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YACHT

En interview

Interview réalisée dans le cadre du Montreux Jazz Festival 2010


INTERVIEW De Portland, le projet de vie fondé et dirigé par Jona Bechtolt connu au bataillon sous l’étrange nom de YACHT se produisait en exclusivité suisse au récent Montreux Jazz Festival, en ouverture des nouveaux rois de la pop Phoenix. Pas de quoi désarçonner Jona agréablement accompagné de sa collègue musicale, Clare. Peu avant leur concert, nous les avons rencontrés.

L’esprit et le corps

Lords of
Rock : J’ai cru comprendre en lisant votre site web que votre nom revêtait
une grande importance pour vous et d’autant plus la façon de l’écrire (i.e. en
majuscules, à la manière d’un acronyme)…

Clare :
Et bien, YACHT est un acronyme. Cela signifie « Young Americans Challenging High Technology ».
Cela fait longtemps que ce nom est là, nous sommes donc coincés avec
cela. Donc, nous préférons qu’il soit écrit comme un acronyme et donc en
majuscules. Nous ne voulons pas être associés au « yacht », le
bateau. Ca fait très kitsch. En plus, ça fait aussi référence à un certain
standard de vie, à la luxure, chose dont on est très détachés venant d’un
milieu punk. Nous faisons donc ce que nous pouvons pour garder ce nom tel qu’il
est.

Jona : Cet acronyme vient en fait du nom de l’immeuble
d’un programme que j’ai suivi. Celui-ci continuait l’éducation de jeunes
adultes à Portland en Oregon. Il m’est très important d’y faire référence et de
le garder dans nos cœurs et mémoires.

Clare : En même temps, le nom change de forme lorsque
nous voyageons. En Allemagne, ils ne disent pas pareil par exemple. Nous
commençons à accepter ces mésinterprétations. Au final, l’important est qu’on
parle de nous.

Lords of Rock : Je n’arrive vraiment pas à décrire votre
musique, ce qui est rare ! Il y a tellement d’influences diverses. Que
diriez-vous pour les personnes ne connaissant pas du tout ?

Jona : Pour la décrire en quelques mots, je
dirais : doux psychédélisme, pop dansante, ère grunge pré-2000, pour
l’esprit et le corps.

Lords of Rock : Justement, un critique a écrit de votre
musique : « c’est uniquement de la musique pour danser ». Vous
répondriez quoi ?

 Clare : J’imagine qu’il y a plusieurs façons
d’interpréter et d’utiliser notre musique. Pour nous, lorsque l’on crée quelque
chose et qu’on le laisse à disposition des gens, le droit de leur dire comment
le ressentir disparaît. Ca appartient à tous de manière égale et fait partie de
l’ « usine culturelle » mondiale en quelque sorte. Si les gens
veulent s’en servir exclusivement pour son côté « physique », nous
les y encourageons. Et s’ils veulent entrer très profondément dans cette
musique, mentalement, c’est très bien aussi. Nous sommes heureux que les gens y
trouvent différents aspects.

 Jona : Oui, nous avons passé beaucoup de temps à
trouver ces aspects multiples. Que les gens puissent profiter de notre musique
ou la « culture » de notre groupe. Peu importe comment on veut s’en
servir, nous trouverons cela génial.

Lords of Rock : Quel genre de drogue aviez-vous pris
lors de la composition du morceau “It’s Boring (You can Live Anywhere)” ? (Rires)

 Clare : (Rires) Je crois que nous l’avons faite sans
drogues celle-là.

Jona : Non, je crois qu’il y en avait un peu. Enfin
plutôt un sel qu’une drogue : du lithium. Il se trouvait dans l’eau
potable de la ville où nous vivions.

Clare : Je dirais que c’est un minérale…

Jona : Hmm… Je crois que c’est… Non, disons lithium.

Lords of Rock : Avez-vous un titre favori sur cet album SEE MISTERY LIGHTS ?

 Jona : Pour nous, les morceaux interagissent et
fonctionnent comme un tout, une unité. Chaque morceau commence par une sorte de
mantra récité. Le tout sert à communiquer un message. Aussi, je n’aime pas trop
les séparer et en choisir un spécifique.

Lords of Rock : En gros, c’est un « album »
pour toi, au sens propre.

 Jona : Oui, comme un bébé. Plusieurs enfants en fait et
je ne peux pas choisir de préféré.

 Clare : Pareil !

Lords of Rock : Quels sont vos rôles respectifs dans ce
duo ?

 Jona : En réalité, nous sommes quatre maintenant. Je
joue de la guitare et du clavier. Je chante et je fais quelque chose qui
s’apparenterait à de la danse mais j’appelle cela du «mouvement réactif ».
(Rires)

 Clare : Je chante aussi. Un peu de « mouvement
réactif », de l’interaction avec le public et du contrôle vidéo. Nous
avons aussi un batteur et un bassiste aujourd’hui. Finalement, nos rôles
changent souvent, surtout dans le processus créatif. On pourrait dire que l’on
partage le management de l’idée plutôt que des rôles respectifs.

Lords of Rock : Qui écrit les paroles ?

Jona : Les deux.

 Clare : Oui !

Lords of Rock : Les thèmes sont souvent très
métaphysiques. On le voit dans le titre de l’album (
SEE MISTERY LIGHTS) ou dans les titres de vos chansons, par exemple “Afterlife”. D’où cela vous vient-il ?

 Clare : Comme Jona l’a dit tout à l’heure, plusieurs
morceaux commencent pas un mantra. Lorsque nous avons écrit et composé cet
album, nous vivions dans une petite ville isolée au Texas. Ce qu’il y a de
spécifique là-bas et que cette ville héberge un phénomène optique. Cela arrive
toutes les nuits dans le désert. Cela ressemble a des étoiles tombant du ciel
et dansant par terre ensuite. C’est magnifique mais très métaphysique aussi.
Alors que nous vivions là-bas, cela a éveillé un intérêt en nous qui existait
déjà pour le rituel, la spiritualité, le mystique, le culte… Ce genre d’idées.
Nous avons donc commencé avec ces mantras, ces textes répétitifs, et ils sont
devenus des chansons pop. Selon nous, c’est le meilleur moyen d’accompagner ces
textes car la musique pop est écoutée de façon répétitive, la musique entre
dans votre esprit en quelque sorte. Comme le feraient des mantras pour une
personne spirituelle. Nous sommes très intéressés par l’interaction entre le
contenu d’une chanson, traitant de la mort, de la philosophie, avec la
structure qui est très lumineuse, orientée dance music. Je trouve cela très
subversif et j’espère que cela affecte les gens. Nous n’en avons pas encore vu
les effets…

 Jona : Le résultat est en tout cas que nous sommes ici
aujourd’hui, en train de te parler…

Lords of Rock : J’ai pu lire que toi Jona, tu étais la
lumière et Clare l’obscurité. Pourquoi ?

 Clare : (Rires) Et bien, quelqu’un doit être
l’obscurité et le noir me va mieux qu’à lui.

 Jona : (Rires)

Lords of Rock : Vous avez travaillé avec James Murphy,
de LCD Soundsystem (ndlr. Pour la production). Comment s’est passé cette
collaboration ?

 Jona : Vraiment incroyable. Nous nous sommes fixés un
objectif dans nos vies et c’est celui de ne travailler qu’avec des gens qui
soient aussi nos amis. Le fait de pouvoir faire un album avec James et DFA (le
label) était un plaisir et un honneur immense. Le prochain sera aussi chez DFA.
J’en suis déjà très excité.

Du visuel sur le moniteur

Lords of Rock : Déjà un prochain album ?

 Clare : Oui, il arrive. Mais nous en sommes tout au
début du processus. Nous allons d’abord prendre un peu de temps pour nous. Et
dans les prochains mois, nous commencerons à y travailler plus sérieusement.
Nous avons décidé cela mais le projet lui-même ne nous a pas encore trouvé.

Lords of Rock : Qu’est-ce que ce “Disco Worship” que l’on peut télécharger gratuitement sur votre site
internet ?

 Jona : C’est Clare qui en est à l’origine ! C’est
génial, j’adore.

 Clare : C’est une mixtape. A l’origine, c’est sorti sur
une cassette. De nouveau, comme je le disais tout à l’heure, c’est cette idée
d’avoir deux concepts opposés pour exprimer quelque chose. Comme de la pop
musique pour parler de mort…Là, c’est une collection de chansons dance, un peu
sexy, disco traitant de spiritualité. Il y a des chansons disco à propos de
Krishna, de Jésus, de toutes sortes de pratiques spirituelles. Pour moi, c’est
une dualité très intéressante.

Lords of Rock : Mais c’est donc ton projet et non celui
de YACHT ?

 Clare : C’est moi qui l’ai fait mais c’est YACHT. Tout
ce que nous faisons est du YACHT. Même lorsque l’un ou l’autre produit quelque
chose de spécifique.

Lords of Rock : Finalement, vos concerts ont la réputation
d’être totalement fous. Que peut espérer voir le public du Montreux Jazz ?

 Jona : De la physicalité,
d’une personne, à deux, à quatre, puis à plus. Un esprit à expérimenter sur
scène, avec nous. On peut s’attendre à ce que l’on envahisse la sphère
personnelle de tout un chacun. Des mains seront levées. (Rires). Ce ne sera pas
forcément très confortable…

 Clare : Il y aura une sorte de conversation. Une
conversation inclusive.

 Jona : Du visuel sur le moniteur.

 Clare : Un peu d’aliénation peut-être.

 Jona : Des instruments acoustiques et électroniques. Un
ordinateur.

 Clare : Des lumières ! Plein de choses en fait.
Mais nous ne pouvons vraiment promettre quoi que ce soit avant que cela
n’arrive. Ce sera intéressant au moins. Nous l’espérons…

 Jona : Cela pourrait être intéressant.

 Clare : Potentiellement ! (Rires)


YACHT - Psychic City (Voodoo City) from Jona Bechtolt on Vimeo.

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