vendredi , 16 novembre 2018
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How To Destroy Angels

Welcome Oblivion

Label: Columbia / Sony Music

ELECTRO INDUS – Mis en veille par son membre fondateur (le légendaire Trent Reznor qu’on ne présente plus), How To Destroy Angels revient sur le devant de la scène avec cette fois un nouvel opus version longue. Rappelons qu’en 2010, le cerveau génial de NIN avait décidé de démarrer un nouveau projet en s’entourant de sa femme Mariqueen Maandig, d’Atticus Ross – collègue émérite – et du très créatif Rob Sheridan. Après un premier EP réussi mais sans originalité par rapport à NIN, un second du même acabit en version numérique, le super groupe entame cette fois-ci selon lui son décollage avec WELCOME OBLIVION. S’agit-il alors d’un vrai départ ou l’ombre de NIN plane-t-elle encore sur le combo ?

De prime abord il est difficile de répondre à cette question. Seule certitude après une première écoute qui réjouit, c’est que l’album est extrêmement riche en sons. Mélodies électroniques, brouillages numériques, beats s’entrecroisant à des tempos variés, orchestrations multiples, boucles etc. Tout est là pour séduire et emmener l’auditeur dans un univers à la fois virtuel et organique mais surtout postmoderne et transhumaniste. Musicalement, on sent bien sure la patte de Trent Reznor mais celle-ci est plus fine et plus electro que dans les albums de NIN. La collaboration avec d’autres artistes s’avère fructueuse puisque la synthèse de leurs styles offre une bande son vraiment fraiche et originale.

C’est que WELCOME OBLIVION, comme son nom l’indique, est une invitation à sentir l’effacement, à rejoindre une contrée limbique entre conscience et oubli de soi. A la différence du premier EP, assez fourre-tout, cet opus nous raconte en effet une histoire voire énonce une prophétie sous forme de roman musical. Véritable concept album, il prédit une apocalypse inévitable qui nous conduira à une forme de renaissance et d’absolu.

 

 

Les premiers titres évoquent ainsi une prise de conscience, un éveil, mais qui induit le « screaming sky », référence certainement à un conflit général (résurgence de la peur atomique ?). La suite introduit quant à elle le concept « d’Oblivion » qui prend tout son sens couplé au titre "Ice age". Cette seconde partie exprime clairement le concept du « monde de l’oubli », des nimbes, de la destruction de la civilisation pour un retour à l’ère glacière. En découle nécessairement la quête de l’autre, le besoin de recommencer, mâtinés du sentiment de solitude et de calvaire dans un monde décomposé au milieu de l’infini ("On the Wing", "Too Late, All Gone", "How Long ?", "Strings and Attractors").

Malgré cet effort humain, les titres suivants annoncent la fin programmée de l’espèce mais aussi sa renaissance ("We Fade Away", "Recursive Self-improvement" et "The Loop Closes"). Notamment par la scansion du slogan « the beginning is the end, keeps coming round again » laissant présupposé qu’il faut mourir pour renaître et peut être sous une autre forme (Homme amélioré ?). Ce tableau cauchemardesque débouche alors comme annoncé sur une issue positive puisque l’Homme se réapproprie sa terre et la notion de sacré (Hallowed Ground).

 

 

Portée par la voix sublime de Mariqueen Maandig et celle de Trent Reznor qui sait rester discret, cette bande son est ainsi à l’image de la pochette de l’album : un monde où l’Homme tel qu’on l’a connu s’efface, s’oublie dans un autre monde numérique qui le conduit à sa perte mais aussi à sa transmutation. La musique de How To Destroy Angels est en ce sens à la fois posée et calme, résolue, mais aussi évanescente, pleine d’espoir. Le groupe sait déborder ingénieusement des structures qu’il s’impose pour donner de la substance et du mouvement à un cadre qui aurait pu être rigide. Véritable reflet virtuel de la vie et du nouveau monde en construction, la musique du combo nous fait traverser plusieurs plans du réel à savoir celui de l’homme, de la planète mais aussi des écrans et au-delà. On est toujours plongé dans un univers aux couches multiples qui répand tant le chaud que le froid, la couleur ou l’obscurité.

Jamais fixe mais aussi éphémère, le monde en mutation que dépeint le groupe et celui qu’il annonce restent toujours partagés entre la matière et l’esprit, dialogue supporté par des titres qui constituent de pures aurores boréales numériques. Quitte à savoir si les prédictions de Monsieur Reznor et de ses acolytes s’avéreront justes ou fausses, gageons que ce premier LP est une authentique œuvre d’art qui ouvre le débat et prête à réfléchir quant à l’avenir. How To Destroy Angels fonde ainsi son particularisme et entretient cette fois une relation de complémentarité avec les visions nihilistes de NIN. Pari réussi


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