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The Strokes au Southside Festival

Review du Southside Festival

Southside Festival (Allemagne), 18 juin 2010


REVIEW Les Strokes sont à nouveau sous les feux des projecteurs. Soulagement, joie et félicité, les New-Yorkais n’ont pas encore mis la flèche à droite. Mieux même: on annoncerait un nouvel album pour la fin de l’année 2010. Bluff ? En attendant, le quintette emmené par un Julian Casablancas tout en cuir se réunissait sur scène le temps de quelques dates, notamment à l’Ile de Wight ainsi qu’au Southside en Allemangne. Pour l’occasion, Lords of Rock avait un envoyé tout spécial dans ce festival-ci, en la personne d’un des membres des excellents The Mondrians, sur l’affaire Strokes depuis les touts débuts en 2001. Enquête en Bavière.

Intemporels

Boue, pluie, vent, froid et adolescents venus de la
Bavière entière et facilement nominés aux prochains Spring Break Awards pour
leur prouesse en alcool, telles étaient les étapes à braver pour voir les
Strokes cet été en Europe. Cette tournée, baptisée simplement « The Strokes Summer twenty ten »
selon la page d’accueil du site officiel du groupe, laisse planer le doute sur
la bande new-yorkaise. On parle d’un nouvel album, mais quand on apprend que
pour leur première date (un secret gig
à Londres) aucune nouvelle chanson n’a été jouée, la question fuse :
pourquoi une tournée ? Il fut un temps, quand les cinq garçons foulaient
pour la première fois les scènes européennes en 2002, où la surprise était
règle d’or : c’était “Meet Me In The
Bathroom”
qui ouvrait leur concert parisien à la Mutualité, titre qui
figurera plus tard sur leur deuxième LP. Les fans veulent alors se rassurer.
Peut-être que le concert londonien n’était rien moins qu’un concert
d’échauffement ? Que nenni ! À l’Ile de White débarque sur scène une troupe excitée de jouer un choix de… vieilleries
qui datent finalement d’au minimum quatre ans pour les plus récentes.
Qu’attendre alors de ces deux dates allemandes en 2010 et plus précisément de la première date sur sol européen ?
Est-ce pour rattraper (rembourser) leur passage de 2006 (Julian, bourré,
pourrit le concert et saccage une caméra au passage) ? Est-ce une tournée
d’adieu ? Est-ce pour tester une cohésion en perdition des cinq modèles
dans le vent tous embarqués dans d’autres aventures (extra-)musicales ? Pour le
pognon ? Ou bien est-ce, finalement, une tournée pour ne pas les oublier, pour
ne plus les enterrer malgré l’album
solo du cerveau du groupe ? La tournée de toutes les interrogations donc,
et c’est justement par une question que Julian s’adresse au public.

What is
« Southside ? »
demande le Jules après les
quatre premiers tubes du set, première apostrophe à la fosse qui compte dans
ses rangs essentiellement des fans venus danser et crier sur “Last Nite”. Julian rigole entre les
chansons, il blague, s’acharne à trouver la
joke, mais surtout, comme à son habitude, il a l’air d’être sur scène comme il
est dans son salon : cool, hyper cool. Alors que le groupe a fait son
entrée sur scène sur le beat de “We Will
Rock You
” de Queen (sic !), ils ont enchaîné sans répit, histoire
d’enfoncer le clou et d’affirmer leur premier album comme le socle solide
de la formation. “New York City Cops”, “The Modern
Age”, “Hard To Explain”
éblouissent par leur aisance à être produite autant
dans un club de 500 personnes qu’une gigantesque scène devant pas moins de
60’000 festivaliers. Pour ceux qui n’auraient pas encore été séduits, le groupe
balance “Reptilia” avant que Julian ne
se trompe dans l’annonce du morceau suivant. Éclat de rire à la fin de “What Ever Happened” et cette fois
c’est la bonne : “You Only Live Once“,
première chanson du set où l’on sent le groupe absolument pas concerné. Valensi
loupe ses riffs mais s’en fiche. Fab, nostalgique, regarde le ciel en pensant à
son Brésil lointain. Julian parle plus qu’il ne chante avant de terminer la
chanson avant les autres. « Oh sorry
guys, but I don’t like these lines… you know, the last ones… it means nothing
to me
 » avant de reprendre à capella les textes volontairement oubliés
: « Shut me up, shut me up… and I’ll get
along with you
 ». Le public applaudit. Julian se sent-il loin de cette
chanson et de cette époque sombre avec cette satanée « chambre en
feu » qui ce soir ne présentera ses meubles qu’en quantité limitée (contre
le double pour IS THIS IT). Et pour
le confirmer, c’est avec “Soma” (sans
doute la meilleure performance de la soirée) que le groupe confirme ce qui
semble être une évidence pour tous : IS THIS IT possède les meilleures chansons – même en concert. La surprise de
cette fin de set list est marquée par “Red
Light”
, petite oubliée de l’album FIRST IMPRESSIONS OF EARTH, qui arrive ici comme une petite brise, rappelant
peut-être à toutes les groupies que Mr Casablanca n’est plus à prendre et que
« toutes les filles ne le feront jamais aimer de la manière dont je
t’aime » – tendrement, Julian.

 

 Ne plus les enterrer

Le groupe sort (déjà) de scène après un “Last Nite” sans surprise. Dans le public
certains croient à une blague. Le groupe (évidemment) revient sur scène au son
d’une grosse caisse binaire : boom
boom boom
… Qu’est-ce ? une nouvelle chanson ? Le rêve fut de
courte durée, ce n’est que “Juicebox”.
Les prises de risque du groupe sont rares au vue du choix des titres et de l’absence
de nouveautés ; la transgression, il faut la trouver par soi-même. Lors de
la deuxième partie du refrain de “The
Modern Age”
, Julian élève le ton de sa voix (influence de l’album
solo ?). Quoi qu’il en soit, c’est réussi. Sur “Someday”, Albert Hammond Jr prend goût à l’improvisation et le beat
de batterie sur “I Can’t Win” est revue
– une réussite ! Mais c’est “Under
Control”
qui bénéficie de la plus grande liberté : l’ensemble du
premier couplet-refrain est joué seul par une guitare accompagnant la voix de Julian.
Bien vu. Finalement, ces petites aisances techniques apportent un peu de
fraîcheur aux fans de la première heure, vieux de presque dix ans ce soir-là.
Mais le groupe se rattrape aussi par le show. La voix de Julian tient le coup
et le son est parfait. Le décor est unique pour l’occasion (entendons la mini
tournée estivale). Un écran rectangulaire s’étend sur le fond de la scène et
trois immenses flèches se positionnent de chaque côté de celle-ci, donnant
l’illusion, selon les jeux de lumière, d’une scène en trois dimensions.
Décidément, le groupe semble toujours rester à l’affût de nouveauté (les
Converses remises au goût du jour et de tous les rockeurs en 2001). C’est à se demander s’ils ne seraient alors pas
le premier groupe à jouer sur un décor 3D ? Néanmoins, la tradition a du
bon parfois, et c’est “Take It Or Leave It”
qui clôt le concert, comme il termine le premier disque du groupe. Version
légèrement modifiée aussi, sur la fin, mais qui garde toute sa hargne de
jeunesse – espérons alors qu’ils ne s’en lassent pas (Oasis et son “Rock’N’Roll Star” qui semble plus
obligatoire que jubilatoire). Le groupe s’en va, prêt pour enchaîner le
lendemain dans le nord et quelques jours plus tard en… Suisse pour leur trois
uniques dates européennes. Ensuite ce sera l’Australie et le retour aux
bercails, déjà.

 

 

Besoin de ces dates pour se retrouver

Alors quid de cette tournée ? Prenons la partie
pour le tout et cherchons les réponses dans l’attitude du groupe par ce soir de
juin glacial, perdu quelque part dans le sud de l’Allemagne. Une première certitude :
ce n’est pas Julian qui a peur des tournées. On l’a longtemps cru, puisque les
concerts des Strokes en Europe n’était pas monnaie courante. Quand on voit les
dates affichées par Julian en solo cet été, il semble difficile à penser que ce
garçon n’aime pas voyager. Le mal de mer est pour un de ses acolytes.
Lequel ? Réponse dans cent ans. Ensuite, il y a la raison de cette
tournée. Rattraper le concert foireux d’il y a quatre ans ? Si telle était
la règle d’or pour tout groupe, ceci expliquerait peut-être la reformation des
Libertines pour les concerts de cet été. Un adieu
au public ? Trop tôt pour le savoir. Il s’agit plutôt de confiance. Les
Strokes ont besoin de ces dates pour se retrouver, pour reconquérir celui qui
leur manque le plus, celui qui a écrit l’intégralité des deux premiers albums,
l’essence même de la machine, sans qui rien de tout ça n’aurait existé.
Remercions-le, encore une fois, ce petit « j’m’en foutiste » qui ne
cesse de déconner sur scène : « Just
kidding around !
 » ou « Yeeeep !….
ahah ! I love that song… ok.. what’s next Nick ? Oh, I love that song
too !
 ». Heureux, les autres le sont-ils aussi ? Difficile à
dire pour Nikolai et Fab, tant ils restent concentrés sur leur instrument
respectif (ou dans les nuages). Quant à Nick, il a l’air de redécouvrir ses
solis, de prendre son pied, franchement. Albert, de son côté, esseulé, une
coupe de cheveux rafraîchie et des Wayfarers plaquées au visage, semble avoir
retrouvé un peu de vitalité après quelques passages difficiles (cure). Le
groupe, simplement, a besoin de rejouer ensemble – ce qu’ils n’avaient plus
fait depuis quatre ans. Quatre ans ! c’est beaucoup pour les Strokes,
quand on pense que moins de deux ans se sont écoulés entre le premier album et ROOM ON FIRE. Laissons donc leur du
temps et le droit de se retrouver, sans les bousculer, qu’ils puissent avoir
toutes les cartes en main pour nous pondre leur quatrième album. Un disque qui
aura la délicieuse menace d’être composé exactement dix ans après l’album qui a
révolutionné le rock en 2001 ; cet ovni intemporel qui explique pourquoi
on ne peut critiquer les Strokes de joueur leurs vieilleries.

Photos © James Gillham à l’Ile de Wight




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