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Patrick Wolf

The Bachelor

Bloody Chamber Music - Musikvertrieb


On trouve beaucoup d’envieux vis-à-vis du talent de Patrick Wolf, beaucoup moins concernant ses ventes. Comme dirait Dylan, « il faudra bien un jour arrêter de confondre ce qui se vend et ce qui est bien ». Quitte à faire financer ce THE BACHELOR par ses fans via Bandstocks : et à l’écoute on est convaincu de mettre nous-mêmes la main au compte épargne la prochaine fois. Peu connu car peu accessible – sa musique touchant les esprits par le manque de repères – je me dois donc de le présenter : Patrick Wolf est un chanteur-compositeur londonien, ayant commencé sa première expérience musicale au violon –  instrument omniprésent dans son œuvre, quoique utilisé d’une façon inédite –, il se tourne vite vers les possibilités offertes par la musique électronique sans abandonner un son résolument brut. Et dès ses 14 ans lui prend l’envie de créer une musique nouvelle, rendant la vie impossible aux colleurs d’étiquette. L’écorché présente aujourd’hui son 4e rejeton, difficile suiveur du monstrueux  THE MAGIC POSITION : néanmoins, on y retrouve sa touche inénarrable, son style sans style, mais avec de véritables émotions et une imagination déroutante. C’est l’essentiel. Le disque aurait dû faire partie d’un projet double CD, regroupant ce THE BACHELOR  avec sa suite THE CONQUEROR, confrère plus optimiste. Ce dernier sortira seul, courant 2010.

 

Après le délirium “Kriegspiel”, l’album débute en trombes avec “Hard Times”, qui souligne de suite la teneur politique de la galette : « Nous nous sommes développés jusqu’à fermer les yeux sur la médiocrité applaudie », regard sur le monde aussi aiguisé que l’est sa musique. Le violon est porté ici au summum de l’irréel. Puis, on a le coup de cœur pour le titre phare : “The Bachelor”. Encore les violons qui ouvrent la marche, avec des touches pour le moins folkloriques tout en se noyant dans la rumeur électronique et le piano fougueux : un véritable hymne s’entremêle à l’intérieur de cette panoplie instrumentale. Patrick Wolf y partage la voie avec “Spinter,” dont les tons mystérieux siéent parfaitement à la musique de l’anglais. Autre hymne, celui-ci semblant tout droit sorti de la période révolutionnaire, “Damaris” frise parfois le cliché de la chanson-cantade, mais touche toutefois par son jeu de percussions et de ce qui semble être tout un orchestre. Autres titres nous sautant à la gorge, “Vulture” part plutôt sur une base fermement pop électro déjantée, tandis que “Battle” s’essaie dans des accents plus rock et noisy. En long et en large, cet album est celui de l’éclectisme, à la fois au niveau des instruments qu’à celui des styles auxquels ils sont liés ; et Patrick Wolf s’amuse à faire des assemblages inattendus, voir irréalistes entre eux, amenant certains à le qualifier de véritable « Björk » anglais.

Ces titres nous emmènent véritablement dans une ambiance filmographique, mais d’une étrangeté sans borne : on ne peut qu’évoquer des accents pop, des délires électro ou des divagations pop en parlant de la musique de Patrick Wolf, se limiter à un mot ou ensemble de mots pour qualifier catégoriquement sa musique serait un lourde faute de sensibilité. Néanmoins, Patrick Wolf flirte souvent avec les limites du mauvais goûts (à l’image du work art de l’album), se baladant à la limite des clichés musicaux et des déviances kitschissimes : voilà tout ce qui a de déroutant chez Patrick Wolf, un mélange savant de génie et de ridicule, empêchant tout jugement définitif et tranché sur sa musique. Bien joué…


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