Hellfest from Home 2021

Voilà près de 15 mois que cette crise sanitaire a donné un putain de coup d’arrêt au monde des arts dans son ensemble. Concrètement : plus de concerts, plus de ciné, plus de musées,  plus d’expo etc. Saugrenues ou sérieuses, il y a (eu) beaucoup de questions sur la suite des évènements. Mais comme le chantait Mercury « The show must go on ». Le Hellfest a donc décidé de vous offrir un évènement spécial pour conjurer le sort de ces deux années difficiles. Et malgré deux annulations consécutives sur les éditions 2020 et 2021, le cap est franchi permettant ainsi de prouver aux mauvaises langues que les concerts ne sont pas morts et enterrés .

Cette programmation 100% virtuelle composée de concerts inédits captés depuis le site du festival avait lieu du 17 au 20 juin 2021.

En plus de cet événement digital, le Hellfest exhumait des tiroirs d’Arte Concert, quelques  15 concerts, le tout agrémenté de conseils food avec 3 binômes passés derrière les fourneaux pour une leçon de cuisine à savoir Fred (La Ferme De La Ruchotte Carole Et Fred), Hervé Coquerel (Loudblast / Black Bomb A), Christian Andreu (Gojira), Nico (Chef du resto VIP au Hellfest), Trinity (Streameuse) et Audrey (Se Faire Food) https://youtu.be/jxH25wcuRLc et aussi  un gros documentaire, sans oublier une masterclass spéciale Loudblast en partenariat avec ESP Guitars https://youtu.be/GidULxsLX2U

Cela n’était pas la seule nouveauté car cette année, le Hellfest From Home, proposait une carte interactive du site du festival où il était possible de se balader à l’aide d’un avatar histoire de se souvenir que ce festoch’ c’est aussi tout un decorum, une ambiance et des goodies avec des stands qu’on retrouve depuis quelques années : Harley, Doc Martens pour ne citer qu’eux. On y retrouve les fameux décors, mais aussi les scènes, bars, espaces restauration mais surtout les ambiances du Hellfest qui font de ce lieu une zone de guerre certains dimanches soirs après minuit !

Concrètement sur les Mainstages, 9 groupes français et internationaux sur une scène spécialement installée sur l’espace des Mainstages : Jinjer, Ensiferum, Crisix, Tagada Jones, No One Is Innocent, Laura Cox, Black Bomb A, Frustration et Shaârghot.

Sur les autres scenes de la Warzone, Temple, Altar et Valley, 12 groupes français filmés depuis différentes zones du festival en mode “live session” de 15 minutes : 7 Weeks, Celeste, Dirty Fonzy, Hangman’s Chair, Horskh, Hrafngrímr, Karras, Loudblast, Pogo Car Crash Control, The Great Old Ones et Worst Doubt. 

Et pour les gourmets le “Kingdom Of Muscadet » a concocté avec l’aide des Rock Farmers de Inspector Cluzo une rencontre avec les vignerons afin de déguster un plat du coin (préparé par les chefs nantais Sarah Mainguy / Vacarme et Matthieu Peroux / Le Manoir de la Régate) puis une balade sur le site du festival avec Philippe Etchebest. Tout un programme.

Tout cela était entièrement gratuit et bien sur dispo en rediffusion!

Pour ce review, j’ai surtout décidé de me concentrer sur les concerts 2021. En fin de review, je livrerai mes impressions sur ce dispositif à proprement parler. 

Jinger 

c’était pour moi le concert à ne pas rater. Après un live à Melbourne de très haut niveau je n’en attendais pas moins des Ukrainiens. La bande de Tatiana Shmailyuk met littéralement le feu et je peux dire que la mayonnaise prend immédiatement notamment grâce aux prises de son mortelles mais aussi à des prises de vues à couper le souffle, un drone survole le festival pour des angles qu’on avait alors pas envisagés jusqu’ici. Le combo déboule sur « On the Top » et enchaîne les patates de forain « Judgement And Punishment », « Retrospection » et les désormais célèbres « Perennial » et « Home Back » et leurs riffs poisseux, agrémentés de la voix schizophrène de Tatiana tantôt hurlée tantôt chantée. La transition entre les deux voix se fait avec une facilité déconcertante d’autant que les parties chantées tant les parties hurlées sont brillamment exécutées. Les guitares et la section rythmique ne sont pas en reste, limite dans la veine Animals as Leaders.

Une sacrée réussite.

J’ai dévoré ce concert et des frissons identiques à ceux ressentis pendant les concerts étaient au rendez vous. 

Crisix 

Soyons honnête, il extrêmement difficile de jouer sans public ou devant un “non public”. Dans le passé quelques énergumènes s’y sont essayés avec brio comme SUP ou encore les polonais de Yattering car le concept de leur musique le leur permettait. Lorsqu’on pratique un trash festif et groovy comme Crisix, l’exercice est très périlleux. Et pourtant? ça fonctionne!

Les espagnols avaient une énergie et un enthousiasme communicatif. Juli Bazooka s’égosille comme un beau diable à…communiquer avec le public! Oui vous avez bien lu! Entre les titres le catalans n’hésite pas à tailler le bout de gras, nous parler du site, du groupe ou nous balancer des anecdotes sur le groupe! Du coup, les « Leech Breeder » « Brutal Gadget » passent comme une lettre à la poste, et quelle bonne idée de balancer plusieurs medley pour le moins atypiques! Beastie Boys, Pantera version trash et le grand final « World Needs Mosh » avec ses relents de S.O.D qui aurait forniqué avec Death Angel. Un très bon moment et là encore, un son à couper le souffle. Je dois dire que les excellentes prises de vues réalisées par l’équipe sur le site donnent envie de rester scotcher en slip sur le canap’ bière à la main (désolé pour ce tableau poétique). Que ca va être dur de rester debout pendant 4 jours sous le cagnard!

Black bomb A 

Voici un autre combo qui relève haut la main le défi du « sans public ». La bande à Poun et Arno va enchaîner les titres à la vitesse de la lumière. tout y passe : « On fire » « Kill yourself » « Down », « Burn » et son riff schizophrénique et cette prise de vue du site vide alors que les colonnes crachent du feu et que les musiciens écarlates, eux, crachent leurs poumons. Hervé Coquerel qui ressemble de plus en plus à un certain Gene Hoglan n’est pas en reste et cogne comme un beau diable comme si ça vie en dépendait. Le moins que l’on puisse dire c’est que, public ou pas, le combos n’est pas en mode avion. C’est toujours très curieux d’entendre le groupe s’adresser à nous qui sommes « dans la cuisine (..) installés avec ce qui faut à boire et à fumer ». Je vous le redis, ne prenons pas l’habitude que la musique viennent à nous confortablement installés devant l’écran, on risquerait d’y prendre goût!

Laura Cox

à ceux qui découvriront cet excellent combo de rock frenchie, si vous aimez AC DC, Nashville Pussy ou Lynyrd Skynyrd vous allez adorer! une voix un peu rocailleuse des grattes bien carrées et une belle section rythmique ou rien ne dépasse. Le rock blue fait mouche et des l’intro on est jeté dans le grand bain avec « Hard blues shot » et ses guitares qui crient d’efficaces soli. Quel dommage de ne pas avoir pu lever mon cul du canapé pour me rendre sur les plaines de Clisson car ce beau moment de rock and roll m’a donné envie de monter le son pour le plus grand bonheur de mes voisins. « Too nice for Rock and roll » « Fire fire » et « Australian way » enfoncent le clou d’un rock plus gras, où le fameux son « orange » et la voix plus en avant donnent au combo une identité à mi chemin d’un rock bluesy mais aussi d’un hard rock plus marqué. Comme le dit Laura « si on m’avait dit un jour que j’aurais joué devant un Hellfest du désert… ». Quelle expérience étonnante et unique. Un beau et bon moment de rock qui nous plonge, au fil du concert, dans un rock épais et intense. 

Shaargot 

à qui n’a jamais vu le cyberpunk indu des français allez y jeter un oeil et une oreille de toute urgence! Si vous aimez Treponem pal ou encore Ramstein, les bonhommes peint en noir qui brillent, et les grosses matraques d’Orange Mécanique, vous allez adorer! Alors disons le direct : jouer ce style en plein air avec de la lumière naturelle sans le public dreadlocké qui va avec et majoritairement porté par une ambiance chaotique, est, en soi, une sacré performance. J’avais vu le combo en salle avec du fluo partout, le tout agrémenté d’un public hystérique et joyeusement ravagé en fin de soirée. Mais pourtant, là, le concept « non public » s’avère un excellent « tricks » pour le style dans lequel officie le groupe. Le côté décharné de la musique est renforcé par cette absence de vie humaine,  sur scène on croirait voir des mannequins de cire échappés de l’asile. « Wake up », « Mad Party » et son angoissante intro, ou encore « into the deep » fonctionnent à merveille sur cette plaine désertique du Hellfest encore bien lumineuse à cette heure. Les faux airs d’Alex d’Orange Mécanique conférés par le chapeau et les mimiques du chanteur renforcent cette ambiance mécanique et psychotique. On voit sur le site du Hellfest, tantôt se balader un individu courir avec un balais à la main, tantôt  des « freaks » qui secouent leur tête comme des zinzins. A d’autres moments on aperçoit des zombis de l’apocalypse en costume trois pièces qui viennent sur scène servir le champagne aux zicos. Assurément l’une des meilleures performances de ce Hellfest from home

No One is Innocent 

Là encore, les français ne ménagent pas leurs efforts malgré l’absence de public. le « Doberman » déboule sans crier gare et les keupons « fusionnistes » sont au taquet. Kemar se fait tour à tour faux calme et déchainé à s’en faire péter les cordes vocales sur « La caste ». Soutenu par toute son équipe, le combo met le feu en enchaînant « silencio » et Shanka qui hurle littéralement dans sa guitare mais aussi le fameux : « la peau » qui fait mouche avec ou sans public, croyez-le bien! et le bien triste « charlie ». Malgré les années il reste toujours aussi difficile de définir le combo qui mélange assez habilement musique à texte, un son fusion et une attitude punk. Une sorte de Noir Dés’ métallique! Gael martèle les futs comme un dératé et là encore, personne ne s’économise. Je lève de nouveau mon verre à ces gens qui ne font pas semblant et nous donne le maximum pour nous derrière le poste. Même le solo n’est pas un remplissage facile! Chapeau! Comme le dit Kemar : « ça fait du bien de revenir aux affaires ». Et vivement que le public s’y remette aussi!

Bilan 

Quelqu’un m’a demandé il y a peu : « pourra t-on revenir à la normale un jour? ». Je pense que la question est mal posée. En fait il va falloir accepter de lever nos fesses et de suer comme des boucs devant des parterres cramés et de s’investir. Je ne vais pas dire le contraire : c’était tellement cool d’être en calfouette devant sa télé à écouter et voir de la musique live. Bien sur, il ne faut pas s’habituer à ça car soutenir les artistes c’est aussi leur rendre l’énergie qu’ils nous donnent sur scène. Pas de quartier! Il va falloir monter au créneau, aller au concerts et soutenir les artistes. Car même si certaines maisons de disques sortent des coffrets vinyls multicouleurs à tour de bras, c’est bel et bien les concerts qui donnent le change et font bouillir la marmite.  

En conclusion très belle réussite pour ce Hellfest From Home 2021. Excellent sur la partie live. La partie interactive avec le petit avatar qui se déplace sur la carte était, en revanche, plutôt dispensable. Pour la partie drink and food j’ai bien aimé les anecdotes  livrées entre les préparations, c’était tellement cool d’entendre la voix de Christian de Gojira. Je crois que je n’avais presque jamais entendu le son de sa celle-ci en presque 20 ans. 

Le Hellfest s’est démené pour offrir un bel évènement totalement gratuit. Un immense merci à eux et à toutes les personnes qui ont rendu cet évènement possible. Il faut désormais renvoyer l’ascenseur et soutenir le festival ainsi que les artistes qui le rendent possible. 

 Au plaisir de retrouver l’équipe de l’autre côté de l’écran cette fois ci. See you in 2022!

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