Monday , 21 September 2026

Hellfest édition 2025 : journée du jeudi

(Texte et photos : Emmanuel)

Feu, sueur et polémiques : le metal en pleine combustion : Partie 1/4

Journée du jeudi 19 juin 

Cette 18e édition (oui, 18e car le festival a essuyé deux années blanches, du moins celle de 2020, l’édition 2021 ayant été une édition sans public, d’ailleurs relayée par votre serviteur, dans nos pages : https://www.lordsofrock.net/hellfest-from-home-2021/) s’annonce comme l’une des plus brûlantes — au propre comme au figuré. Une canicule impitoyable, un public rôti façon poulet familial du dimanche, et surtout… une affiche qui fait jaser depuis des mois.

Entre Muse, Cypress Hill, Kim Dracula ou encore Last Train, les puristes crient au blasphème, pendant que d’autres y voient une évolution (ou une trahison, c’est selon l’humeur et le taux d’hydratation). Et puis il y a les polémiques qu’on ne peut pas balayer d’un revers de perfecto : Falling in Reverse, Blood Fire Death, Lindemann… Trois noms qui posent, à leur manière, la question éternelle : peut-on ( ou doit-on) dissocier l’œuvre de l’artiste ?

Le débat est ouvert et de cela je parlerai dans le compte-rendu du dimanche. Et il fait du bruit. Car le metal, qu’on le veuille ou non n’a jamais été consensuel. Il est né du chaos, des excès, du tragique et du génie, tout à la fois. De Led Zeppelin à Black Sabbath, de Motley Crüe à Burzum, de Pantera à Marilyn Manson, Metallica la liste est longue — et toujours sujette à controverse.

Mais une chose est sûre : le metal n’est pas mort comme j’ai pu l’entendre de la part de gens aigris (les gens que faites-vous là si vous êtes déçus à ce point?!). Et ce festival en est la preuve vivante, suante, bruyante, vibrante. Au-delà d’un week-end saturé de décibels, de chaleur, de bière tiède, de rencontres improbables et d’extravagances en tout genre, saluons le travail exemplaire des organisateurs, des bénévoles et des artistes qui ont exhibé puis sacrifié ( pas toujours dans cet ordre !) le veau d’or pour nous régaler.

Mention spéciale à Monsieur Pascal Mauffret, désormais élevé au rang de saint-homme par des festivaliers en détresse thermique, pour avoir sauvé des vies à grands jets d’eau froide sur une fosse à deux doigts de l’auto-combustion.


Et chapeau au service de sécu des Mainstages, ces héros anonymes qui ont récupéré avec patience et (très gros) muscles les crowd surfers maladroits, souvent lancés avec l’élégance d’un meuble Ikea qu’on balance par la fenêtre. Parce qu’à un moment, il faut aussi penser à ce public qui n’en peut plus de finir au fond de la fosse, le visage broyé contre des dorsaux XXL ou, pire, une rangers taille 46 d’un métalleux (ou d’une métalleuse !) transpirant de 120 kg aux cuisses dignes d’un bœuf charolais. J’aime quand ça bouge mais parfois, c’était à la limite du supportable y compris malgré mon presque quintal (92 kilos pour être précis).  


Le Hellfest, c’est toujours un peu le chaos et beaucoup de plaisir. Et tant qu’il y aura des watts, de la boisson (chut !), beaucoup de sueur et des questions qui fâchent, alors oui : le metal vivra.

Chacun vit son Hellfest comme il l’entend, pour ma part, il est essentiel d’avoir une expérience immersive, c’est la raison pour laquelle, j’ai besoin d’être devant (mais vraiment devant, les mains sur la barrière !). Cela demande du calme, de la patience, de la détermination, de l’organisation (et oui, pas question d’aller uriner avant 1h00 du mat’ lorsqu’on est scotché MainStage depuis 14h00! Donc pas question de boire de l’alcool, ni même de manger trop lourd). Casquette, Evian, fruits secs et de très bonnes chaussures sont nécessaires pour tenir le parquet.

Seul bémol : cette jauge qui n’en finit plus de monter à tel point qu’il y a du monde partout absolument partout. Le Sanctuary est plein à craquer, d’une file d’attente de plusieurs heures (jours?!). Je n’ai jamais vu ça. D’ailleurs, certains tee shirt étaient sold-out dès le vendredi. 

Ce phénomène a aussi été observé tout au long de ces 4 jours sur les Mainstages. Combien de gens sont venus pour la tête d’affiche et ont commencé à camper à la barrière dès 13h00 avec sandwichs, bouteilles de flotte (bouteille de pisse : beurk !) en passant les trois quart du fest, le dos tourné en train de pianoter sur le téléphone et parfois le malaise en bout de chaîne à 23h00. Oui, le public est en train d’évoluer et il sera important de le faire évoluer en lui apprenant certains codes du slam, de la bienséance, on ne se jette pas sur les gens qui attendent gentiment que le concert commencent pour prendre leur place au risque de se faire gronder (soyons zen disait Zazie !). Un peu d’éducation et de l’amour bordel de merde, voilà la recette.

Tar Pond

Pour les personnes qui l’ignoreraient, Tar Pond signifie étang de goudron. Alors peu importe la domination qu’on donnera au style pratiqué par mes compatriotes suisses : Doom, ultra-zoom, Sonic-doom, Gloomy-doom et j’en passe. Ce qui s’est passé cet après midi était poisseux, toxique, sombre et définitivement oppressant. Un régal pour les oreilles et pour les yeux car qu’on se le dise Thomas Ott n’est pas exactement un rigolo et incarne à merveille une musique menaçante et sentencieuse, sans artifices. Pas d’écrans, pas de boucles, pas d’effets. La musique et le talent. Si vous aimez Mizmor, Acid Bath ou encore Monkey 3, vous deviez être là. 

(l’interview complète sera publiée dans nos pages d’ici quelques jours, patience…)

Plantons le décors de ce premier concert de cette édition : 16h30, un soleil de plomb, pas un seul brin d’air, de la fumée qui écrase la plaine de cette Valley, un public déjà bien aviné (!) et voilà que Thomas Ott déboule sur scène avec ce charisme glacial conjugué à cet air désespéré. Tout cela est bon signe ! Rien que sa présence donne le ton. 

Le son est réglé au scalpel (Horlogerie Suisse oblige!) pile pour mettre en valeur les descentes d’acides qui hantent leur premier album Protocol of Constant Sadness et le dernier né :Petrol


C’est lourd, gras, sombre, infiniment lent, la batterie de Marky est hypnotique et chaque coup infligé délivre un uppercut dont il est difficile de se remettre, une gifle tectonique venue des entrailles.

Ça ne caresse pas, ça racle. Guitares et basses nous provoquent une descente d’organe pas désagréable car c’est exactement ce qu’on était venu chercher. 

Le début des hostilités se fait avec le titre « Bomb » qui porte bien son nom. un riff minimaliste, une structure saisissante, des amplis orange qui délivrent un son étouffant et une batterie extrêmement compacte et l’ampeg de Chris, le bassiste vient alourdir un propos déjà très pesant.

“Please”, extrait de leur premier album Protocol of Constant Sadness. sonne comme une prière désespérée dans un monde déjà foutu. Lente, écrasante, sans rémission. 

Le ciel nous a entendu et nous avons été châtié. 

Ce set est de loin l’enterrement collectif auquel je souhaitais assister. Que ça fait du bien ! Même si l’esthétique du groupe n’est pas dans la revendication du buzz, l’intensité de ce set doit être soulignée et on attend désormais le combo sous la Temple à 20h00, ce qui serait la moindre des choses vue le niveau de maîtrise du combo. 

L’un des concerts les plus authentiques et réussi de cette édition 2025. 

Seven Hours After Violet

En voilà un groupe que j’attendais de pied ferme. Le side project de (l’ancien?) bassiste, Shavo d’un SOAD (System of a Down) qu’on ne présente pas, en aura intrigué plus d’un. Au final ce fut une très belle surprise et surtout une bien belle prestation. Le mélange : voix claire/growls allié au très évident charisme du chanteur et on en oublierait presque Shavo, plutôt discret d’ailleurs. On navigue entre metalcore et post emo/screamo. Du cri, du grain, et de la présence. Un vrai coup de fouet même si le set est un peu court, se déplient devant nous l’essentiel de ce très bon premier album éponyme paru l’an passé chez l’excellent label Summerian Records (Animals As Leaders, Born of Osiris, The Faceless), rien que ça ! 

Si le nom du combo est bien énigmatique (certains aiment à dire qu’il s’agit en fait d’un moyen acronymique (ça se dit ?!) de rappeler qu’il s’agit de la création de Shavo, je n’en crois pas un mot ! Je sens quelque chose de plus profond, plus cryptique. Le contraste grosse brutes tatouées, growls de l’enfer et aspect poétique  chantée aérien voire suave « Radiance » « Feel » et la voix archi cristalline sous un soleil d’une violence inouïe pour un 17h30,  renforce un peu plus le côté curieux de l’affaire. La formation a bénéficié d’un créneau assez fantastique si j’en crois la masse présente en cette fin d’après-midi sur la Mainstage

Le réglage du son est tout-à-fait savoureux, ce qui ne sera pas le cas tout au long du week-end pour apprécier la finesse des compos de cet unique album. J’attends la suite avec impatience. 

Apocalyptica

À lire ou entendre les pseudo-débats de cette année dont je parlais au début de mon review, personne ne semble remettre en question la présence du combo finlandais. Et pour cause : ils ont bel et bien commis en 1996 un excellent cover album de Metallica (Plays Metallica by Four Cellos), réitéré avec Apocalyptica Plays Metallica Vol. 2 en 2021, que personne n’avait, jusqu’ici, eu l’idée de proposer. Aucune source sérieuse ne mentionne une quelconque sanction académique ou professionnelle envers les membres du combo en lien avec leur album « Plays Metallica by Four Cellos ». En tout état de causes, les choses se sont bel et bien arrêtées là pour Max Lilija et sa carrière académique. Info ou intox, le metal peut avoir un prix symbolique parfois lourd ! 

Là n’est pas la question puisque le groupe enchaîne les tournées depuis plus de 20 ans et que les classiques assénés avec une rigueur nordistes prouvent, sans avoir à lever la voix, que le métal n’est pas qu’une question de guitares saturées.

Le seul problème du set : la batterie affreusement triguée avec une grosse caisse dont on ne percevra aucune profondeur tout au long du set et une caisse claire digne d’un Saint -Anger. Pourtant la puissance était au rendez-vous. Je me demande même s’il n’aurait pas fallu carrément éliminer la batterie de la proposition finale pour ce concert. Ça n’est là qu’un questionnement. 

La tension, les textures, et cette colère contrôlée amèrement à l’ensemble de l’oeuvre du Met des éléments bien intéressants et le si décrié Saint Anger prend une allure bien différente une fois interprété par des instruments à cordes frottées. 

Bref, mission accomplie pour un concert plus intense que celui de 2017, je trouve. 

Kim Dracula

Au vu du nombre de gens qui se massent au devant de la Mainstage 2, l’artiste au 20 millions de vues pour sa reprise exubérante du titre phare de Lady Gaga « Paparazzi » était attendu de pied ferme. 

Pour moi, ça n’a pas fonctionné. Le «Trap Metal » proposé par l’australien Samuel Wellings, de son vrai prénom, m’en a touché une sans faire bouger l’autre. J’ai dû passer à côté. Je n’ai strictement pas réussi à adhérer à ce côté faussement déstructuré  qui a donné à cet ensemble, une accroche difficile : tantôt jazzy, tantôt dubstep, ou encore metalcore. Je lui reconnais un look intéressant, déjanté, entre le dragshow et un cosplay industriel convaincant et même un phrasé maitrisé dans les parties plus rapides.

Airbourne

Lors de leur dernier passage, j’avais méchamment accusé le coup : chute au sol au bout de 3 titres, toutes mes affaires éparpillées et mes 90 kilos sur le sol prêt à se faire piétiner, puis finalement un repli tactique pour éviter l’asphyxie. Cette fois, j’ai tenu 6 titres complets à la barrière avant de me retirer 5 mètres plus loins pour apprécier toute la finesse et la délicatesse australienne.

Le groupe n’est désormais plus un simple pastiche d’AC/DC. Ils ont acquis leur identité, leurs gimmicks, leur énergie. Et que dire d’un chanteur qui a constamment la tête trempée ? Ce gars donne tout, c’est une évidence. La ressemblance avec le jeune  cadors que fut Angus Young, malgré tout, frappe l’esprit par son attitude et son intensité.

Les classiques sont assénés avec rigueur et clarté. Rien à jeter. Lancés de bières, sirène militaire, hurlements, posture déjantée d’un chanteur qui semble parfois être sur « l’autre berge » ! Voilà une folie qui fait du bien à voir. Ce type est au taquet. 

Korn

En voilà un moment que j’attendais depuis des lustres. Korn m’a toujours porté la poisse et cela à chaque édition. Il y a 10 ans, en 2015 mon camping car avait décidé de rendre l’âme, et à 23h, je bricolais comme un débile, ratait mon concert et écoutait à 3kms de là, les choses se dérober dans mes oreilles. Bref, j’avais tout raté. Une autre année, j’avais du rentrer à la maison en catastrophe pour cause d’urgence impérieuse au boulot le lundi à 6h00 du mat’. Cette fois, je suis vissé à la barrière, comme à mon habitude, et j’ai l’intention de ne rien rater du spectacle. Explications. 

Alors que l’exhuérant et effrayant Ray Luzier, batteur de son état fait claquer sa ride : “Are you ready ? » retenti et c’est Blind qui débute, et déjà les premiers morts au combat apparaissent en ce jeudi soir. 

Massif, toujours imprévisible, le groupe déroule une setlist brutale, ramassée, sans gras. Jonathan Davis, en grande forme, traîne son spleen de teenager, le dos est un peu vouté, les cheveux sont grisonnants, l’homme quasi sexagénaire assure avec une classe intacte. Korn reste ce mélange improbable entre douleur adolescente, groove sale et catharsis scénique. Toujours pertinent. Toujours vivant. Toujours debout (ce qui n’est pas le cas de tout le monde, c’est une autre histoire…).

La set liste de ce soir est un best-of : “Blind, Here to Stay, Did my Time”, un A.D.I.D.A.S de l’enfer, “Dirty” et un “Freak on the Leash” magistral, qui laisse transparaitre un Davis très en forme et un Ray qui a littéralement l’air d’un dingue sorti de l’asile. Le son était particulièrement fort. Très fort. D’ailleurs, dans Clisson, beaucoup de riverains m’ont dit avoir très parfaitement reconnu les titres ! Ça m’a rappelé mes épisodes malheureux lorsque j’avais du suivre les choses de loin ! Korn est venu et a vaincu.

Electric Callboy 

Assurément, voici l’un des très gros morceau de ce jeudi 19 juin. En 2023, les allemands avaient littéralement assommé un public qui n’attendait qu’eux mais aussi un paquet, non négligeable de petits nouveaux.

Entre temps, il y a eu une montée en puissance du combo : tournées à répétions, featuring léchées (BabyMetal, diverses versions acoustiques avec notamment le guitariste Tobias Rauscher, ou encore reprise du tube de Linkin park « Crawling »). En fait l’eau a considérablement coulé sous les ponts et le groupe rempli la jauge où qu’il passe. Autant vous dire que c’est un dernier concert MainStage XXL qui s’affiche ce soir avec un batteur de remplacement qui n’est autre que…Frank Zummo de Sum 41 ! Les hostilités s’ouvrent sur le dernier né « Elevator Operator » et bien que le public ai pris l’habitude ces deux dernières années de s’ambiancer au son de « Tekkno », cette nouvelle mouture passe crème et le moins que l’on puisse dire c’est que les allemands si connaissent en géniales mélodies accrocheuses si on veut bien se donner la peine d’aller au dessus du côté potache de l’affaire « Hypa Hypa » et son gimmick mule/chemises à paillettes années 80. Nico reste un très bon chanteur et son binôme Kevin, un excellent hurleur. 

La soirée bat son plein : écrans qui éclairent un monde venu s’agglutiner sur le parterre et il faut dire qu’en ce jeudi soir, le public est encore très en forme ( ce qui ne sera pas le cas sur les Mainstage tous les soirs, j’y reviendrai). Tout est là : « Spaceman », « Everytime we touch », « Pump It », « Hurricane » : quel refrain d’enfer. Alors bien sur, les Allemands n’ont pas la finesse d’un black metal incarné ou encore le raffinement d’un Satriani mais qu’est ce qu’on s’en fout du moment que ça joue et je peux vous assurer que ça joue méchamment bien! Le côté (trop?!) kitsch est vite dépassé par la maîtrise et par une énergie positive qui contaminent même les plus réfractaires. Seul bémol : on ne distingue que le binôme de chanteur et les autres zicos sont un peu relégués en seconde ligue, par l’exubérance de ces deux loustics qui dansent, gigotent, hurlent et remuent comme des beaux diables. 

Franchement, le final : « Techno Train » , « We got the move » m’a fait dresser le kiki. J’ai adoré et je ne suis pas le seul. Il est 2h00 du mat’ et la soirée ne fait que commencer. Le festival est littéralement bouillant. La soirée va être longue. Très longue. 

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