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Archive

Controlling Crowds

Warner


Le mois dernier, les gentils « poppy boys » de Keane expliquaient à la presse rock anglaise qu’ils se considéraient comme les Pink Floyd des années 2000. Erreur jeune gens, vous êtes plutôt les Elton John du nouveau millénaire. Et puis de toute évidence, si l’on devait désigner un groupe comme étant le rejeton actuel le plus légitime de Pink Floyd (du moins du Pink Floyd des années DARK SIDE OF THE MOON / WISH YOU WERE HERE / ANIMALS / THE WALL), ce titre ne pourrait revenir qu’à Archive.

Archive, c’est deux petits génies de la musique électronique, Darius Keeler et Danny Griffiths, entourés depuis leurs débuts de divers chanteurs/chanteuses/rappeurs, et qui ont surgi au milieu des années 90 en pleine folie trip hop (des rythmiques hip hop ou reggae jouées très lentement, de grosses nappes de synthé planantes, et par-dessus des voix chantées ou rappées). Depuis l’excellent album YOU ALL LOOK THE SAME TO ME (et son super single spatial, “Again”) en 2002, Archive s’est en grande partie éloigné du trip hop, pour se rapprocher donc du progressive rock cher au Pink Floyd du milieu des années 70.

CONTROLLING CROWDS, qui vient de sortir, est le sixième album d’Archive et reprend exactement les mêmes ingrédients que ses prédécesseurs. On attaque ainsi direct avec le morceau-titre du CD qui dure plus de dix minutes. Ca commence par une longue intro au synthé ; la rythmique, sautillante, se met en place et la voix finit par arriver. Pour qui connaît le groupe, on est là en terrain parfaitement connu, mais c’est justement cela qui est bon ici. Archive, depuis des années maintenant, a pris le parti de jouer du rock avec des instruments quasi exclusivement électroniques, et sur ce morceau d’ouverture, l’objectif est atteint.

Débarque alors le single “Bullets” qui débute en une petite rengaine assez minimale mais qui à mi-parcours se met à s’énerver et à exploser dans tous les sens. Là aussi, on est dans un schéma très classique chez Archive, mais pourquoi bouder son plaisir quand c’est bon comme ça ! Les choses ralentissent grandement avec “Words On Signs” qui démarre quasiment comme un inédit de THE WALL (même la voix du chanteur rappelle celle de Roger Waters).

L’album continue sur le même rythme jusqu’à la fin (avec juste une ou deux petites baisses de régime) entre nouveaux morceaux qui s’énervent (“Dangervisit”), mid-tempos planants (“Quiet Time”), ou trip-hop, encore, par petites touches subsistantes (“Bastardised Ink”, “Whore”). Comme d’habitude, la sonorité est très, très travaillée, très léchée, il y a des petits sons partout dans la stéréo. Mais comme toujours dans les albums à vocation planante, ce que l’amateur cherche avant tout, ce sont les grands moments où le groupe (ou bien l’artiste) lâche totalement les chevaux et où un morceau décolle directement dans la stratosphère. Ceci arrive deux fois sur CONTROLLING CROWDS, d’abord avec “Collapse / Collide” qui démarre avec un piano brumeux comme dans du Massive Attack période PROTECTION et qui part dans une partie instrumentale sublime réhaussée d’une voix féminine aérienne, ensuite avec “Kings Of Speed” qui se conclut en un somptueux final lui aussi instrumental.

Au final, voici un album qui ne changera sûrement pas la face du rock. Tous ceux qui sont allergiques à la musique planante, aux instruments électroniques, aux morceaux de dix minutes passeront leur tour comme d’habitude, mais pour ceux qui aiment le rock spatial en général et Archive en particulier, CONTROLLING CROWDS est un bon cru, assurément.


Un commentaire

  1. Merci pour cette critique fort bien écrite. Nous sommes en 2017 et c'est seulement cette année que je découvre ce groupe et ce merveilleux album o_O

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