
Avec Ça fait plaisir, Deluxe signe son septième album studio et confirme, s’il le fallait, sa capacité à se réinventer sans jamais perdre son identité. Fidèle à sa signature funky, le groupe aixois multiplie les détours audacieux : entre cuivres festifs, rythmiques hip-hop, nappes rock et escapades tropicales, chaque titre semble vouloir nous surprendre sans jamais nous perdre. Une fois encore, Deluxe ne s’endort pas sur ses moustaches.
Sur la pochette, l’iconique moustache du groupe flotte comme un totem. L’eau douce et le feu ardent s’y côtoient, image d’un équilibre subtil entre douceur caressante et énergie explosive. Cet équilibre irrigue tout l’album, qui oscille avec aisance entre langueur sensuelle et élans de puissance.

L’album s’ouvre sur “All Over The Country”, un instrumental lumineux et groovy qui annonce d’emblée le retour du funk solaire signé Deluxe. Ce groove fluide et chaleureux irrigue également “Michael”, où les lignes funky contrastent avec un texte mordant sur le dilemme entre liberté et pression sociale. Plus feutré, “Till I Do” explore une facette soul du funk, tout en douceur et sensualité, avec sa voix caressante et ses arrangements soyeux.
La force de l’album réside dans sa capacité à marier les genres sans jamais perdre en cohérence.
“TTT” débute en douceur avant d’exploser dans un final rock aux rythmes saccadés, un crescendo maîtrisé et percutant. “Where The Fuck Is Jason ?” (feat. Mr. J. Medeiros) pousse encore plus loin l’hybridation, flirtant avec le rock fusion façon Limp Bizkit, dans un tourbillon brut et jouissif. Avec “Microdosing”, Deluxe se fait plus expérimental, mêlant un funk libre à des effets R&B contemporains qui évoquent Destiny’s Child — un trip sonore à la fois déstabilisant et fascinant.
Dans un registre chaleureux et ensoleillé, “Caliente” (feat. Twan Tee) distille une ambiance moite entre reggae et dancehall, portée par une basse ronde, des percussions caribéennes et un duo vocal parfaitement accordé. Plus aérien, “Windows Open (feat. Luizga) ouvre une parenthèse brésilienne douce et groovy, avec ses guitares légères et son flow nonchalant. Deux titres parfaits pour prolonger l’été, entre chaleur enveloppante et fraîcheur tropicale. C’est une véritable bouffée d’air frais, un moment suspendu, les fenêtres grandes ouvertes
Deluxe sait aussi ralentir le tempo pour mieux toucher.
“Fugue pour saxophone en do mineur” est un interlude instrumental bluffant. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une fugue classique, mais passée à la moulinette Deluxe : le saxophone y brille, les harmonies surprennent, et l’on découvre un autre visage du groupe, plus contemplatif. Cette douceur passe aussi par la voix, “Oléga” est un titre doux et festif à la fois, conçu pour l’acoustique. La voix de Liliboy y est envoûtante, le groove dansant, les gimmicks vocaux entêtants — une caresse rythmée. “De Ton Côté” s’aventure vers des sonorités plus mélancoliques. Porté par une mélodie délicate et une interprétation toute en retenue, le morceau parle de distance avec une sincérité touchante. Enfin, “Long Story Short” conclut l’album sur une note élégante. Aux accents soul et trip-hop, cette dernière piste agit comme une décélération en douceur, une sortie de route maîtrisée après un disque riche.
Ça fait plaisir est un disque généreux, à l’image du groupe : festif mais sensible, libre mais cohérent, virtuose sans jamais être prétentieux. Un album qui donne envie de danser, de penser, de voyager – et, surtout, de remettre le disque.
LORDS OF ROCK Le rock vu différemment !