Rodrigo y Gabriela au Zénith de Strasbourg

 

Pour la première partie, Rodrigo et Gabriela ont invité Nick Mulvey, un songwriter londonien assez ému, armé d’une guitare classique pour nous emmener dans son univers, teinté de rock mélancolique. Tout seul sur scène face à un public pas conquis d’avance, le jeune musicien réussi son pari par son voyage musicalement original, entre virtuosité à la guitare classique, et ligne chantée plus pop. Il quitte la scène sous des applaudissements mérités et chaleureux après nous avoir signalé qu’il vendait son EP (ce sera une de mes chroniques à venir).

 

 

Après une demi-heure de pause, le temps de monter le matériel, nous devons patienter avec du AC/DC, Rage Against the Machine, The Zombies et Tool. La chanson de ce dernier groupe n’était même pas terminée que nous nous retrouvons dans le noir, avec seul une lumière rouge éclairant la toile blanche sur scène. A peine la chanson finie, le concert débute, avec de vagues ombres des deux guitaristes apparaissant ici et là. On les entend, mais on ne les voit pas encore. Au fur et à mesure de la chanson, les ombres deviennent plus visibles, de plus en plus fréquemment. Et ce n’est qu’a la fin de la chanson que le voile tombe, pour accueillir les deux légendes de la guitare. Légendes oui, parce que, dans les plus grands guitaristes que la scène du Zénith ait pu accueillir, ceux-là figurent parmi les plus impressionnants d’un point de vue technique .Utilisant leur guitare classique pour tout faire, le résultat est visuellement et musicalement impressionnant. Dès le premier titre, j’étais franchement touché par cette sonorité bien à eux (aidé une pédale d’effet alternant distorsion, wah wah, delay) au point de me dire que jamais je ne pourrais survivre si chaque titre me fait autant d’effets. Même si l’effet de surprise s’essouffle un peu au fur et à mesure du concert, le duo se sert de sa virtuosité pour faire de la musique, avec toutes les possibilités (c'est-à-dire presque infini) que leur offre leur technique.

 

 

Comme je le disais, leur guitare leur suffisait à créer un ensemble sonore complet, alternant percussions, rythmique à la guitare, et ligne mélodique. La technique de Gabriela est, en ce point, particulièrement impressionnante, alternant avec une rapidité inimaginable percussions sur le corps de la guitare et rythmiques complexes. Rodrigo bien sûr, n’est pas en reste, avec des techniques d’improvisations évoquant à la perfection tous les grands maitres, de Django Reinhardt à Jimi Hendrix, imitant même la mandoline (sur des cordes simples !) où nous faisant une démonstration de bottelneck avec une vraie bouteille de bière qui tient dans sa main (donc avec juste la pression de la bouteille, et non l’aide de ses autres doigts comme avec un vrai bottelneck.

 

 

Pour la deuxième partie, le duo invitent Alex Wilson, pianiste tout aussi redoutable qu’eux, pour des séquences inoubliables, d’une virtuosité insolente. Le public de tout âge et tout horizon (métaleux comme nos ainés plus classiques) est conquis par ce grand moment de musique. Seul bémol, si les lumières font bien partie du spectacle, les nombreux spots puissants du fond de la scène envoyés régulièrement sur le public plongé dans le noir m’auraient fait avouer ce que vous voulez, pourvu qu’ils cessent !

Rodrigo y Gabriela, vous l’aurez compris, peut se découvrir sur scène, mais tout amateur de musique doit voir de ses propres yeux cette virtuosité débouchant sur une sonorité unique. Ben oui, quand le métal vire au flamenco, le mélange est loin d’être triste.

 

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