HELLFEST – PART 2 (23 au 26 JUIN)

LIVE REPORT : Vendredi 24 JUIN

4 jours 4 reviews. Quel spectacle! Qu’on se le dise qu’il pleuve ou qu’il fasse un insupportable cagnard, rien d’autre que la musique n’a importance lorsqu’on est à Clisson. Ce deuxième jour permet à tout le monde de redevenir normal d’un coup. Certes, la pluie fut de la partie mais bon sang : quelle programmation. Aujourd’hui ce ne sont pas moins de 9 groupes pour plus de 10 heures de musique qui vont vous être chroniqués ici

(report et photos : Emmanuel)

Vendredi 

Pluie et réveil glacial. Demandez le programme. Je ne vais pas mentir, la nuit fut difficile et courte. Il est nécessaire d’avoir un minimum d’organisation lorsqu’on va au Hellfest. J’avais déjà réalisé une liste https://www.lordsofrock.net/hellfest-2017-16-17-18-juin-compte-rendu-trois-jours/ d’équipements il y a quelques années de cela, visible dans le lien ci dessus en fin d’article. Je vous en proposerai une mise à jour dans mon prochain article consacré aux jours 3 et 4 de ce Hellfest Part 2.

Qu’on se le dise : le covid a mis le public dans un état de fureur improbable et l’envie de profiter du Hellfest pour rattraper ces 2 dernières éditions loupées se fait drôlement sentir. Le public est hystérique, il n’y a pas d’autre mot! Certaines personnes ont déjà franchi la ligne rouge ce jeudi soir et sont vaincus par K.O technique si j’en crois mes yeux… 

Bien évidemment, je rate Neige Morte que j’avais pourtant programmé sur ma running order. Bien évidemment, j’ai un mal de chien à décoller avant cette énorme tasse de café préparée avec amour par Jean-Paul et Michèle (un grand merci à vous deux!) pour m’aider à sortir de ma torpeur. Bien évidemment, j’ai mal partout. Bien évidemment, j’en redemande! 

Gaerea 

C’est sous une pluie battante que je rejoins le site et découvre enfin sur scène les lusitanien de Gaerea. Que dire? C’est d’une violence inouïe pour débuter la journée! Le combo joue totalement masqué jusque dans les moindre détails. Sont ils blancs, noirs, hommes, femmes, humains? Impossible à dire. Côté batterie, ça bastonne à fond la caisse. Et de voir là, le fameux groupe qui avait fait un concept de proposer ce clip masqué où tout le monde était filmé en temps réel, sans bouger pendant 50 minutes est une expérience tout-à-fait déconcertante. Car le combo peut se montrer totalement immobile pendant les parties les plus vénères. Les breaks atmosphériques combinés à de puissants soli, le tout emmené par un très gros son, permettent de convaincre l’auditoire encore passablement « HS » suite à une nuit difficile. 

Les portugais ne nous ménagent pas. Que cela soit dit! Et le superbe backdrop dont l’artwork est signé par le très prolifique Eliran Kantor (dont on retrouvera nombre d’oeuvres pendant les 4 jours) annonce la couleur de l’excellent Limbo.  

Le black death technique a fait mouche, c’est le moins que l’on puisse dire. Je n’ose imaginer la chaleur qui règne sous ces masques de tissu épais. Le batteur qui se déchaîne et envoie blast beats et descentes de toms à la vitesse de l’éclair doit littéralement crever de chaud là-dessous. Bravo les artistes. 

Dirty shirt

 Présenté par l’un de ses chanteurs comme « le groupe comptant le plus de musiciens n’ayant jamais joués sur scène au Hellfest » Dirty Shirt ne passe pas inaperçu. Les roumains sont dépareillés comme jamais, des hommes des femmes, des jeunes, de moins jeunes, des grands, des petits, il y a de tout je vous dis!  Et le moins que l’on puisse dire c’est que ça joue carré de chez carré. 

« Put it On » ou encore « Nice Song » font très clairement penser à du SOAD. Le groupe se paye le luxe d’apporter avec lui une section de trois violons!

Quelle ambiance et quelle géniale découverte. Amateurs d’étiquettes passez votre chemin! Ce metal festif limite expérimental (ces gens ont du beaucoup écouter System of A Down et Mike Patton, c’est une évidence!) est absolument extraordinaire. En plus de cela, les arrangements folkloriques combinés aux chants tziganes, le tout mélangé avec une très grosse guitare génère un trip très jouissif. lorsque les bien jolies choristes entonnent «  Hora Lenta » on entend des personnes dans l’assistance qui se déchainent et répondent..en roumain! 

Éclectique comme la Roumanie sait l’être, le combo met une sacré bonne ambiance sans pour autant tomber dans de la folk rigolote ou prise de tête. Essai transformé donc! Les deux chanteurs dans d’improbables tenues : l’un façon rappeur américain, l’autre avec ce “je-ne-sais-quoi” de Patton, cravate, baggy-short” font un boulot formidable et complémentaire. Les choristes très court vêtues sautent dans le pit et ont bien du mal à retrouver la scène… Allez d’urgence jeter une oreille sur cette improbable formation qui a reçu une ovation totale. Quel show!

Skeletal remains 

Amoureux d’Immolation et Morbid Angel vous allez être servis. Une voix d’outre tombe emmenée par un tapis de double grosse caisse, voilà le programme. 

Les (très) imposants américains enchaînent les titres à la vitesse de l’éclair. Les guitares sont travaillées malgré cette ambiance sombre et lourde qui traversent nos tympans. Les salves de batterie jouées à une vitesse supersonique sont de la partie du début à la fin. Pas de doute, le groupe évolue dans le giron d’un death metal old school avec une très grosse attention portée à la précision et l’exécution. Le public s’est réveillé, les nuques craquent tandis que les circle pit se forment jusque’à la console de mixage.

La brutalité du combo est soutenue pas un batteur qui abat un travail titanesque, il faut le dire. Quel cogneur! Il fait bon en ce début d’après midi sous l’Altar malgré le vent et le ciel gris à l’extérieur. Jusqu’ici tout va bien!

Benighted

Le combo de Saint Etienne est très attendu est c’est peu dire! Visiblement très heureux  de retrouver la scène, la bande de Julien Truchan enchaîne les « tubes » entre voix caverneuses et pig scream du plus bel effet. Si « Obscène Repressed » met tout le monde d’accord d’entrée de jeu, ce sont les grimaces psychotiques de Julien ainsi que cette énergie positive qui nous manquaient. Peu de groupes aussi brutaux parviennent malgré la violence de ce qui sort des enceintes, à garder le sourire tout du long.   

Alors qu’arrive « cum with Disgust » je regarde autour de moi et constate que le public mange littéralement dans la main du combo. Les circle pits écrasent les dernières nuques qui tiennent encore dans l’assistance.

Gare aux descente d’organes lorsque surgissent ces monstrueuses infrabasses qui semblent terroriser l’un de mes voisins visiblement sous l’emprise d’une ou plusieurs substances!

Rarement entendu un truc pareil! Quelle violence.

Tous les classiques sont assénés avec rigueur : « Slut » et « Expérience Your Flesh » font monter la pression avant l’assaut final « Let the Blood Spill Between My Broken Teeth » entonné d’un seul homme par un public exsangue. 

En regardant Kevin Paradis (batteur de son état et sosie facial de Charles Manson) je me disais que ça devait faire un bien fou de pouvoir compter sur une pareille machine dans ses rangs!

Un sacré moment passé en compagnie de ces artistes. Chapeau les gars!

Killing joke

En rejoignant la MainStage, une petite pluie vient rafraichir ma peau déjà transpirante. A peine sorti de Benighted, c’est en grande forme que je retrouve monsieur Coleman, chanteur de son état. Son déhanché légendaire donne à cette ouverture « Wardance » toute la contenance « post punk indus » qui est la sienne. 

L’homme a revêtu cette fameuse combinaison noire de bagnards. Les lunettes, noires également, viennent couvrir ses yeux. Cette démarche hallucinée et son déhanché si caractéristique portent à croire que l’homme est en grande forme cet après-midi et n’a visiblement pas oublié de faire un before !

Impossible de ranger cette formation légendaire dans une quelconque case. Disons qu’on navigue entre Depeche Mode et Bahaus avec possiblement, plus ou moins de sonorités douloureuses. « I am the virus » « Love like Blood » ou encore le fameux « Pandemonium » font le boulot. Et lorsque la pluie se fait plus intense, le pas de Coleman se fait plus lourd. Incroyable de charisme. La voix hallucinée sortie de nul part à l’introduction de « The Fall Because » remet les pendules à l’heure. Et c’est en voix éraillée que l’immense Coleman poursuivra l’ensemble de ce set hypnotique. Dur de décrire un concert de Killing joke il faut y être pour comprendre ce qu’il s’y passe. A bon entendeur! 

Kreator

Les allemands sont attendus de pied ferme. Depuis que le combo compte dans ses rangs un certain Fred Leclercq à la basse, c’est un peu comme si les teutons étaient devenus français! 

Là encore, le splendide backdrop signé Kantor fait mouche. Allez voir son travail ici c’est tout bonnement un travail de grande qualité https://www.elirankantor.com/

ce soir Pleasure to Kill, Coma of Souls et Violent Revolution sont mis à l’honneur. La machine allemande est bien huilée et d’une incroyable efficacité. Le groupe atteint sa force de frappe maximale lorsque surgit « Satan is Real ». Aucune faiblesse. La voix si reconnaissable de Petrozza est emmenée par des guitares vigoureuses d’une propreté impressionnante. Petrozza hurle comme un possédé sur « People of the Lie » tandis que le public fasciné entonne la quasi intégralité de la chanson d’un seul homme. Le set se termine par les classiques « Flag of Hate » et « Pleasure to Kill ». Quel cogneur que se Ventor! Je regrette cependant de ne pas avoir entendu « Extreme Agression » et « Terrible Certainly ». Leclercq parvient presque a faire le spectacle à lui tout seul au point qu’on s’aperçoit le bel accueil que le français a reçu chez les allemands. Le public entonne un joyeux anniversaire, le bougre a fêté ses 44 ans la veille (le 23). Quel bel anniversaire : Kreator, la Mainstage, un parterre full. Qui y a t-il de plus précieux? 

Ministry

Les choses se corsent très sérieusement tant sur le plan de la météo que celui de la programmation (aujourd’hui la scène indu est mise à l’honneur avec rien moins que Killing Joke, Ministry et Nine Inch Nails, tout cela en MainStage, excusez du peu!)  Je le sais déjà ça va envoyer sévère. Alors que je suis déjà presque devant la scène, j’aperçois une équipe en très grande forme, tout le monde torse nu alors que la pluie arrose copieusement l’assistance.

Al Jasouren est petit de taille mais quel charisme! Qu’on se le dise : la pluie battante n’aura pas le dessus même si le public est déjà trempé jusqu’au slip! Quelle entrée en matière! Le drapeau de l’Ukraine assiégée flotte sur les écrans tandis que l’hymne national Ukrainien résonne dans les enceintes, le groupe a déjà entamé les hostilités avec le cultissime « Breathe » du non moins cultissime The Mind Is A Terrible Thing To Taste. Initialement écrite en l’honneur d’un ami héroïnomane tout bonnement en train de s’étouffer, ce titre est bien symbolique en cette période troublée. De l’air il en faut pour supporter ce monde de fou dans lequel nous vivons. L’ambiance industrielle drainée par le combo colle parfaitement à la situation géopolitique. Entre terreur sonore et froideur des machines, le texte se suffirait pourtant presque à lui-même : « Children gasping the second-hand air, Dance of desperation, We cut through toxic lies with truth ». Tout est dit. 

Dans le pit Ça bouge, ça gigote, c‘est totalement infernal. J’adore. Quelques énergumènes se roulent  littéralement par terre avec les yeux leur sortant du crâne tandis que devant moi le spectacle de l’équipe de Chicago fait monter la pression d’un cran alors que surgit « Stigmata » et son riff exterminateur. Les choses ne s’arrangent guère alors qu’Al entonne « Bad Blood » et cette boucle qui tourne encore telle un tambour de machine à laver. Ajoutons à cela cette épaisse pluie qui entraîne les festivaliers dans un tourbillon de pure folie, le spectacle est tout simplement grandiose. Certains enlèvent leur K-Way alors que les écrans balancent des images plus qu’explicites sur ce que l’homme sait faire de mieux : pollution, racisme, esclavage, guerre. 

Al est en grande forme, devenu sobre depuis plusieurs années, il continue de prêcher la bonne parole pour soutenir les combats éthiques qui sont les siens. Pour s’en convaincre il suffit d’écouter « So What » qui prend littéralement l’assistance à la gorge avec son et image. Il n’y a plus de place pour le doute : le public est sous hypnose. 

Alors que retentit « Good trouble » une personne du staff fait signe qu’il est temps de raccrocher les gants. Le temps est déjà bien échu. 13 titres pour ce concert mémorable. Je le mets dans mon top de cette édition. Un moment magique, tout simplement. 

Je prends une petite pause pour manger sainement : sandwich américain a trois steaks, bière, glace!

Le temps d’aller faire un tour au Metal Market sur la Hell City Square toujours aussi bien équipée, je me rends compte que nous sommes bien gâtés en goodies. Les stands sont de qualités. Cds, cassettes, vinyls, tee shirt, fringues pour tout le monde, les grands et les petits, mais aussi de  l’artisanat, du travail du cuir, il y a de tout et il y a du monde! Je fais mes emplettes chez deux petits labels français, les acteurs de l’ombre et Antiq (allez jeter un oeil sur ce qu’ils proposent) Quel plaisir de pouvoir échanger avec les zicos et d’acheter les albums directement à la source plutôt que sur internet, le tout dans la décontraction et la bonne humeur. 

Marduk

Que le temps passe vite. Il est déjà temps pour moi de rejoindre Marduk.

Un concert du combo suédois c’est un peu comme se prendre un train à grande vitesse dans la gueule. Les choses attaquent d’un coup sec. Tout le monde tire la gueule, pas de bonjour, communication zéro. Pas des doute, le combo fait bien du blacks. L’Altar est littéralement pleine à craquer. Les titres s’enchaînent à la vitesse de l’éclair : « Werwolf » ; « Seven Angels »  le glauquissime « Frontschwein » plonge le public dans un état de semi transe. Depuis Victoria l’album a renoué avec les plaisirs du début et a abandonné définitivement les parties plus « musicales » à l’œuvre dans Wormwood. Souvent décrié et dépeint comme le groupe le plus blasphématoire au monde, les suédois qui avait fait mouche en affichant une none avec un crucifix dans le derrière ou encore des disques aux titres provoquant « Panzer Division Marduk » ; « Germania » ont ​​plus que relevé le défi en s’imposant et en redéfinissant le concept d’intensité au fil des années. Le combo n’a jamais perdu en férocité et toujours tenté d’explorer la colère blasphématoire de différentes manières. 

C’est l’occasion ce soir d’apprécier tout le travail de Simon Schilling, véritable machine de guerre qui atomise l’assistance. Ce type enterre littéralement le public sous un mur de blast beat. 

Les classiques sont envoyés « Materialized in Stone » et le monolithique « World Funeral » annonce déjà presque la fin de ce cauchemardesque assault. Les choses se concluent sur « Panzer Division Marduk », les larsènes font gémir les enceintes, tout le monde se casse. Circulez ya rien à voir. Excellent moment. 

Deeds of flesh 

Le cas de DOF est intéressant. Formé en 93 le combo n’a pas exactement eu le succès mérité. On tient pourtant ce soir devant nous une légende du death métal américain. Avec 9 albums au compteur et des tournées avec les poids lourds : Cannibal Corpse, Gorguts, Suffocation, Disgorge, Monstrosity pour ne citer qu’eux les californiens aurait du marquée d’une pierre rouge sont passage. 

La vie en a voulu autrement, entre changement de personnel et mort de l’excellent frontman Erik, le combo avait cessé toute activité depuis 2013 à l’exception d’un album paru en 2020 Nucleus.

Ce soir le combo apparait sous des lumières pourpres et la paire Craig Peters et Ivan Munguia se montre hyper concentrée. 

Les riffs d’outre tombe chargés en tremolo très typiques de la scène death américaine de la fin des 90’s nous replonge dans une autre époque. La longueur des cheveux de Munguia est assez invraisemblable. Du point de vu technique, tout est très bien exécuté et le choix du combo de piocher tant dans le premier album Trading Pieces que dans le récent Nucleus permet de boucler la boucle. 

Enslaved

Attention voilà du TRES lourd. Certainement le meilleur light show de tout ce Hellfest. Je mesure parfaitement mes propos. Le spectacle auquel j’ai assisté ce soir fut grandiose et de très loin.

Enslaved joue à guichet fermé ce soir. La pièce est littéralement blindée. Pourtant, il y avait le choix ce soir et j’ai choisi! 

Le combo formé en 91 a su se renouveler et pondre des chef d’oeuvre avec une décontraction surprenante. Quand on sait que tout a démarré avec un split partagé avec Emperor alors que Bjornson n’avait que 13 ans. Quel chemin parcouru. 

Tout y est. Des lumières feutrées, des spots qui travaillent en coordination avec la musique, des écrans d’une qualité exceptionnelle, des images et des films diffusés tout simplement splendides. Rien n’est laissé au hasard. Le son et l’image, voilà que je résumerais le concert de ce soir. 

Enterré le cliché du nordiste qui fait la tronche.  Souriant, jobard et content d’être là. Le sourire de Bjornson fait plaisir à voir. 

Qu’on soit dans une ambiance atmosphérique avec « Return to Yggdrasil » et ses images hypnotiques d’un marcheur hirsute, perdu dans l’immensité des fjords ou dans « Havenless », véritable incantation épique et mélodique, le combo ne perd jamais son feeling viking majestueux, jamais ridicule, sombre mais accrocheur, ambiant mais sans concession, et toujours raffiné. 

Les norvégiens rivalisent de puissance avec le fameux “Allfoor Odinn”, et ce final pointu et lumineux pousse les spectateurs dans leurs derniers retranchements! Il est presque 2h00 du mat’ . Une chose est sûre ce concert exemplaire en tout point termine une journée extraordinairement dense. Il n’y a pas cinquante mots pour définir ce à quoi je viens d’assister : la classe! 

Quelle chouette soirée! Il est très exactement 2h05 et vous savez quoi? La nuit n’est pas terminée!

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