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KAMELOT

The Shadow Theory

Napalm Records

METAL - Douzième album studio pour les américains de Kamelot. Malgré un concept intéressant derrière l'album sorti l'année dernière, difficile de se renouveler totalement.

On ne compte plus les albums concepts de Kamelot. Voici le plus récent : THE SHADOW THEORY. Le groupe s’immisce cette fois-ci dans les méandres de notre esprit avec la théorie de l'ombre, basée sur les travaux du psychiatre suisse Carl Gustav Jung. L'ombre représenterait notre double maléfique dissimulé dans notre inconscient. C'est l'idée que plus nous ignorons cette part sombre en nous, plus celle-ci prend toute sa place. Le tout est donc de la révéler au grand jour.

Kamelot introduit un univers futuriste dans le premier vidéo-clip de l’album, "Phantom Divine (Shadow Empire)", avec la participation de Lauren Hart (Once Human) et du nouveau batteur Johan Nunez (Firewind). Un monde dystopique assaisonné d'électronique déjà présent sur le précédent album avec des titres comme "Insomnia" et "Liar Liar". Cette thématique s'accompagne d'une interrogation sur l'avenir de l'humanité, sur l'héritage laissé aux prochaines générations, représentées sur "Burns To Embrace" par un choeur d'enfants.

À son habitude, l'album commence par une pièce orchestrale. Mais "The Mission" peine à détrôner les introductions inspirées de précédents albums tels que « Ghost Opera » ou encore « Silverthorn ». C'est "Phantom Divine" qui donne la couleur à l'album avec une entrée typiquement Kamelot : que serait le groupe sans son rythme percussif dense ? L'atmosphère du couplet rappelle vaguement "The Great Pandemonium", et celle du refrain se situe quelque part entre "Veil Of Elysium" et "My Therapy". Il faut attendre le pont pour entendre la voix claire de Lauren Hart, accompagnée de screams à l'arrière-plan qui n'ont pas le même effet que ceux d'Alissa White-Gluz. Etant pleinement prise par son leadership chez Arch Enemy, cette dernière n'a malheureusement pas pu prêter sa voix.

De nombreux titres font inévitablement écho à de plus anciens. On retrouve "Ghost Opera" ou "Mourning Star" sur "RavenLight", première piste dévoilée de l'album. Le thème de "Kevlar Skin" s'apparente à celui de "Farewell", les choeurs de "Stories Unheard" à ceux de "Under Grey Skies". À l'inverse, "Amnesiac" ne ressemble en rien à du Kamelot. Le thème assuré et le dynamisme sur le refrain en font le morceau le plus abouti de l'album. "MindFall Remedy" suit la même inspiration. Si ces deux morceaux sont plutôt réussis, d'autres sont difficiles à appréhender : que dire du thème celtique de "Burns To Embrace" étrangement greffé sur un fond orchestral truffé d'effets ? Un hybride qui ne fait pas sens : le rendu aurait été plus épique sans ces effets-là. Et comment ne pas se perdre dans la construction alambiquée et les altérations perturbantes de "The Proud And The Broken" ? Peut-être le morceau exprime-t-il simplement la complexité de l'esprit humain.

Voir Charlotte Wessels (Delain) remplacée par Jennifer Haben (Beyond The Black) sur la ballade "In Twilight Hours" est la bonne surprise de l'album. Une complainte de l'inaction divine, un thème qui n'est pas nouveau chez Kamelot – souvenez-vous de la confession "Abandoned" sur THE BLACK HALO. En réaction à cet abandon, l'humain se détourne du pouvoir divin. Il ne s'agit pas d'un titre exceptionnel, mais les deux voix fonctionnent bien ensemble. Dans le même esprit, "MindFall Remedy" se tourne clairement vers l'Homme.

Si l'album présente des atouts, comme l'exécution d'au moins un solo de guitare sur chaque morceau, Kamelot gagnerait à changer de producteur. L’envie de progressisme est nettement palpable, mais la réalisation est plutôt médiocre : sur "Static", le son midi du violon et l'électro font perdre tout son charme à un morceau qui aurait pu être plus émotionnel. L'influence power metal de Sascha Paeth se manifeste clairement sur "Vespertine (My Crimson Bride)" : imaginez la voix de Tobias Sammet sur ce titre et vous voilà chez Avantasia ! Un hymne qui emporte de par ses choeurs sur le refrain, mais qui ne correspond pas à l'âme de Kamelot.

L'album se termine avec "The Proud And The Broken", à prendre plus comme une ambiance qu'une chanson d'après Thomas Youngblood. On y retrouve la densité des growls de Sascha Paeth et la douceur de la partie centrale piano-violoncelle. La reprise extrême a des allures de "Revolution", alors que la performance époustouflante d'Alissa White-Gluz marque encore nos esprits. Enfin, si vous réussissez à faire abstraction de l'irréalisme de l'orchestre et du quasi-plagiat de l'air de "Requiem For A Dream", utilisez l'ennui qu'offre "Ministrium (Shadow Key)" pour réfléchir à ce nouveau concept qui invite à découvrir la vérité qui se cache derrière le voile "The Shadow Wall"… Pour un groupe qui se qualifie de « symphonique », combien d'années de carrière leur faut-il encore pour investir dans un véritable orchestre ?!

Kamelot assume pleinement la tournure progressiste que prend sa musique, au détriment du symphonique, sans pour autant s'en écarter complètement. Avec plus de 20 ans de carrière et 12 albums studio, difficile de créer sans se répéter. Cela dit, Kamelot reste un groupe à succès et séduira encore cette année.


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