mercredi , 19 septembre 2018
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Première partie


 

Première partie de notre grande revue d’effectif des 365 derniers jours. Au rang des grosses satisfactions: Wild Beasts, Maccabees, Golden Silvers et Kasabian. On notera au passage de cette fin de décennie la mort, de nouveau, du rock’n’roll.


The Horrors groupe de l’année. C’est du moins (à peu près) ce qui ressort des différents classements des meilleurs albums de 2009 par la presse rock anglaise. Admettons. The Horrors ont en effet à peu près tout pour plaire. Des coupes de cheveux d’enfer, un grand dadais de chanteur qui fait mouiller les culottes des filles de 15 ans et des références musicales à, grosso modo, tous les chouchous de la presse rock actuelle, Joy Division, Echo & the Bunnymen, Velvet Underground. Ne manquent que les Clash pour avoir le grand chelem (tout le monde ayant bien sûr passé sous silence la référence subliminale à Cure de la pochette du disque, Cure n’étant pas un groupe ‘tendance’). Dans les faits cela nous a donné un bon gros album massue (PRIMARY COLOURS) rempli de morceaux qui se veulent des hymnes, soutenus par une production plus hype que hype, avec même, pour le côté ‘arty’, des couches sonores qui déraillent, qui ne tournent pas rond (ce que My Bloody Valentine faisait il y a seulement 20 ans). Reste LA question : écoutera-t-on encore ce disque dans cinq ans ? On verra…

 

 

Une page est en train de se tourner

 

Derrière The Horrors, la grande info concernant le rock anglais cette année, c’est que le revival post punk / new wave qui durait depuis 2001-2002 semble plus que s’essouffler. Pete Doherty lui-même s’en est gravement éloigné avec son album solo GRACE/WASTELANDS que tout le monde a encensé comme un seul homme avant de l’oublier tout aussitôt 15 jours plus tard. Les Dirty Pretty Things de l’ancien collègue Carl Barat se sont séparés au 1er janvier, les Rakes en ont fait de même un peu plus tard après un dernier album en forme de bouquet final (KLANG) salué comme il se doit sur Lords of Rock, Editors et Maxïmo Park ont chacun sorti un nouveau disque dans l’indifférence quasi générale, The XX, sorte de dernière fusée de détresse dégainée par la presse anglaise, ne durera sûrement guère plus d’une saison avec sa musique jolie, contemplative, mais manquant sérieusement d’accroches mélodiques. Bref une page est en train de se tourner. Des petits malins l’ont d’ailleurs bien compris. Puisque le revival ‘1978-1983’ est en train de mourir de sa belle mort, eux s’attaquent directement à la période suivante, ‘1984-1986’. L’idée, donc, de faire revivre le bon gros ‘stadium rock’ de Simple Minds est-elle géniale ou affligeante ? Les White Lies ou The Big Pink, eux, en tout cas ne se posent pas la question : ils ruent à fond dans les brancards, et pour l’instant ça semble ne pas trop mal marcher pour eux commercialement parlant. Pourquoi pas ?

 

 

 

 

Au milieu de tout ce marasme, les Maccabees (photo ci-dessus) de Brighton auraient presque l’air de génies musicaux, ce qu’ils ne sont pas. Il n’en reste pas moins que leur second album WALL OF ARMS est l’une des très bonnes surprises de l’année, un disque en tout cas sûrement bien plus taillé pour durer que d’autres dont on parle davantage. Côté pop anglaise, comme à peu près chaque année depuis le début de la décennie, pas grand chose à se mettre sous la dent. Les Pet Shop Boys, Depeche Mode, Morrissey ou Brett Anderson tiennent toujours la route, mais ça ce n’est pas vraiment une nouveauté (même U2 a sorti son meilleur disque depuis plus de 10 ans et Placebo a en partie rattrapé le faux pas de l’épouvantable MEDS). Les deux bonnes surprises de l’année dans ce domaine (oui il y en a quand même) se nomment assurément Wild Beasts et Golden Silvers. Les Wild Beasts, via leur album TWO DANCERS, ont produit, sans aucun doute, l’une des musiques les plus singulières de l’année, un peu comme si les austères Antony & the Johnsons tournaient au GHB plutôt qu’au Prozac, ou comme si les colorés Scissor Sisters étaient soudain devenus sobres. Golden Silvers, eux, c’est encore autre chose. Maniant la dérision et l’auto-parodie comme une arme fatale (le genre de compliment que ne pourra jamais comprendre un fan de The Horrors), ces trois jeunes garçons ont sorti un disque stupéfiant. Les quatre musiciens de Blur auraient-ils, en 1994, été happés par une faille spatio-temporelle qui les aurait amenés à sortir leur PARKLIFE en 2009 ? C’est en tout cas exactement l’impression que donne ce TRUE ROMANCE…

 

Monstrueux Kasabian

 

Impossible de conclure ce passage en revue du rock anglais en 2009 sans parler du séisme de l’année : la séparation d’Oasis, groupe phare de la Grande-Bretagne prolétaire. Etonnamment cependant, la fin de l’aventure Oasis n’a suscité que très peu de larmes et de regrets. Il faut dire que les frères Gallagher ont presque immédiatement été remplacés dans le cœur des ‘lads’. Pas par Franz Ferdinand qui pourtant, avec son excellent troisième album TONIGHT, semblait le mieux parti pour monter sur le trône. Pas par Calvin Harris ou Florence + The Machine, deux des grands triomphateurs de l’année dans les charts outre-Manche. Mais par Kasabian. Qui l’a enfin fait. Qui a enfin fait quoi ? Qui a enfin capitalisé sur sa rythmique et son son énormes en écrivant de vraies chansons et en sortant du coup un disque monstrueux, WEST RYDER PAUPER LUNATIC ASYLUM, bourré à ras bord d’hymnes potentiels et qui du coup sonne, précisément, quasi exactement comme l’album qu’on attendait d’Oasis depuis 1995. Très fort.
Pour finir cette première partie du bilan 2009, voici un petit florilège des choses les plus incongrues vues cette l’année : Arctic Monkeys qui se met au stoner rock (on pensait qu’Alex Turner aurait pris goût aux mélodies ciselées et aux arrangements complexes après le formidable épisode Last Shadow Puppets mais non), Jarvis Cocker qui s’accoquine avec Steve Albini pour faire du hard rock, Charlotte Gainsbourg qui sort un album de trip hop alors que même Massive Attack et Portishead sont passés à autre chose (un album presque aussi joli, policé et ennuyeux que celui de Sean Lennon il y a 3 ans), Weezer qui sort un disque qui est la copie conforme du précédent (qui lui-même était la copie conforme du précédent, etc, et là ça commence à se voir…), Dylan et Springsteen qui, après d’aussi longues carrières, sont toujours capables de sortir des CD formidables, Alice in Chains, Dinosaur Jr et Pearl Jam qui tentent (avec un certain succès il faut bien le dire) une sorte de ‘grunge revival’, Archimède qui se targue de faire du Oasis en langue française, et Charlie Winston qui fait un carton monumental avec une musique pourtant pas spécialement ‘mode’ tandis qu’Ebony Bones!, elle, à l’inverse, trouve le moyen de vendre des clopinettes en ayant pourtant sorti l’un des quatre ou cinq disques de l’année (BONE OF MY BONES).
La suite prochainement.


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