dimanche , 18 novembre 2018
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Pully For Noise

Review

Pully, Suisse, vendredi 21 août


Review sur le fil de la première soirée du 13ème Pully For Noise, entre chaleur, splendeur et candeur. Moins proséiquement, ce fut de la balle.

 

Mesdames et messieurs, nous avons assistés dans les murs de feu l’Abraxas à un grand moment. Tout simplement. Ou comment un éreintant tour de passe-passe de Deerhunter allait déboucher sur de l’exceptionnel. En février dernier, le groupe annulait sa tournée. Bradford Cox, le fragile leader, était cloué au lit. Longuement. On avait donc dû annulé notre rencontre avec un groupe qui avait sorti probablement l’un des meilleurs albums de 2008, MICROCASTLE. Récemment, c’était avec une déception un peu dissimulée qu’on voyait enfin le groupe sur scène, à la Route du Rock de Saint-Malo, à 19h, sous le cagnard, plus léthargique que mystique. Fallait pas perdre espoir, toutefois.

 

 

 

 

17h30 hier, Pully For Noise, 13ème édition. 90 minutes avant le concert supposé de Deerhunter, alors bloqué dans des bouchons. Oui, l’attente avait du bon : le groupe est aussitôt déplacé à minuit, sous les plafonds bas de l’Abraxas, laissant à Mama Rosin le défi –presque réussi- d’ouvrir les feux. Les suisses ne se sont pas laissé démonté. Le public arrivant tranquillement ont applaudi. Malheureusement, l’affaire était d’une autre ampleur ce soir-là. En paraphrasant l’emphase d’une Busty, groupie de Rock&Folk, toute la crème de la scène indie locale était présente, ou presque. Car les indigènes déçus du concert de Saint-Malo avaient préféré hier soir la paresse. Deerhunter allaient-il être aussi énormes qu’en album ? Nous voici enfin face aux sauveurs ?

 

Deerhunter allaient-il être aussi énormes qu’en album ?

 

Pendant ce temps-là, Moriarty rassemblaient la foule avec leur univers bien à eux, décalé mais pas trop pour plaire, blues, cabaret folk pas baroque, de jolies ritournelles, qui finissent par laisser de marbre, à force qu’on les voit tourner à gauche à droite. On avait osé demandé de la nouveauté, il faudra encore patienter. Ou alors sont-ce mes élucubrations deerhunteriennes qui m’ont détourné d’un chemin éclairé ? Dans le même registre, comment parler en bien des Rambling Wheels, qui jouaient « en haut » alors que nos divagations nous emportaient loins ? N’empêche que le groupe a fait bonne figure et contribue à l’excellente tenue des groupes helvétiques présents à Pully. Car peu avant jouaient The Monofones (photo ci-dessus) dans un punk allemands ou suisse allemand parfois à l’Abraxas. Peu nombreux y étaient, mais le détour valait la peine pour se mettre en condition.

 

 

Il ne faudrait tout de même pas zapper le concert de Jarvis Cocker (photo). Deerhunter sont géniaux, les illuminés de notre génération, mais là, le Cocker, c’est le parrain qui est devant nous, à 22h30. En face de lui, des gamins, comme moi, plus assez jeunes pour s’embraser sur les cavalcades des Kooks ou de Razorlight, mais suffisamment vieux pour vénérer l’ancien leader de Pulp. Pulp, c’était l’Angleterre cul-terreuse triomphante, les petits-fours et flutes de champagnes dégueulés sur les macros. Pulp, c’était surtout un groupe brillant, une légende en puissance. Jarvis Cocker, maintenant, c’est plutôt l’air détendu, les yeux toujours globuleux, le tweed joliment cintré, mais aussi cinq musicos pour tenir la note de l’œuvre solo inégale composée à ce jour de deux albums.

 

Redonner ses lettres de noblesses à l’ Abraxas 

 

« Let’s do some exercice » introduit le dandy devenu tignassé avant de lancé impétueusement l’instrumental “Fucking Song” puis le titre “Angela”. S’en suivent “Further Complications”, “Leftlovers”, ainsi que sa perle “I Never Said I Was Deep”, à classer parmi les toutes grandes chansons de 2009. Dès lors, Cocker changera le cap direction la force de frappe de “Fat Children”, avant de dérouler sur les classiques “Black Magic” et “Don’t Let Her Waste Your Time”. En final, “You’re In My Eyes (Discosong)” alors qu’on aurait presque attendu un titre emblématique de Pulp (“Disco 2000”) tant Cocker semblait le laisser penser : « To finish something disco » furent ses mots, à peu près, tant le faux espoir avait suscité plus d’excitation que Bernard Jonzier devant une victoire de Thomas Lüthi. Dommage, ce fut donc “You’re In My Eyes (Discosong)”, mais franchement, qui aurait rationnellement attendu un titre de Pulp, je vous le demande ? Les éléments – la canicule ajoutée – jouent en la défaveur de notre bon sens.. En aparté, le néo-français s’est amusé à se prêter à un bref court d’histoire sur des évènements s’était produits 20 août avant de fantasmer : « Imagine, Robert Plant, Tchaikovsky and a Kraftwerk’s founder in a band ? I would pay a lot of money to see them live ! ».

 

 

Et nous, on aurait payé cher pour ne pas rater Deerhunter dans une salle proche de l’implosion. Ou comment l’espace d’une heure redonner ses lettres de noblesses à un Abraxas qui n’en demandait pas tant… Au niveau de la set-list, on notera une bien meilleure répartitions des pépites shoegaze du groupe, comme si jouer dans des conditions extrêmes leur redonnait des ailes. Il y a eu “Never Stops” ou “Nothing Ever Happened” forcément, mais aussi “Little Kids” ou le dyptique “Cover Me (Slowly)”-“Agoraphobia” qu’on n’osait plus attendre. Cox semble enfin dans son élément, Josh Fauver traine sa mine de panda endormi aux yeux de déterrés à la basse, Lockett Pundt reste bienveillant à l’écart sur sa guitare tandis que Moses Archuleta –« My favourite » selon Cox – tient la rythmique sans demander son dû pour un concert saillant comme une lance pour te clouer au mur moite de l’Abraxas si tu n’as pas déjà été étouffé par la centaine de freaks en puissance du public. Les absents se rongeront longtemps les doigts jusqu’au sang…

 

Photos Julien Gremaud


Un commentaire

  1. Re: Review
    Tu sais quel était le dernier titre, assez incroyable, de leur set à l’Abraxas ?

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