je vais être honnête avec vous : à la première vision, j’ai eu un mouvement de recul. C’était malaisant. Entre les masques en papier mâché, les costumes à pois et cette dégaine de personnages échappés d’un cauchemar de Michel Gondry, j’avais du mal à voir au-delà du folklore. On pourrait se dire que c’est encore un coup marketing pour cacher un vide musical, façon Daft Punk du pauvre. Sauf que non. Pas du tout. Mais vraiment absolument pas.
Il a fallu que je pose mes oreilles sur leur deuxième album, “Vol. II”, sorti cette année, pour que le déclic se produise, le tout en me cachant les yeux. Et là, BABOUM, une bonne tarte dans la gueule. J’ai retrouvé ce sentiment de vertige que j’éprouve avec King Gizzard & The Lizard Wizard : ce mélange de dissonance totale et de maîtrise technique absolue. C’est complexe, ça part dans tous les sens, mais avec une rigueur mathématique qui force le respect.
Le guitariste/bassiste Khn de Poitrine (cherchez pas, les gars ont leur univers on vous dit) est un véritable sorcier. Le mec jongle avec une bête à double manche (microtonale, s’il vous plaît) et des boucles qu’il lance en temps réel pour changer d’instrumentation sans jamais lâcher la bride. C’est du “mantra rock” de haut vol, où la répétition devient hypnotique jusqu’à l’étourdissement.
Alors oui, les costumes sont farfelus, presque ridicules au premier abord. Mais au final, n’est-ce pas ce qu’on demande au rock ? De nous sortir de notre zone de confort ? Angine de Poitrine ne propose pas juste un concert, ils ouvrent les portes d’une secte musicale à laquelle on finit irrémédiablement par succomber. On commence par ricaner devant le masque, on finit par trépigner au rythme de leur batterie métronomique.
C’est farfelu, c’est expérimental, c’est entrainant, c’est exigeant : c’est exactement ce dont on avait besoin pour se rappeler que la virtuosité n’est pas forcément ringarde quand elle est au service du chaos. Ne résistez pas, laissez-vous emporter par le vortex. Surveillez les salles autour de vous, le groupe sera en France le mois prochain !
LORDS OF ROCK Le rock vu différemment !