dimanche , 15 septembre 2019
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Green Lung

Woodland Rites

STONER - Entre deux sniffs de coke, Ozzy aurait copieusement forniqué avec des sorcières dans les bois britanniques. Brothers and Sisters, Open your arms And let the Devil In.

15 jours, 3500 kilomètres en moto à travers la France. Un rodéo à l’arrache, sans chichi ni hôtel réservé afin de prendre de la distance… quitter Paris, ses bouchons, la pollution, le quotidien, l’absence de rapport humain et retourner à une vie simple. Malgré les besoins de restreindre l’usage de mon téléphone portable (pas évident de recharger son téléphone portable quand on dort le long de sa moto sous une bâche, le plus en retrait de la civilisation possible). Un coup de blues, tard le soir, un peu usé à force de kilomètres, un peu enfermé dans ma solitude, et mon doigt frôle machinalement l’onglet d’une application d’écoute de musique en ligne. Cinq ou six ans auparavant, j’étais tombé durement dans le stoner, le psyché et surtout ces nouveaux groupes qui faisaient un lien direct avec le heavy metal des premières heures.

Nécessairement, l’application que j’utilise ne cesse de m’orienter et me conseiller de nouveaux groupes et les derniers albums dans des registres plus ou moins proches de ceux qui rythment ma vie citadine. Une pochette d’album avec des dessins quasi-enfantins mais malsains, un titre simple mais très évocateur « Woodland Rites », je suis seul dans les bois au milieu de nulle-part, il fait nuit, j’ai plusieurs boissons alcoolisées dans la sacoche de la meule… que demander de plus avant de lancer le bouzin à fond les balons pour voir ce qu’il a dans le ventre.

Je ne fus pas déçu, loin de là. 8 morceaux, 42 minutes et paf, la tartasse à l’anglaise. Originaires de Grande-Bretagne, les 5 démons de Green Lung (une guitare, une basse, une batterie, un chanteur, un clavier) nous offrent un album fort cohérent et mené habilement. Pas de temps pour les balades, seul le morceau « May Queen » ralentit un peu la mesure pour nous livrer une sombre vision tandis que le reste de l’album n’a de cesse d’avancer dans une surenchère d’histoires et fables sur fond de sorcellerie et mysticisme satanique. « Cliché ! Cliché ! »… Je vous entends déjà. Et bien non, c’est la toute la force de l’album. On y ressent l’influence d’un Black Sabbath d’avant 1972 sans verser dans la copie ou la resucée. La guitare a un grain de l’ancien mais une technicité maîtrisée et moderne sans en faire de trop. On pourrait la rapprocher de celle de Monolord, par exemple, avec des solos typés Zack Wylde. La basse, lourde, sait se faire entendre un peu plus virilement par intermittence pour permettre à l’auditeur de faire un peu de headbang entre deux sacrifices de cannettes de bière. Le clavier complète finement l’ensemble pour apporter un peu de nuances. Et cette voix… cette voix presque nasillarde qui semble scander des incantations avec vigueur…

La prose des anglais est très attrayante, loin des visions nauséabondes à la Slayer, elle nous emmène plutôt dans un parcours initiatique à travers les bois pour y rencontrer les sorcières et le diable. L’influence d’un Black Sabbath d’avant 72, je vous disais. On se régale du début à la fin vous dis-je. Cet album vous donne envie de balancer votre crâne d’avant en arrière et de chanter en cœur sur les refrains. Certains morceaux se voient introduits par un extrait de film de série B voire Z, et les extraits sont bien trouvés.

Deuxième écoute, tout de suite après la première et avant de ne plus avoir de batterie sur mon téléphone. Deuxième claque ! Pas de lassitude et l’envie de m’en remettre une dans le museau. De retour sur la région parisienne peu de temps après et riche d’une bonne dizaine d’écoutes de l’album, la bonne surprise fût de voir que Green Lung se produisait au Cirque Electrique le 12 mai 2019 grâce à l’association Almost Famous (que je vous invite à découvrir au passage). Et bah en concert, ça sonne aussi ! On sent que le chanteur a besoin de se chauffer un peu pour se mettre à l’aise mais une fois lancé il ne lâche rien. Pour une première tournée à l’étranger (je vous rappelle qu’ils viennent d’Angleterre), leur concert parisien a été un très bon début.

Et quand on voit que le merchandising est géré par le chanteur à la fin du set, comment peut-on rester de marbre. Pour ma part je suis reparti avec un LP et un t-shirt en plus d’une discussion intéressante avec le chanteur et le guitariste qui savent se rendre disponibles pour le public. Je vous invite donc à nous rejoindre dans les bois, dénicher cette pépite et rentrer chez vous la mettre plein pot sur votre platine ou dans votre mange-CD.

Pour ceux qui auraient apprécié l’écoute, je vous invite au passage à jeter une oreille sur les albums du groupe Dunbarrow disponibles chez RidingEasy Records.

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