Depuis le début de leur carrière, les New-Yorkais avaient pour habitude de raconter des histoires vaporeuses de science-fiction dans un style oscillant entre l’emo et le post-hardcore, avec une touche progressive, si l’on s’en tient uniquement à la composition musicale. Il semblerait que la troupe de Claudio Sanchez invite désormais à sa table une dimension néo-folk loin d’être anodine, avec ce dernier-né, The Father of Make Believe, qui n’est pas sans évoquer le projet solo de Sanchez, paru il y a à peine un mois, dans lequel le barbu livre de très intéressantes reprises — dont un surprenant Welcome to New York d’une certaine Taylor Swift. Jetez-y une oreille attentive.
Ce troisième volet vient compléter la fameuse saga Vaxis, tout droit sortie du crâne exubérant de Sanchez. On y retrouve la suite des frasques de Vaxis (Vaxis – Act I: The Unheavenly Creatures [2018] et Vaxis – Act II: A Window of the Waking Mind [2022]).

On navigue ici dans un metal alternatif — ou plutôt un metal qui alterne entre le meilleur d’un punk “frais” et d’un hybride emo/prog, débouchant sur des morceaux qui vont vous faire monter le palpitant émotionnel. Vous savez, ce côté sombre et désenchanté qu’on retrouvait dans la scène punk/surf de la fin des années 2010. Cette scène qui sentait poindre un changement quasi ontologique (oula, je m’égare là !) dans à peu près tout ce qui fait notre monde. La voix de Sanchez nous emporte toujours autant, avec des pics émotionnels qui ne sont pas sans rappeler un certain Myles Kennedy. Les guitares se font tantôt tranchantes, tantôt douces (The Flood II), ou carrément métalliques (The Flood IV) — un ensemble de quatre morceaux concluant sur une “petite” outro de 23 minutes aux allures de drone cosmique à la Blood Incantation, comme s’il s’agissait d’un vieux disque qui craquouille ça et là. Plus subtil (funny fact de votre serviteur) : saviez-vous qu’on avait envoyé des messages mathématiques dans l’espace profond, sous forme de signaux audio, avec l’intention qu’ils puissent, un jour, être interceptés par une intelligence extraterrestre ?! (Véridique !), Aceribo 74, Voyager 1 et 2 ou encore Cosmic Call il y a une vingtaine d’année.

Ce dernier morceau est carrément flippant, et pour tout vous dire, vous fera totalement oublier le punk édulcoré de la première partie de ce disque.
Cela étant posé, il y a cette urgence, ce rapport au temps qui passe, ce thème de l’espace infini, du chaos mental post-crise de la quarantaine (celle de Sanchez), ce moment où l’on comprend que ce n’est pas encore la fin… mais plus vraiment le début non plus. La tristesse et la mélancolie sont bel et bien les dénominateurs communs d’un disque passionnant — le plus abouti des trois. Une belle synthèse, en somme.
LORDS OF ROCK Le rock vu différemment !