mercredi , 19 septembre 2018
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MJF 2009

Interview

Montreux


 

Lords of Rock a rencontré les programmateurs du Montreux Jazz Café, David Torreblanca et Alexandre Edelmann. Respectivement reponsables Food & Beverage et de la communication, ces deux jeunes gens à l’aise dans leurs pompes ont aussi le job dont rêveraient pas mal de passionés de musique: programmateur d’une salle d’un festival prestigieux. Sans détours, David et Alexandre nous expliquent tout, nous livrent quelques anecdotes et parlent de leurs coups de coeurs et des groupes qu’ils n’ont pu faire venir au Café. Car non, leur vie n’est pas aussi tranquille que pourrait faire croire la photo illustrant l’article du Matin.

 

Pour débuter, comment êtes-vous arrivés à programmer le Jazz Café ?
David Torreblanca : Si tu veux, on a une fois aidé par hasard Stéphanie Moretti, alors préposée à cette tâche, en 2007. Nous sommes curieux, on adore la musique.
Alexandre Edelmann : on nous a demandé de l’aider pour des choses plus actuelles parce qu’elle vient plus du jazz. Pour rappel, elle programmait l’affiche du Casino à l’époque. C’a s’est directement bien passé, Stéphanie est partie sur d’autre projets, ils nous ont donc laissé nous en occuper exclusivement.
David : voilà, c’est tout, aussi simple que cela (rires). Le Montreux Jazz nous ont fait confiance. Ca fait maintenant 2 ans que nous faisons cela à 100%.

Ce qui a aussi donné une nouvelle orientation à sa programmation…
Alexandre : forcément. S’ils veulent faire du jazz au Café, nous n’étions pas les bonnes personnes. On est vraiment porté sur les musiques actuelles.

Vous a-t-on donné carte blanche ?
David : oui, on peut faire ce que l’on veut. Simplement il ne faut pas d’électro pure ou d’un style trop pointu.
Alexandre : pour cela, il y a le MDH Club et le Studio 41. Nous avons un créneau et, à partir de là, nous n’avons jamais reçu de consignes. Tant que ça marche…

En effet, nous avons assisté, au Café, à des dimanches ou lundis pleins, ce qui n’était pas le cas auparavant. Tout le monde est gagnant…
Alexandre : oui, c’est vrai.

Programmer The Rakes au Café est tout de même un certain risque, n’est-ce pas ? Leur cachet est sans doute assez élevé.
David : ce n’est pas forcément un gros cachet. Ca n’a vraiment pas été difficile de les faire venir.
Alexandre : ils avaient envie de venir, voilà tout.
David : mais il est vrai qu’on leur avait proposé un petit cachet, ils ont proposé un petit peu plus.
Alexandre : on reste dans un budget tout à fait raisonnable. Ce qu’il se passe, c’est que The Rakes pourraient jouer au Miles Davis Hal, mais en première partie. Certains groupes jouant au Café pourraient être de bonnes premières parties au Miles. Mais les gens n’achètent pas les billets au Miles pour les premières parties. Ils achètent la soirée complète. The Rakes tout seuls au Miles n’auraient pas vendu suffisamment de billet, c’est clair.

Est-ce que donc des groupes jouant au Café n’ont pas pu être booké dans les autres salles ?
En chœur : non non, pas du tout.
Alexandre : on travaille en parallèle. Notre avantage sur les deux salles payantes est que l’on peut faire jouer des groupes plus tardivement dans la soirée. De plus, la Conférence de presse du festival ayant eu lieu début avril, la programmation du Miles était définitive à la mi-mars. Tandis que nous avons eu jusqu’au début du mois de mai pour faire notre travail, c’est-à-dire que certains groupes ne tournaient pas forcément avant ou que leur agenda leur permettaient de faire le crochet par Montreux. Et cela, ils ne le savent pas forcément au mois de mars. Mais on ne récupère pas ce que le Miles n’a pas pu prendre.
David : on nous propose parfois des choses, mais on a tout à fait le droit de dire oui ou non. On se parle entre programmateurs. Claude Nobs est là, il désire mettre lui aussi programmer certains artistes, comme par exemple Suzanne Tedeschi ou la soirée brésilienne.

 

 

On critiquait parfois les noms programmés au Miles Davis Hall. Est-ce que le Café sert à programmer des choses plus avant-gardistes ?
Alexandre : We Have Band, qui joue en première partie de Bloc Party, est un groupe émergeant jouant au Miles par exemple. Donc il ne faut pas dire qu’il n’y en a plus au Miles. Après ce que l’on voit au Café, ou au Club pour certains Djs, marque plus parce qu’il n’y a que cela à l’affiche d’une soirée. Tandis qu’on va se concentrer au Miles sur les grosses têtes d’affiches, sans voir forcément qu’avant ces noms jouent certains groupes émergeants. Je pense par exemple à la venue de Stefan Eicher, où Finn jouait avec lui alors que personne ne le connaît à la base. Il fut donc exposé en lui donnant un projet spécial. On voit donc plus facilement ce qui se fait au Café qu’au Miles je pense. De plus, le Miles a une capacité de 2’000 à 2’500 places : l’émergeant, c’est bien, mais on ne peut pas en programmer sur tout le festival. La salle doit être remplie pour payer aussi tous les frais de production autour. Alors que les frais de productions du Café restent modestes, nous avons donc plus de marge là-dessus.

Concernant le MDH Club, cela reste le même principe…
Alexandre: Oui, c’est la même règle mais en électro et en hip hop. C’est la même philosophie mais avec un style musical différent, tout en se croisant parfois avec le Café.

On a même l’impression que l’affiche est encore plus pointue au Club…
David : tu penses à Midnight Juggernauts l’an passé ?

Oui, ou à Paul Kalkbrenner qui est le grand nom électro actuellement à Berlin.
Alexandre : alors ce sont des publics différents. C’est la même différence qu’il existe entre le Loft et le Romandie à Lausanne. On ne va pas dire que l’un est meilleur que l’autre, ce sont juste des styles musicaux différents. Maintenant Paul Kalkbrenner n’a pas sa place au Café par exemple. On voit cependant qu’il y a un public capable d’aller au Café et au Club dans la même soirée puisqu’il peut y avoir des musiques émergeantes de part et d’autre. Certains ne font que le Club, d’autres ne font que le Café, tout comme c’est le cas entre les salles payantes. Ce n’est pas un problème pour nous, les 2 salles sont toujours pleines depuis le début du festival. Les 2 salles marchent très bien.
David : nous ne faisons pas de choses pointues, on aime programmer des choses accessibles pour attirer la personne qui passe à côté s’arrête et vienne écouter. Mais tu as un peu raison de dire que le Club est peut-être plus pointu, dans l’électro entendons-nous.
Alexandre : on sera pour cela au Café plus proche du Studio 41. Les styles musicaux sont différents mais, dans l’esprit, les gens viennent, la musique est bonne, ils s’amusent.

 

 

La question rébarbative : vos coups de cœur de cette édition ?
Alexandre : moi c’est David (rires). La question coup de cœur, c’est chiant.
David : plus que des coups de cœur, ce sont des groupes que nous sommes contents d’avoir eu. Pour moi c’était Passion Pit et The Virgins. Parce que ce fut difficile avec The Virgins.

Auriez-vous aimé voir Moderat jouer au MDH Club plutôt qu’au Miles ?
Alexandre : non, je pense que le spectacle qu’ils ont fait là-bas était très bon. Il y avait juste la place, la soirée était pleine.
David : il paraît que c’était génial.
Alexandre : le Miles correspondait plus au projet. Le but est tout de même de mettre des artistes là où il se sentent bien. S’ils ne sont pas prêts pour faire le Stravinsky ou le Miles, ils se font défoncer. Ce sont tout de même des grandes scènes…

David : le Café est grand cela dit. On doit pouvoir le remplir. On pourrait même mettre des noms encore plus émergeants mais cela serait ridicule pour eux. Les gens se déplacent tout de même pour quelque chose, ils ont déjà entendu quelques morceaux du groupe. Tu connais The Big Pink ? C’est juste incroyable. Tu vois mais personne ne connaît, ça n’a pas de sens.

Alexandre : Kakkmaddafakka, qui jouent le dernier vendredi: voilà mon coup de cœur.
David : c’est un peu grossier, mais génial.

Autre question difficile : qui auriez-vous aimé programmer ?
David : Mike Snow, écoute ça, c’est vraiment génial. The Big Pink, The Maccabees…

…Qui ont sorti un album incroyable les ayant sauvé de l’oubli…
David : oui, il est magnifique, j’en ai des frissons rien que d’en parler. C’est vraiment beau.
Alexandre : j’aurai aimé The Mondrians mais on n’avait pas les moyens (rires).
David : oui les Maccabees, mais si on les avait fait jouer maintenant, ç’aurait été ridicule. Les faire jouer au Café alors que personne ne les connaît n’aurait pas eu de sens. On aurait pu les avoir cela dit.

Alors qu’ils sortent un des albums de l’année…
David : oui, je pense que ça va cartonner. On ne va déjà plus les avoir du tout l’an prochain. Fever Ray aussi, mais cela ne convient pas au Café. Mais c’est magnifique. On n’aurait pas eu assez de public pour eux. Et puis on entend tout de même les conversations au Café, le genre intimiste ne passe pas non plus.

Il a aussi quelques artistes suisses au Café, grâce aussi au Tremplin rock :
Alexandre : oui on est très content que cela se fasse. Mais on ne va pas en retirer de gloire, on a juste mis à disposition le Café. On a fait jouer Mark Kelly, Elkee aussi. Mais les groupes n’ont pour nous pas de nationalité.On a aussi fait une soirée MX3 parce que c’est une volonté de bosser avec eux. Mais sur le principe, Elkee viennent non pas parce qu’ils sont suisses, mais avant tout car on pense qu’ils ont leur place avant The Rakes.
David : un artiste pour lequel on s’est battu et que nous n’avons pas eu est La Roux. Ce n’est pas qu’elle ne tourne pas car elle fait des petits clubs. A mon avis, elle n’a pas voulu venir. Franchement, je suis frustré.

Animal Collective ?
David : trop pointu, beaucoup trop pointu ! On a aussi pensé à Deerhunter qui jouera au Pully For Noise.
Alexandre : typiquement, ce n’est pas assez connu pour le Café.
David : il y a tellement de groupes qu’on aimerait faire venir. Mais on pourrait nous enlever le Café du jour au lendemain : on vient tous les 2 d’un travail de base (ndlr : David est responsable boissons et nourriture, Alexandre communication), on fait ça un peu à côté. Le Café et le Club, c’est en plus.


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