Wolf People

Sorti tout droit d’un conte de fée dont il tire son nom (Little Jacko and the Wolf People) le groupe ouvre la danse somptueusement : mâtiné de solos de basse et de guitares envoûtants qui s’entrecroisent au rythme d’une batterie légère et captivante, "Empty Vessels", premier titre de l’album, nous emporte littéralement dans des contrées oniriques. La voix, suave et douce supporte l’effort et nous hypnotise par son phrasé à la fois 70’s mais aussi… médiéval ! A l’instar de Jethro Tull, marquant pour le groupe, Wolf People intègre à son rock psychédélique un registre vocal très particulier : à la fois limpide, psyché et contemporain mais aussi digne de la chanson de gestes ou encore du chant grégorien par son « flow ».

La recette est efficace voire brillante ce qui s’affirme encore plus avec les titres suivants : "All Returns", "When The Fire Is Dead In The Grate" et "Athol". D’un rock psychédélique, technique, mais aussi très émotionnel et tinté de chant celtique, on passe à un niveau supérieur de composition. Le combo sait se faire cette fois beaucoup plus heavy et moins propre en imbriquant dans une structure digne du rondeau son rock psyché en alternance à des passages stoner incroyablement groovy. Le métissage est détonnant : entre ces sonorités rock et une structure musicale digne des plus grands troubadours, Wolf People crée une musique intemporelle, quasi mystique, en repliant le temps sur lui-même.

Deux modes musicaux séparés par huit cents ans d’histoire s’entremêlent avec un naturel époustouflant. Le résultat, inattendu, est une pure réussite. Ces trois titres s’enchaînent sans qu’on le remarque, captivé que nous sommes par cet univers au combien génialissime. La batterie maintient le groove général en alternant les syncopes et les parties droites mais toujours discrètement. La basse, ronde et chaude en général, parfois lourde et granuleuse, se mélange avec naturel aux solos épiques des guitares pour nous envoler littéralement ou à l’inverse nous ramener sur terre pour mieux danser quand le riff devient plus heavy. Le chant, tantôt proche de la folk progressive, tantôt digne d’un moine grégorien ou d’un ménestrel, soude l’ensemble d’une cohérence extrême.

Les autres titres, sans les nommer, sont de qualité identique sans jamais tomber dans la redite. Par sa configuration musicale, Wolf People peut s’offrir une vaste palette de combinaisons auxquels s’ajoutent selon l’humeur des chœurs ou des instruments proche de la cithare ou du lute. Chacun des titres qui suivent, comme les premiers, nous invite à lâcher prise pour le meilleur en entrant dans un univers à la fois proche de la nature et des grandes épopées sans jamais référer clairement à aucun mythe. C’est que l’univers de Wolf People n’a rien d’héroïque : la magie opère d’elle-même au son des guitares et du chant. Pas d’artifices ou de réminiscences grotesques de l’heroic-fantasy. Wolf People est bien au-delà puisqu’il tire son talent de l’étude styliste des genres qu’il pratique.

On l’aura donc compris, après avoir beaucoup travaillé, Wolf People réussit une incroyable prouesse en incorporant à sa musique et ses influences des éléments inattendus qui se marient extrêmement bien à un registre stoner/rock psyché. Le pari était osé, mais on ne peut le nier, gagné avec brio. Là où des groupes de stoner ou de rock psyché ne font que prolonger le genre et ou d’autres sont tombés dans la farce en s’inspirant de musique médiévale, Wolf People a su voir des correspondances musicales entre ces styles que personne n’aurait jamais osé envisager. Au final, FAIN est un album magistral qui s’il peut déconcerter à la première écoute, ne peut être objectivement envisagé que comme une prouesse musicale rare. À se procurer très vite donc.

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