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Hellfest 2015, samedi


REVIEW - Deuxième jour dans l'enfer de Clisson pour notre reporter de choc Emmanuel. Non, ce n'est pas lui que vous ci-dessous. Néanmoins, il y a comme un petit air de famille...

Le vendredi ayant été très dense, j’ai la mauvaise idée d’entamer les hostilités avec Infestus histoire de me décrasser les cages à miel. Le black metal pratiqué par ces allemands est éprouvant tant moralement que visuellement. Imagerie sombre, tempi ultra lourds puis ultra speed à l’image de « Dying Dream » qui ouvre le bal, titre issu du dernier né THE REFLECTING VOID. On est à mi-chemin du black crasseux et véloce de Deathspell Omega et des ambiances lourdes de Watain. Le soleil brille à Clisson mais pendant 40 minutes, il faisait sombre à Val de Moine. EXLLST est lui aussi mis à l’honneur. Les titres s’enchainent autour des grimaces d’Andras et d’une avalanche du hurlements/gémissements du plus bel effet. Efficace quelque soit les circonstances de planning qui oblige le combo à jouer en début d’après-midi, le black sombre et malsain des teutons ne laissera personne indifférent. Glauque.

J’ai déjà mentionné la beauté des décors dans la première partie de ce report mais disons en quelques mots supplémentaires. L’année dernière les Mainstages se voyaient affublées de toiles d’une grande qualité mais cette année l’ambiance est plutôt old-school. C’est carrément du décor « en dur » façon tatouage old-school qui est mis à l’honneur. Je ne peux pas m’empêcher, en tant que tatoué amateur d’en remarquer la qualité et les classiques du genre qui parsèment les Mainstages : roses, galion, crane, couleurs rouge, verte, jaune, cœur sacré, vagues. Une imagerie chère à Ben Barbaud, grand amateur de tatouage. Passé cette anecdote, il me faut aller me restaurer, et force est de constater qu’il n’y a que l’embarras du choix. Soucieux pour ma santé et mon bien être, j’opte pour une nourriture saine et diététique, c’est pourquoi je décide d’avaler un kebab huileux et son supplément mayonnaise ainsi qu’une crêpe au chocolat, le tout agrémenté d’une pinte de bière…

Il est déjà l’heure pour moi de décoller vers la Mainstage 1 pour écouter le grand Ace Frehley dispenser la bonne parole. Je remarque que le gaillard pioche allégrement dans la discographie de Kiss mais qui s’en plaindra ? Après tout les classiques sont exécutés avec la rigueur qu’on lui connaît et malgré le cagnard de ce milieu d’après midi, les festivaliers avachis sur les pelouses répondent présent et ovationnent les « Rocket Ride » « Love Gun » ou encore « Shock Me ». Lunette vissée sur la tronche, moustache impeccablement taillée, l’ancien Kiss en impose encore et les 64 ans printemps du « jeune homme » ne changent rien à l’affaire puisque tout le monde passe un excellent moment.  

Je tente de me rafraichir à l’aide d’un bon litre d’eau fraîche mais rien n’y fait. C’est officiel nous sommes dans les fournaises de l’enfer. Je rejoins le stand des dédicaces pour me mettre à l’ombre et constate que quelques festivaliers attendent Biohazard ce qui n’est pas mon cas. J’ai lâché l’affaire à l’époque de STATE OF THE WORLD ADRESS, album qui me paraissait déjà un cran en dessous d’URBAN DISCIPLINE. Au risque de passer pour un vieux con – ce que je suis – le combo de Brooklyn ne m’intéresse absolument plus depuis 20 ans. Ça c’est fait.

En revanche les Backyard Babies sont attendus de pied ferme par une large tranche du public dont je fais partie. Bon sang qu’il fait chaud. Le combo envoie le bois. Ça joue fort et ça joue bien tout cela au sein d’un décorum minimaliste et des amplis qui semblent disposés de travers sur scène. Tout est là pour nous rappeler que nul besoin de décorations quand on fait du punk, et puis Nick Borg en est une à lui tout seul ! Le suédois a bien vieilli je trouve, il a toujours la classe avec ses tatouages léopards le tout agrémenté du fameux béret. Le rock-punk a tout-à-fait sa place sur cette affiche très « old school » 2015. Bref un régal pour les oreilles et ces 40 minutes de concert passent vite. Je ne peux m’empêcher de penser que la Suède est un vivier inépuisable en matière de musique. Les riffs nerveux du combo ont fait mouche et croyez-moi la scène est bien chauffée pour les rockeurs australiens – eux aussi – remontés comme des coucous suisses.

Lorsqu’Airbourne arrive sur scène, je n’en peux plus. Il fait une chaleur de dingue. « Ready to Rock » est de circonstance compte tenu que le public maintenant carbonisé par la chaleur et les vapeurs d’alcool qui émane des corps de certains festivaliers, se met à gigoter d’un seul homme. Les frangins O’Keeffe gesticulent comme des fous, à tel point que dès « Too Much, Too Young, Too Fast » ils sont en sueurs comme jamais. En y regardant de plus près, il me semble que Joël donne des coups de poing sur sa gratte en guise de riffs. Ce mec est complètement déchainé. Le chant nasillard et les structures hyper dépouillés, à la  AC/DC font mouches. Qui ose faire ça aujourd’hui ? Qu’on se le dise « Girls in Black » ou encore « Stand up For Rock and Roll » sont des hymnes, et ça n’est pas donné à tout le monde d’écrire une bonne chanson avec quelques riffs et de la sueur. Si le spectre de qui vous savez a pu roder autour du combo, nos amis de Warrnambool sont devenus de grands garçons. Même si les sonorités sont teintées Rose Tattoo, Thorpe, AC/DC le style est précis et la guitare écorché de Joël vous arrache les tympans. Cette belle énergie est redoutable sur scène. Voilà longtemps que je n’avais pas vu un groupe déchainé comme ça. Bluffant.

Faisons simple : j’ai besoin d’un break, car la journée va être (très longue). Cet état de fatigue bien avancé m’oblige à aller m’allonger sur des transats dans la zone VIP afin de recharger les batteries. Dans ces lieux magnifiques où règne une ambiance à la Mad Max, je croise un certain Francis Zegut, aimable, souriant, affable, le bonhomme est vraiment chouette et agréable à écouter car il en connaît un rayon sur le sujet qui nous occupe. Le temps du concert de Slash sur écran géant au bar VIP, je me ressource en compagnie d’une bande de teutons qui n’avaient visiblement pas oublié de s’hydrater à base de houblon.

Je rejoins la Mainstage 2 pour le concert des excellents Killing Joke. Il y aurait beaucoup à dire sur l’excellente prestation des britanniques qui officient dans un sillon new wave post punk indus. Une musique unique en son genre : triste, lancinante, grasse dont les morceaux restent gravés dans la tête comme une ritournelle infernale. « Exorcism » « Absolut Dissent » ou encore « Pandemonium » plongent le public dans une danse endiablée et hypnotique à l’image d’un Jaz Coleman cérémonieux, l’homme en noir est sombre et sa voie rauque. Je suis ravi.

Lorsque ces vieux briscards de ZZ Top arrivent sur scène, le soleil est haut, le public joyeux au son de « Got Me Under Pressure » gesticule d’un seul homme, les plus jeunes et les anciens connaissent leurs classiques. C’est l’occasion pour moi d’échanger quelques mots avec un photographe roumain et je me rends compte que les texans sont de vraies légendes. Quels âges ont-ils ? Qui se cache derrière ces énormes barbes ? Mystère. Gibbons et Hill, sont un peu comme les frères Bogdanoff, peut être pourrons nous les dater au carbone 14.. Toujours est-il que la set list passe comme une lettre à la poste « Foxy Lady » fameuse reprise de Paul-Alexandre Endrixe (NDR Je plaisante hein ?! je n’ai pas oublié ce bon vieux Jimi) me replonge dans l’univers de mes 16 ans. Qu’est ce que j’ai pu l’écouter celle-là, pourtant ça n’était pas ma génération. Bref, le set des barbus est de qualité. Comment font-ils pour ne pas avoir chaud sous ces énormes barbes et ces falzars en cuir ! On parle tout de même de 30°c à 20h00 passé. La gratte de Gibbons aussi me donne chaud ! « Sharp Dressed Man » ou encore « Tush » et leur côté bluesy rock sont un régal pour les oreilles. Il faut le dire, les texans jouent à un volume tout-à-fait acceptable et nos oreilles leurs en sont grés.

On voit déjà le staff de Faith no More tout de blanc vêtu, s’agiter comme des beaux diables pour ramener de grands parterres de fleurs sur fond blanc. Belle soirée en perspective.

Comment vous dire ? Avec l’été arrivant à grand pas ce 20 juin, le soleil au zénith, une ambiance chaleureuse et un groupe que j’attends depuis mes 15 ans, je suis comme un gosse dans un magasin de jouet la veille de noël ! Le groupe va sortir le grand jeu pendant près d’une heure. Classiques interprétés au poil, son très clair et sobriété (ndr enfin Patton boira du blanc pendant tout le concert).

Bref, « Caffeine », « Evidence » et son coupley limite crooner/slam, « Midlife Crisis » et le luxueux « Easy » sont là ! Il est à noter que le dernier album tient méchamment la route, et ça n’est pas l’excellent « Superhero » qui me fera mentir.

Patton se paye le luxe d’interpeller un gorille de la sécu et de lui retirer son tee-shirt pour l’enfiler à son tour. Bordin est dantesque, il cogne comme un sourd avec cet inimitable groove. Mais bordel, pourquoi ce groupe s’était-il arrêté pendant toutes ces années ? Ils ont une pêche de dingue et savent plier un morceau comme personne. Quelle énergie. Les couleurs sont splendides : du blanc, du pourpre, du jaune. Il faut dire que ces décors floraux contraste avec le noir et les têtes de mort, FNM le sait !

Qu’écoute t-on ? ? Du jazz, du metal, du rock, du slam, du rap, impossible à définir car FNM n’entre dans aucune case. Comme le disait Ramseier sur les coups de 3H00 du mat’ : « Mike Patton est un génie ! ».

Scorpions sont des habitués. Déjà présent sur cet événement, les teutons, sont heureux d’être ici et le montrent. Quel plaisir et quel honneur de voir Meine, Schenker et Jabs sur cette scène du Hellfest. Pour les 10 ans, la set liste dressée est sur mesure, du vieux, du très vieux, du jeune, du classique.

Ça n’est pas cette satané panne de courant d’une minute qui me fera mentir. Pas troublé pour un sous, les allemands éclatent de rire et repartent de plus belle. Il faut dire que la centrale EDF a du chauffer ce week-end avec ces gigantesques écrans et les milliers de Watts mobilisés pour l’événement. Quelle puissance, quelle conviction ! Et dire que ce groupe à cinquante ans de carrière. Un paquet de gens hurlent à gorge déployée sur « Wind of Change ». Que dire des décors tout simplement dantesques. Des écrans sont disposés le long de la scène et projettent des illustrations des chansons, on y voit le Berlin des années 70 et ses murs tagués, des « montagnes » de Marshall. Le temps d’un rappel « Still Loving You » et le puissant « Rock You Like a Hurricane » et il me faut plier bagage pour la messe du révérend Manson.

Comment mieux finir la soirée qu’avec l’inénarrable Marilyn Manson qui je dois le dire, a terriblement forci depuis la dernière fois. Le son est un des meilleurs du week-end.  Cette nuée de « d’jeuns » qui poussent les uns les autres, sautillent et hurlent à la mort, et, il faut le dire, sont au taquet, prouve que Manson a et aura, toujours la côte de popularité auprès des ados.

Bien sur la déco est au rendez-vous, les zicos également. Difficile de ne pas remarquer la pâleur de leur visage et ce maquillage de jouet déglingué qui est le leur. En voyant la coupe de cheveux de Manson on pourrait presque penser à un personnage politique mort en Allemagne en 1945… L’homme a le goût de la provocation et cultive la nonchalance.

Les « Disposable Teens » « mOBSCENE » « Sweet Dreams » sont les moments chauds du spectacle. Tellement chaud que la jeune demoiselle à côté de moi s’évanouit et ça ne sera pas la seule. Le sieur Manson, sadique de son état récupère une bouée en forme de tortue et va prendre un plaisir non dissimulé à la crever avec son poignard. Le bougre prendra son temps. On imagine bien quel genre de garnement il fut !

Le clou du spectacle restera « The Beautiful People » et son final apocalyptique sur fond de fumée rouge, batterie tombée à la renverse et guitares hurlantes. Manson est venu, Manson s’en est allée. Pas de chichi, pas d’adieux. Très très bon concert. De devant, on ne distingue rien d’autre que de la fumée, quel bazar.

Il est à présent 2H00 du mat’ mon dos me fait mal, mes oreilles aussi, mais que c’est bon ! Vivement demain !

#hellfestreport


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