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Thee Oh Sees

Live au Romandie

REVIEW Samedi soir, c’était une première fois partagée… Qu’est-ce qu’on l’a attendue cette première fois, beaucoup de nervosité, on a peur de trop se réjouir, que la performance soit trop courte, on craint d’être dégoûtée et de ne plus jamais vouloir refaire ça, que ça ne soit pas à la hauteur de tes attentes. On s’était loupé il y a un an, on avait rendez-vous aux Nuits Sonores de Lyon. J’ai posé un lapin. Oui, samedi soir au Romandie, c’était ma première fois avec Thee Oh Sees, et c’était leur premier concert en Suisse.

 

Pourtant, cela fait bien plus de dix ans qu’on peut entendre ce rock noisy mélodiquement sophistiqué, que ces quatre gueules plus atypiques les unes que les autres accordent leurs atouts respectifs pour un show qu’on promet jouissif partout sur la Toile. Thee Oh Sees, c’est d’abord une figure de proue, un minois de tapagé-ravagé, du nom de John Dwyer : le projet commence avec lui, un élan en solo en parallèle de ses différents groupes (Pink and Brown, Landed, Coachwhips,…). Une vie d’hyperactif, une vie de vilain sagouin aussi, ayant fait ses armes dans le commerce de la drogue, mais ses expériences musicales et son talent mélodique l’emportent et Thee Oh Sees se pare de nouveaux bras, de nombreux albums et EPs au fil des années. Mais le groupe n’a jamais vraiment eu le haut de l’affiche, restant assez discret sur le marché musical ; maintenant que les Kills ont déçu, on cherche ailleurs, et Thee Oh Sees pourrait bien être le remontant dont on a besoin. A peine deux semaines après la sortie de leur dernière galette, CASTLEMANIA, les Romands peuvent enfin se délecter de cette montagne de titres sur scène ; avec pareil stock, on ne s’étonne pas que le concert dépasse l’heure.

 

 

"lorgnant du côté de Led Zep avec une touche psyché"

 

Mais commençons par le début. The Entrance Band de Chicago ouvre les préliminaires mais on espère bien vite le plat de résistance. Le trio déballe des solos de guitare insistants lorgnant du côté de Led Zep avec une touche psyché, frisant parfois le mauvais goût, un jeu de basse trop inspiré à gauche à droite mais joliement mis en relief par la batterie. Le peu d’originalité de The Entrance Band choque presque, leur nom incitant à une sentence définitive, quoique les titres demeurent récréatifs et entraînants. Mais on aurait eu pareil plaisir à un bal musette. Ils jouent fort, très fort, empêchant la somnolence que leur classicisme inspirerait ; le chorégraphique semble avoir été trop calculé, le frontman Guy Blakeslee sachant pile poil le moment où il grimpe sur son empli et celui où il en descend. Un spectacle qui respire le superficiel, à fleur de peau mais se contentant d’en rester là, sans nous perforer le moins du monde. Choix ou maladresse technique, la voix est inaudible, brouillonne, gâchant l’aquarelle instrumentale. The Entrance Band a cependant eu le mérite de bien chauffer la salle, qui bouillonnait déjà chaleureusement en cognant des coudes et des épaules.

 

 

Thee Oh Sees excitera tout autant la masse, mais l’écoute sera une toute autre paire de manche. Le quatuor se met en place en toute simplicité, sur une ligne, la batterie ayant la même place avancée que le reste du groupe, et c’est un rien chouette de se débarrasser de la hiérarchie scénique classique, d’abord pour redonner à la section rythmique ce qui lui est dû, mais aussi pour donner au son une cohérence plus englobante. John Dwyer tout à gauche se lâche, c’est peu dire, délire sans cesse avec son instrument (à 6 ou 12 cordes selon le morceau), joué tantôt sur le poitrail, tantôt sur les genoux, voir même entre les dents.  Petey Dammit assure la partie basse, mais avec une six-cordes, toujours, et sous ses airs de professeur de math au visage bisounours pullulent les tatouages, contribuant à le mystifier. Mike Shoun, le papa idéal, est raide sur son tabouret, le regard fixe tandis que ses bras entonnent une danse mécanique percutant ses peaux, ses membres semblant indépendants de sa stature rigide. Enfin, Brigid Dawson  en rajoute aux vocales, pianotant parfois sur son synthé tout sourire, mais tapant le plus souvent sur son tchi-tchi ; la seule fille du groupe est sonoriquement en retrait, même sa voix reste noyée sous celle folle du trublion Dwyer, ce qui est bien dommage. Voilà le tableau.

 

 

"l’énergie déballée par Thee Oh Sees fait perdre la tête"

 

Ensuite, ça va vite, très vite, vite et fort, difficile à les suivre tant Thee Oh Sees assure un jeu de scène ahurissant, donnant à ses titres, récents comme plus anciens, une cradeur supplémentaire ainsi qu’une exubérance noisy plus que plaisante, comme si les morceaux avaient forniqué avec ceux des Black Lips, mais avec un semblant de stabilité en plus. Fuzz et échos sont foisons, sans faire de trop grosses infidélités à un rock garage authentique, mais l’aspect plus expérimental du dernier album n’est pas au rendez-vous. Mais ça, c’est un constat après coup, tant l’énergie déballée par Thee Oh Sees fait perdre la tête.

 


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