Mardi , 23 septembre 2014
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The Mondrians

The Mondrians

Label: Le Son du Mâquis / Disques Office


Premier album pour le groupe originaire de Monthey, Suisse, The Mondrians. Ils n’ont d’abstraits et de référencés que le nom tant leur musique est aussi efficace qu’abondante de bons plans et de trouvailles improbables. La satisfaction de cette fin d’année.

 

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Un constant teinté d’un heureux soulagement pour débuter : qu’il a fallu attendre cet album ! Car il aurait pu en être autrement, dans les deux extrêmes : à l’anglaise, le groupe aurait pu sortir son premier album dans la foulée de ses premiers faits d’armes d’importance (en 2006-2007) ou, au contraire, aurait pu tragiquement imiter la destinée de groupes morts-nés, comme incompris, ne concrétisant pas leur talent. Amis proches de groupes indispensables comme les Coming Soon ou les Draytones, archifans d’un certain traditionnalisme, entre folk désinvolte, rock de brigands et expérimentations néopsychédéliques, intéressants mais jamais intéressés, défendeurs d’une certaine éthique, qui plus est produts par le sorcier des Strokes Gordon Raphael, The Mondrians avaient tout pour plaire. Ou presque.
A qui repose la faute de cet allumage tardif ? A la nationalité du
groupe ? Ou plutôt à ce penchant louable consistant à paufiner encore
et toujours son propos au risque d’arriver après le gros de la meute
affamée ? Cette donnée chronologique – somme toute superficielle – ne
saurait altérer notre plaisir devant ce 11 titres: sous prétexte d’une
entente médiatique envisageant la mise en veilleuse de la musique rock
- pourtant déjà ressuscitée quasi artificiellement  par celle-ci même
en 2001, saine année strokesienne, il serait désormais mal vu de jouer
de cette musique. De ce fait, The Mondrians s’en fichent eux éperdument. Nous
aussi, d’ailleurs. Ce qu’il faut savoir, c’est que le groupe helvétique
a tout fait à l’envers en prenant sur eux ainsi que sur leur argent
pour enregistrer l’album en compagnie de l’américain en Espagne. Sans label et donc sans filet de sécurité. Le
risque était là, mais honnêtement, qui des suiveurs attentifs du
groupe auraient douté d’eux ?

 

La claque

 

Pour dire la vérité, on avait tout de même craint que le soufflé soit retombé malgré quelques concerts d’importance à l’étranger par-ci par là. Forcément, on était un peu passé à autre chose : la claque provoquée à la sortie de leur album et à son écoute n’en est que plus considérable. 2009, nous y sommes donc. The Mondrians arrivent alors que le gros de la vague est passée et c’est tant mieux pour deux raisons : leur album n’aura qu’une plus grande résonnance dans un paysage musical aux allures d’un champ de ruine de même que l’attente n’en fut que plus grande. Et ce n’est que justice, tant sa richesse y est immédiatement décelable. Malgré un travail de production quelques fois lourdaud, ce 11 titres tient plus que la route. En bref, on se rapproche par moment de la qualité des enregistrements des Coral ou de la flamboyance des Libertines, pour ne citer que leurs contemporains. On retrouve chez le quatuor un travail honorable, au style tout sauf ampoulé, parfois touchant (l’accent frenchie du chanteur Maxime ou le titre final, Christmas On Your Window), mais ils ont aussi le bon goût d’éviter tant le nombrilisme que la simple citation pour aspirer à des hauteurs qu’eux mêmes ont dû se surprendre d’atteindre. Chez ce groupe de Monthey, il y a la gouaille prolo de la fratrie Gallagher sur le morceau d’ouverture “Jesse James (The Gentle Burial Of A Hero)” – le titre le plus efficace, fabuleusement entêtant – qui se percute contre la classe d’un George Harrison ou d’un Brian Wilson, au choix, sur “Llew The Kid”.

 

 

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Tour à tour rageurs puis introspectifs, petites canailles ou parfaits gendres, les membres du quartet étonnent tant sur disque que sur scène, comme pour mieux  astucieusement brouiller les pistes. Qui pouvait, par exemple, s’attendre à de tels finals sur certains morceaux, le rock FM – excusez le gros mot – “Reason To Live”, le pyché folk “Llew The Kid” et surtout le supposé inoffensif “Christmas On Your Window” ? Rarement bien exécuté, le chant en chœur à la Kinks est ici fort appréciable, comme sur la ballade “Fresh Music” ou encore “Jesse James (The Gentle Burial Of A Hero)”, démontrant une fois de plus la cohésion évidente régnant au sein du quatuor. Le chant partagé entre les deux guitaristes Maxime et Alric renforce le propos tant il permet de nuancer l’approche musicale tout en élargissant son spectre. La partie rythmique n’est jamais prise au dépourvu, sans pour autant la jouer facile en assurant, au contraire. Des compétences de jazzman pour le bassiste – Louis – et une écoute assidue du jeu de frappe de Keith Moon pour le batteur – Cédric – ne sont pas restés lettre morte. Pour terminer, on relèvera les belles surprises – sur un album regroupant des morceaux plus ou moins récents – de “The Girl In The Movie”, très rentre-dedans, ou le bluesy “The Acrobat”, très suprenant et assez dément à vrai dire (The Dead Weather ne sont pas loin).
Bien sûr, il a fallu faire des choix dans les morceaux et l’on n’est
pas totalement convaincus de la présence de
certains titres au détriment d’autres écartés. Mais ceci n’est qu’un détail…

 

Qu’on arrête de me dire qu’on ne sait plus écrire de vraies chansons au XXIème Siècle

 

Certes pas parfait, cet album éponyme préfigure toutefois un avenir doré pour autant qu’on donne au groupe les moyens de leurs ambitions. Il faudrait être pressé ou malpoli pour ne pas voir en eux, n’ayons pas peur des mots, un des fleurons du rock de cette fin de décennie. Ce 11 titres est un précis de leurs 5 dernières années, parfois dans des caves vides, parfois face à une foule hystérique, mais jamais à court d’inspiration. Leur raison de vivre, tout simplement, avec humilité et sincérité. Et des putains de morceaux, surtout. Alors, qu’on arrête de me dire qu’on ne sait plus écrire de vraies chansons au XXIème Siècle. Subsiste une question : à quand la suite chers messieurs ?

 

LIRE EGALEMENT:

Review du concert des Mondrians au Romandie de Lausanne en mai 2009

Interview des Mondrians en mars 2008

Site officlel du groupe

 

 

Crédits photos © Sophie Brasey


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