dimanche , 23 juillet 2017
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Twenty One Pilots

Blurry Face

Label: Fueled by Ramen / Warner

POP - En commençant cette chronique je me suis demandé pour quelle raison j'étais en train de l'écrire. La musique ne se suffit-elle pas à elle-même ? Son pouvoir n'est-il pas assez fort sans qu'on ait besoin d'y ajouter des mots ? À la question « de quoi parle cette chanson ? », Tyler Joseph confesse parfois vouloir répondre : « je l'ai dit dans la chanson »... Il n'empêche que l'envie me prend de donner mon ressenti – bien qu'inutile – quant à « Blurryface ».

Les premiers mots qui me sont venus à l'esprit lorsque j'ai écouté « Fairly Local » pour la première fois il y a quelques semaines étaient : hardcore, religieux, hypnotique. Je comprends maintenant ce qu'a voulu dire Tyler Joseph lorsqu'il affirmait il y a quelques mois qu'on ne soupçonnait pas à quel point leur musique pouvait s'inscrire dans la scène hardcore. Elle a ce côté percutant qui émane non pas d'un effet de guitare dense et provocateur, mais d'une combinaison entre une batterie sèche, une basse nappée d'électro et un chant à forte résonance.

Religieux, légitimé par les effets de choeurs cathédralesques planants sur « Fairly Local ». Mais le mot prend son sens également ailleurs. Car Twenty One Pilots, c'est une introspection complète. Une réflexion sur soi. Une profondeur viscérale qui surpasse cette frénésie rythmique électro entêtante de laquelle on a beaucoup de mal à se défaire. Le sens des mots est important et impacte bien plus qu'une prise de parole à la chaire à vous donner la « Migraine ». Le ton est toujours juste et sincère. Il ne fait pas dans l'excès.

Twenty One Pilots c'est un tourbillon d'émotions qui vous emmène dans des sphères diverses très subitement. La légèreté de « Tear In My Heart » et de « The Judge » avec son ukulele n'ont rien à voir avec la fougue synthétique de « Lane Boy » ou le hip-hop survolté de « Doubt » et ses voix additionnelles empruntées à un Justin Timberlake auto-tuné. La féminité vocale de Tyler s'apparente à celle d'une Liza Minnelli en fin de carrière, et taquine la férocité de sa voix claire pleine. Encore le slam (« Car Radio ») s'applique comme un soin pour calmer la douleur persistante d'un cœur que l'on vient de poignarder avec une lame vive et tranchante. Et quand les cris raclent sa gorge (« Polarize », « Goner »), le rap n'est jamais bien loin.

Lorsqu'on se définit soi-même comme faisant de la « pop schizoïde », on peut considérer qu'il y a matière à s'attarder sur le genre. Mais on ne se perd jamais dans les couloirs psychiatriques de ces différentes personnalités. Chacune est reliée à une même entité, à une même volonté de poser ses tripes sur la table [d’opération] et de se faire charcuter le cerveau pour y comprendre ses dédales intriquées et interminables.

« Blurryface » semble donc suivre la ligne musicale de son prédécesseur VESSEL : le prologue « Heavydirtysoul » introduit une ambiance très hip-hop avec un rap qui s'apparente toujours autant à celui d'Eminem, puis des sonorités électro que l'on associerait aux platines de Linkin Park.

Cependant, sur les morceaux suivants on peut remarquer une légère fracture avec le précédent album, qui était tout de même émotionnellement renversant. « Blurryface » comporte toujours cette profondeur et cette spiritualité dans les textes. Mais musicalement, il perd le dubstep (« Fake You Out ») et se voit greffer un côté bien plus festif (« We Don't Believe What's On TV », « Message Man »), avec notamment les cuivres et un tempo qui vire souvent au reggae (« Ride », « Polarize »). C'est un album dont la théâtralité frôle l'excès (« Not Today ») et ne demande qu'à éclore en live. La nostalgie s'invite sur « Stressed Out » ; « Hometown » ajoute aussi un côté années 80 innovant qui aurait pu être interprété par Hurts – le parallèle avec leur titre « Some Kind of Heaven » est évident. Le piano est toujours très présent – dans quasiment tous les morceaux –, mais surtout sur « Goner » qui n'est pas sans rappeler l'épilogue de « Vessel » : « Truce ».

Bien que très bien produits, les excellents « Heavydirtysoul », « Fairly Local » « The Judge » et « Hometown » ne valent malheureusement pas les brillants « Holding On To You », « Fake You Out », « Guns For Hands » et « Trees ».

Contrairement à ce qu'un journaliste a pu faire croire dans une interview hilarante donnée pour une chaîne américaine, Twenty One Pilots n'est pas composé de vingt-et-un membres, mais bel et bien de deux : Tyler et Josh. Bien qu'aucun des deux ne puisse être remplacé tant ils se donnent à corps et âme dans ce duo, Tyler est bien plus à remarquer car il est à l'origine des compositions. Un individu d'une simplicité et d'une complexité intrigantes. Timide et joueur en interview, son aura sur scène n'est pas à manquer et est ce qui fait d'eux un groupe à voir. Mais les deux garçons n'hésitent pas à se jeter dans une foule extasiée, micro à la main, batterie sous le pied, ce qui leur confère l'une des plus solides cellules de supporters – la « skeleton clique » –, une génération psychologiquement perturbée et stylistiquement décomplexée à laquelle il m'a été donné de faire partie.

En tant que nouvel auditeur on peut se sentir embué par cette énergie démente qui prend beaucoup de place et qui n'a aucun mal à se manifester en live – la moiteur de l'ambiance est palpable dès les premiers échanges. Mais l'enveloppe charnelle de cette musique électrisante cache une sensibilité évidente et assumée, dans des textes qui reflètent un goût pour le vrai, l'authentique. Et c'est ce qu'on aime. C'est pourquoi on ne se lassera jamais d'écouter ces deux garçons ô combien excentriques, mais au talent ô combien éblouissant. Alors en attendant la date parisienne, je le redis :

Hardcore, religieux, hypnotique.

 


5 commentaires

  1. Merci pour ce bel article et votre jolie plume. Voilà quelques semaines que je découvre Twenty One Pilots, et comme vous l'écrivez si bien, j'ai été, moi aussi, hypnotisé, captivée, éblouie et je ne peux plus m'en détacher ! Je ne me lasse pas de les écouter, de les regarder (j'avoue j'ai abusé de leurs lives – merci Youtube !). J'aurais la chance de venir les voir au Bataclan en février, un voyage depuis la pointe bretonne, rien (ou presque) que pour les voir jouer sur scène. C'est ce qu'on appelle un coup de foudre musical. 

    • Oui ! Et il en est de même pour moi, depuis deux ou trois semaines je ne fais que les écouter non-stop, que je sois dehors, dans les transports en commun, ou chez moi. Je vis pour Twenty One Pilots ! Et j'apprends petit à petit à les connaître et à analyser leurs paroles dans leurs diverses chansons, qui me transportent dans leur univers de folie réelle.

      De plus, j'aime beaucoup le fait qu'ils mélangent tout type de musique, sachant que j'aime de tout, mais celles dont je me passionne le plus sont “Polarize” et “Message Man” contrairement à la plupart des gens qui préfèrent les plus connues (“Stressed out” et “Ride”), j'aime le côté festif de “Polarize” qui est assez paradoxal par rapport aux paroles ce qui apporte quelque chose de positif à propos des "problèmes". Tandis que dans “Message Man”, les paroles sont un peu floues et malgré mes recherches je n'ai pas trouvé le message qu'il voulait faire passer, mais le rap est à son plus grand talent, le deuxième couplet où il ne fait que rapper me fait beaucoup penser à Eminem.

  2. Je suis tout à fait d'accord avec toi, les musiques ont l'air joyeuses au premières abords, mais quand on commence à comprendre le sens des paroles, quand on creuse sur tous les mots, toutes les phrases.. (personnelement quand j'ai compris toutes les paroles, je suis restée bouche bée, je me suis pris une claque). De plus, quand tu sais qu'il n'y a qu'un seul homme derrière ces paroles, c'est brillantisime! Tyler et Josh sont vraiment des génies, et qui puis est n'ont pas pris la "grosse tête" comme pratiquement tous les chanteurs. Je les aimes. 

    Très bon article, bonne soirée!

  3. Oui captivants, impressionnants, ils me font juste regretter de ne pas faire de la musique. Ils m'ont tatoué musicalement mon cerveau comme Muse et block party, je suis bloqué depuis 4mois et pas envie d'en sortir. Sinon bel article, en phase

  4. Tout est déjà dit dans vos commentaires, je viens juste aussi témoigner du génie de ce groupe que j'ai découvert il y a tt juste une semaine. Je me passe Blurryface en boucle et découvre chacune des chansons. Quelle énergie et quelle puissance émotionnelle… De plus j'ai depuis peu acheté un kit "enceintes caisson" haut de gamme (que je conseille vivement à ts les amoureux de la musique) qui flattent ce groupe. Pr ceux qui ne connaissent pas aller voir ce kit "Focal XS 2.1". Bref un vrai coup de coeur pour ce groupe… merci à Twenty One Pilots, un pure moment d'évasion…

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