jeudi , 20 septembre 2018
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The Doors

Live In Boston 1970 - Déchronologie

Warner / Rhino


Pour que les futurs acquéreurs n’aient pas la même surprise que moi, que trouve-t-on exactement sur ce LIVE IN BOSTON ? Le CD 1 dure 78 mn, et correspond au premier show. Les CD 2 et 3 correspondent au second show. Ils durent 70 et … 36 minutes ! Eh oui, le CD3, qui est censé comporter 14 titres, dure 36 minutes, et la plupart des plages durent 19 secondes ! Lorsque Jim Morrisson crie « more more more » dans son micro, hop la, c’est magique, cela devient une chanson, signée Jim Morrison & The Doors, qui s’appelle “More More More”. Le CD3 ne comporte réellement que… deux chansons !

Les notes de la pochette nous apprennent deux ou trois choses qu’il aurait été utile de savoir avant d’acheter le produit : Jim Morrison était complètement saoul, et les bandes enregistrées n’étaient pas techniquement parfaites. C’est vrai surtout sur le CD1. Il y a des ratés, une batterie faiblarde sur les cymbales, ça manque de basse, la guitare disparaît d’un coup… Les choses s’arrangent un peu sur le second show. Jim Morrison était effectivement défoncé, cela s’entend. Il se cramponne au micro pour ne pas s’effondrer. Sur le premier concert, son chant n’est pas incisif, le timbre est voilé, il est à peine dans le ton. Ce n’est pas lui faire offense de dire qu’il rate complètement “Road House Blues”. On le sent étranger à ce qu’il chante, et Manzarek est obligé de doubler les refrains pour insuffler un peu d’énergie. Même chose sur “Light My Fire” (CD1), dont le chant est très poussif sur la fin, ou “Alabama Song”.

Mais alors, qu’est ce qui fait qu’après plusieurs écoutes, la magie opère tout de même ? L’état de Jim Morrison s’améliore sur le second concert, sa voix s’éclaire, il semble de nouveau s’intéresser à ce qu’il fait. Et puis il y a la force des compositions, que des classiques pratiquement (les 8 minutes intenses de “Break On Through” CD2). Du caviar. Il y a encore ces instants magiques, ces reprises de blues, de “Rock Me Baby”, “Mystery Train”, “Crossroad” … Tout cela forme un long tunnel bluesy (CD1) où le groupe se laisse aller, porté par le groove. Et “Spy” issu de MORRISON HOTEL et rarement entendu. Il y a encore ces passages de “Summertime”, de “Fever” inclus dans “Light My Fire”, et ce magnifique et épique solo de Krieger (CD3). Nous avons aussi “Been Down So Long” blues crasseux impeccable, interprété à deux guitares, et qui figurera sur LA WOMAN quelques mois plus tard.

Nous avons donc une soirée entière, non montée, non coupée, composée de deux concerts. Fallait-il sortir ce CD, comme toute cette flopée de concerts inédits des Doors qui sortent en même temps ? Si un enregistrement n’est pas jugé suffisamment bon pour être commercialisé en 1970, par quel miracle le serait-il en 2008 ? Si ce n’est pour des raisons commerciales, bien sûr. Car il n’y a pas que du bon dedans. Y’a des longueurs, des à peu près, des couacs. Ce disque tient du document, ce qu’était un concert des Doors sur la fin de leur carrière. Avec un Morrison alcoolique au dernier degré, d’une humeur massacrante, qui démontrait son désintérêt croissant pour la musique. Où est passée l’énergie juvénile qu’il déployait en 1967-68 ? Le poète contrarié a pris le pas sur le chanteur de rock. Il chante de moins en moins, il déclame.

L’icône sexy en prend un coup. Morrison le monstre, l’épave, que l’on va voir sur scène en espérant qu’il disjoncte, qu’il fasse son numéro (« Hitler is alive, I slept with her last night » CD3). Ressortir ces bandes ne constitue pas, à mon avis, le plus bel hommage à lui rendre. Mais force est de reconnaître qu’il y a eu des moments grandioses ce soir-là à Boston. Et en fermant les yeux, en montant le son très fort, on s’y croirait. Alors ne serait-ce que pour raconter partout ensuite : Les Doors ? J’les ai vus en concert, à Boston, en 70, c’était génial !


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