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The Horrors – En interview

En interview

PTR (Usine), Genève (CH), lundi 28 novembre 2011

INTERVIEW / LIVE REVIEW - The Horrors deviendra un groupe mythique. Une certitude après leur prestation au PTR de Genève le 28 novembre 2011. Après six ans d’évolution sans tracé, les voici au point de la maturité, pas de celle qui les fera entrer dans les stades mais dans la mémoire culturelle collective, des années durant. Retour sur un lundi mémorable et une rencontre avec Faris Badwan (chanteur) ou celui qui possède l’art de déconcerter les journalistes.

 

Un public comblé. The Horrors, Faris Badwan en tête de liste, ont su charmer une salle éclectique. Pour ceux ayant assisté à leur performance au Romandie en 2009, ou à celle au PTR en 2007, le changement fut radical. Une assurance non feinte, tant technique que personnelle. Alors qu’on avait affaire auparavant à de jeunes adultes incertains, les voici de retour avec une précision et une maturité hors du commun. « Oui j’imagine. La dernière fois que l’on a joué ici (ndlr. au PTR), il y a eu une bataille de nourriture avec le public. (Rires) » C’est un frontman charismatique qui s’est construit sous les feux des projecteurs. Ayant gagné en passant une aisance vocale folle. Les similitudes avec Nick Cave que l’on entendait seulement sur album sont à présent démontrées sur scène.

Leur évolution suggère celle de teenagers devenus adultes. Pourquoi vouloir expliquer leur évolution musicale, ou vestimentaire, autrement ? « C’est exactement ça. On a grandi ensemble en tant que groupe (ndlr. Faris n’avait que 18 ans lors de la formation de The Horrors). On a appris à jouer de nos instruments ensemble. Rhys (Webb) n’avait jamais réellement touché aux claviers avant de rejoindre The Horrors. Joe (Spurgeon) n’avait, quant à lui, pas joué de batterie depuis dix ans ! Et moi je n’avais jamais vraiment chanté. » Un développement naturel, non prémédité. Il serait futile de rappeler le style des trois albums, si souvent rabâchés par la presse. Punk pour STRANGE HOUSE, post-punk pour PRIMARY COLOURS et new-wave pour le jeune dernier, SKYING. « On s’ennuierait si on faisait la même chose tout le temps. On s’intéresse à des choses différentes ce qui fait que notre musique change. Spontanément. » Mais on ne s’attarde pas à cette conversation car Faris Badwan se joint à nous pour souligner que « ce ne serait pas très original ».

Après une collaboration avec Geoff Barrow (ndlr. Portishead) sur PRIMARY COLOURS, les voici maîtres à bord sur SKYING. Pas sans un premier échec : la retraite dans le Devon pour enregistrer. « Nous pensions rester reclus pendant un mois mais il y avait toujours un festival où jouer, chaque trois jours. Ce n’était plus possible, on ne restait pas concentrés. » En naîtra toutefois l’un des meilleurs morceaux de l’album : "Moving Further Away". Retour à Londres obligé, le quintet décide de construire un studio. A la production, ce n’est non plus Geoff Barrow que l’on retrouve mais les membres du groupe. Ni plus ni moins. « Nous savons exactement ce que nous voulons obtenir avec notre musique. Il nous arrive par exemple de passer des heures à enregistrer la batterie et les producteurs peuvent être ennuyés et frustrés par cela. » A l’écoute du résultat, il semblerait judicieux de poursuivre ainsi à l’avenir. Chose certaine pour Faris concernant le prochain album. Pour la suite, on verra.

 

"Chaque fraction des soixante dernières années a apporté quelque chose à la musique d’aujourd’hui."

 

En 2011, on s’est donc retrouvés face à deux albums évoquant le clair-obscur. SKYING ou le jumeau rayonnant de PRIMARY COLOURS ? Deux chefs d’œuvre éclipsant le premier essai qu’on ne retrouve même plus lors des concerts. « On le fait de temps en temps. Il n’y a pas de setlist précise. » Peut-être, mais pas une bribe n’en sera diffusée le soir même. Certainement au profit de la fluidité musicale, où des morceaux comme "Sea Within A Sea", "Mirror’s Image", "Still Life" ou "Endless blue ", to name but a few, suffisent à élever ce concert au panthéon 2011. Esthétiquement, la performance reflète cette réussite. « C’est important. Les visuels représentent l’univers du groupe. Je ne verrais pas l’utilité de passer tant de temps sur la musique et de ne pas tenir compte de sa présentation. »

Mais revenons-y à la musique, à leur son si particulier. Les membres seraient de grands collectionneurs, en possession de vinyls innombrables. Peu s’en fallait pour que la presse anglaise les surnomme le « record-collector » groupe. Tant pour la description individuelle que du style musical, parsemé d’influences. « La presse est schizophrénique. Partout. Tout est subjectif. Elle l'est également. » Evidemment, les comparaisons affluent. Pour SKYING déferlait une liste infinie de noms, passant par The Smiths, The Verve, Simple Minds, Suede ou Echo and the Bunnymen. Un principe auquel la presse se montre fidèle, celui d’agencer chaque artiste dans des cases. « De nos jours, c’est encore plus le cas car il existe une quantité de groupes à qui comparer. Si tu regardes la musique dans les 70’s, il n’y avait véritablement pas plus de vingt ans de musique moderne. La musique peut encore être inédite mais les auditeurs ou les médias pensent que si un groupe est comparable à un autre, il est dépourvu d’originalité. A mon sens, au contraire, cette longue liste de comparaisons à notre égard prouve aussi que SKYING a sa propre personnalité. » Et on ne le contredira pas. Peu importe le côté 80’s prononcé, ce troisième album réunit pêle-mêle et à sa sauce des centaines de genres, lui offrant l’intemporalité. « J’aime toutes les décennies. Les gens parlent beaucoup des 80’s. Or, chaque fraction des soixante dernières années a apporté quelque chose à la musique d’aujourd’hui. »

 

 

Pour ce qui est d’actualité, on sait que HTRK ou Warpaint dominent sa playlist. La remix pour Lady Gaga ou la cover de Beyoncé ne sont que challenges. « C’est distrayant. Transformer un genre qui ne nous correspond pas musicalement et en faire un produit qui nous ressemble. Je ne juge pas la musique de Lady Gaga mais elle fait du divertissement…pour un autre type de personnes.»

Après deux virages à 360 degrés, on ne peut raisonnablement s’attendre à quoi que ce soit de précis pour le futur. « Nous ne prévoyons pas la suite. Cela dépendra de notre humeur, de nos écoutes. Je pourrais être suicidaire dans six mois et vous vous retrouverez avec un album goth. » Et il le réussirait certainement. The Horrors sont à compter parmi les meilleurs groupes du moment. Et Faris Badwan, parmi ses plus farouches représentants. Ce qu’il touche devient or et 2011 en témoigne : un nouvel album en tête du top 5 anglais avec The Horrors et un projet parallèle en apesanteur, le bien nommé Cat’s Eyes. Nul va sans dire que si la consécration n’a pas encore eu lieu, elle arrivera très prochainement. Ceux qui répondaient présents au PTR le savent déjà. Sans doute le passage des anglais aura inspiré à beaucoup le sentiment d’avoir assisté à la naissance d’un grand groupe. Et ça, c’est inestimable.

 


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