Monday , 21 September 2026

The Gathering au Z7 : le fantôme de Mandylion reprend vie

La soirée du vendredi 22 mai fut un temps suspendu dans la mythique Konzertfabrik « Z7 ». Trente ans après Mandylion, l’album qui a transformé le groupe néerlandais The Gathering en référence absolue du metal atmosphérique des années 90, la formation retrouvait sur scène sa chanteuse mythique Anneke van Giersbergen pour une série de concerts aussi rares qu’attendus.

Dès les premières notes d’« Eléanor », quelque chose d’étrange s’installe dans la salle avec la réactivation d’une mémoire collective et d’une nostalgie bienvenue. La voix cristalline mais profonde d’Anneke n’a rien perdu de cette chaleur capable de traverser les murs de guitares sans jamais forcer.

Le pari de jouer presque intégralement Mandylion aurait pu tourner à l’exercice muséal. Il n’en fut rien. « Fear the Sea », ou « In Motion #1 » sonnaient étonnamment vivants, portés par un son massif mais organique, très loin de certaines productions modernes trop compressées.

Ces morceaux ont étonnamment bien vieilli. Là où beaucoup de groupes gothiques ou doom des années 90 semblent enfermés dans leur époque, The Gathering conserve une modernité émotionnelle rare, passant à des sonorités plus éclectiques menant sur les chantiers battus du rock alternatif et du trip hop. Le groupe n’écrase jamais l’auditeur : il l’absorbe lentement.

Visuellement, le groupe avait choisi une approche sobre mais immersive. À l’arrière de la scène, un écran diffusait des projections kaléidoscopiques, des textures abstraites et des paysages lunaires, prolongeant naturellement l’atmosphère flottante de Mandylion. Pourtant, au Z7, aucune mise en scène spectaculaire n’était réellement nécessaire pour captiver le public : la présence habitée des musiciens, portée par le charisme magnétique d’Anneke van Giersbergen, suffisait largement à remplir l’espace et à installer une atmosphère presque hypnotique. Dans cette salle réputée pour son acoustique directe et sa proximité avec le public, cette alchimie fonctionnait parfaitement.

Le public, mélange de fans historiques, de vieux loubards et autres troubadours habitués du coin ainsi que de spectateurs plus jeunes, semblait conscient d’assister à quelque chose de particulier. Car le groupe l’a répété : cette tournée n’est pas une véritable reformation, mais une série limitée de concerts célébrant l’héritage de Mandylion. Le final sur « Travel » puis « Saturnine » avait presque des allures de fermeture de parenthèse temporelle.

Certaines musiques vieillissent. D’autres deviennent des lieux où l’on retourne. Et pendant une heure quarante au Z7, Mandylion était à nouveau un lieu habitable.

Bien qu’Anneke et The Gathering aient suivi des chemins séparés depuis 2007 (attention à la page Wikipedia en français qui n’est pas totalement à jour), c’est ensemble qu’ils semblent retrouver leur véritable équilibre. Difficile, en ce qui me concerne, d’imaginer l’un sans l’autre.

La tournée débute seulement et les dates se remplissent faisant voyager le groupe à travers toute l’Europe et jusqu’au Brésil ! A ceux qui nous lisent, un bon conseil : ne loupez pas cette tournée !

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