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Sébastien Schuller

Interview

Disques Office


Sébastien Schuller nous rejoint sur la terrasse du Montreux Palace pour un entretien sincère. Personnage discret et aimable, Schuller nous parle de ses nombreuses activités, de ses influences mais aussi de Montreux. Forcément, l’endroit est idéal pour un doux rêveur de son espèce…

Lords of Rock : Pour ne pas faire faux : on dit Sébastien Schuller à la française ou à l’allemande ?

Sébastien Schuller: Non, on dit « Schouller », à l’alsacienne.

Dès la sortie de “Wipping Willow“, en 2002, je vous ai toujours associé au courant électro. Et finalement, je me suis trompé.
Ou peut-être que non (rires). Cet album là (ndlr : EVENFALL) semble plus organique. On joue principalement en groupe sur scène, mais je fais aussi de temps en temps des sets solos. Je sais aussi évoluer dans d’autres créneaux aussi organiques qu’électroniques. Dans ce cadre-là j’utilise donc un peu plus les machines. Mais même en groupe, j’ai l’impression qu’il y a un toujours un rapport entre les deux, tout se mélange. Quoi qu’il arrive. J’adore la musique électronique, j’y reviens tout le temps et suis donc influencé par cela. Ce n’est donc pas une erreur de penser que je suis rattaché à ce courant. Après, cela dépend des morceaux et de leur interprétation sur scène. Dans l’ensemble, il y a toujours des claviers, des samplers.

Entre HAPPINESS et EVENFALL, plus de 4 ans se sont passés, ce qui est tout de même une longue période. Mais j’ai entendu dire qu’il y a aussi eu des collaboration pour des films, ceci expliquant cela.
En fait j’ai fait 3 musiques de films (ndlr : Un jour d’été, Toi et moi et Notre univers impitoyable). D’une part, quand on sort un album, enfin, quand on donne une date comme 2005, il y a une année pendant laquelle on va tourner, faire la promotion. Cela vous ramène à 2006. D’autre part, ces 3 films m’ont aussi pris pas mal de temps. En fait, le dernier album s’est fait sur une période de 2 ans. Une période d’une année de composition et d’une année de production. Cette dernière était plus compliquée dans le sens où j’avais de la peine à reprendre ce que j’avais l’impression d’avoir sur démos. C’est vrai que ça m’a pris du temps et que donc cette intervalle de 4 ans peut paraître longue. Moi-même étant dans mon truc, ça paraît fou 4 ans. C’est assez drôle d’entendre des commentaires de personnes un peu jeunes écoutant ma musique en 2002, limite enfants, et maintenant ils sont adultes. 4 ans, en fait, c’est long (rires). Mais cela fut assez rempli malgré tout. Je n’ai pas tant tardé que cela sur la création de EVENFALL.

Cet enregistrement s’est-il passé tout seul ?
Non, plein de personnes y participent, mais c’est vrai que c’est un peu moi qui mène la barque. Je travaille avec un ingénieur du son qui a participé à toute l’élaboration de l’album. On s’est poussé mutuellement dans nos retranchements des mois durant. Les personnes avec qui je suis sur scène ont aussi participé au disque, mais seulement de manière ponctuelle. On a procédé par sessions où je récupérai à chaque fois les choses en les retravaillant, en les redécoupant. Tout cela prend donc du temps.

Au niveau de l’ambiance des disques, on vous assimile rapidement à Sigur Ròs ou Jay-Jay Johansson pour le côté travaillé. Ca vous touche ?
Oui bien sûr. Je ne connais plus trop Jay-Jay Johansson, je ne connaissais que son premier album. C’est assez drôle que cette référence me soit souvent citée. Je ne le connais même pas dans son évolution en fait. Je sais juste qu’il avait fait des trucs un peu électro à un moment donné. Je devrai m’y repencher puisqu’en fait ce n’est pas la première fois qu’on me le dit (rires). Il doit y avoir des parallèles. J’aime aussi beaucoup Sigur Ròs, je suis même très impatient d’écouter leur nouvel album. Mais j’ai tout de même l’impression de faire une musique bien différente. Il doit y avoir des atmosphères communes. Ces artistes vont dans des directions où je ne vais pas et vice versa. Mais c’est flatteur en effet. Les comparaisons servent avant tout à guider le public, à ce qu’il se repère dans ce qu’il va écouter et voir en concert.

On pense aussi parfois à la mélancolie de Syd Matters ou Girls in Hawaii…
Oui c’est vrai. On est sorti à la même époque. J’aime aussi beaucoup M83.

Malgré ces multiples références, on a de la peine à vous assimiler en tant que pur artiste français.

C’est vrai, mais j’ai surtout l’impression que la plus grande peine est d’assimiler un groupe dans un style. C’est assz drôle car pour le peu de gens que ça intéresse, il y a un mini-débat qui s’est ouvert entre mes 2 albums. « Voilà, finalement il ne fait pas de la musique électronique ». Les avis divergent entre le côté organique et le côté électronique, sans vouloir rester figé sur la question. “Midnight“ ou “Last Time“ poussent plus loin l’aspect électronique. Un album est fait de 10 morceaux et je pense que je m’ennuierai à faire toujours la même musique, du premier morceau jusqu’au dernier. Par chance, je n’ai pas eu le temps de finir les idées que je m’étais fixées au départ. Et finalement, les styles se mélangent. Pour conclure le sujet, je reste passionné par la musique électronique, voilà (rires).

 

Dans votre biographie, il y a ce mot « surprendre ». Est-ce que vous le faites aussi sur scène?
Pour l’instant, c’est beaucoup me surprendre sur mon rapport à la scène. C’est aussi nous surprendre, les musiciens et moi-même. On forme maintenant un vrai groupe. J’ai un ami qui fait aussi mes vidéos, c’est donc un tout où l’on arrive à faire des choses assez magiques. On ne sait pas trop comment cela s’agence, mais c’est vrai que l’envie créative est toujours présente. J’ai toujours envie de me diriger vers des choses que je n’ai jamais entendues avant ou que je n’ai pas pu faire. Dès que je commence à sentir que les choses se répètent, je tente donc de créer quelque chose d’autre.

Vous avez une certaine formation classique…
Oui, ce fut en fait une formation obligatoire en percussions, il n’y avait pas de cours de batterie moderne. J’ai été obligé de passer par là, ce qui fut très intéressant. C’a m’a fourni certaines choses, mais je n’étais pas passionné de musique classique. J’étais passionné de new-wave quand j’étais gamin.

Que pensez-vous donc de tous ces jeunes groupes se disant être influencés par la new-wave?
Je trouve qu’il y a des groupes fantastiques. Ayant été très fan de Depeche Mode à l’époque, j’apprécie énormément un groupe comme The Knife par exemple. Pour moi, il y a un bon lien entre les deux groupes tout en allant un peu ailleurs. Le projet parallèle Fever Ray est plus tribal. Je trouve que la chanteuse a une voix magnifique qui m’attire beaucoup. Après, il y a des choses impressionnantes mais restant dans la culture du single et du 45 tours. Santigold ou même La Roux me semblent être fans des eighties. C’est le genre de musique qui m’intéresse forcément. LCD Soundsystem, dans ce qu’il mélange aussi. Ces artistes sont pour tout ce qui est dans le rapport machine et plus électronique. Après, j’aime bien aussi des choses plus organiques, se mélangeant.

Ce soir (ndlr : mercredi soir), c’est aussi un mélange que se retrouver aux côtés de Bloc Party et de We Have Band.
Totalement, surtout que je ne connais pas le dernier album de Bloc Party. Mais j’avais adoré SILENT ALARM, leur premier album, notamment son dernier titre, une longue plage, plus mélancolique justement. Je trouve qu’ils ont beaucoup d’âme quand ils font des titres plus calmes. Je me souviens que Bloc Party avait aligné pas mal de tubes sur leur premier album, mais j’avais plus admiré le côté hors normes du groupe, leurs choses différentes. Je les ai déjà vu sur scène, c’est un super groupe. Je ne suis cependant pas sûr d’aimer tout le reste du travail du groupe. Mais je vais découvrir des choses ce soir, espérons-le.

On dit de cette soirée qu’elle est la plus hype du Montreux Jazz. Que pensez-vous d’être pris dans cela ?
Je ne m’en rends pas vraiment compte en fait. C’est toujours une histoire de point de vue et d’angle. J’ai aussi une tendance à me faire mes propres hypes, mais c’est tellement personnel. Je vais découvrir un groupe ou une chanson et me dire que c’est la chose la plus incroyable qu’on n’a jamais entendu. Peut-être qu’on ne sera que peu à le vivre, ou même que je serai le seul. Il faut accepter finalement d’être dans ce genre de choses. Quand ça te tombe dessus, tu ne peux rien y faire. Je n’ai pas trop de jugement par rapport à cela.

Reste à profiter du décor…
Oui, c’est magnifique, à ne pas oublier. Il faut y faire un studio d’enregistrement !


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