samedi , 17 novembre 2018
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Golden Kanine

We Were Wrong, Right?

Label: Glitterhouse Records / Irascible

INDIE-FOLK-ROCK – Le combo suédois Golden Kanine revient dans les bacs avec une troisième mouture qui sent bon la réussite. Les six compères qui ont beaucoup tourné l’année dernière ont en effet bien profité de leurs aventures pour murir de nouveaux titres et expérimenter sans concession. Formation Indie-Rock à tendance folk à l’origine, Golden Kanine affirme un tournant positif dans sa carrière, annonce une grande évolution stylistique. Esbroufe de Viking ou juste clairvoyance, que nous apporte vraiment ce WE WERE WRONG, RIGHT?

Au contraire des deux précédents opus plutôt pêchus, on remarque d’entrée de jeu que cet album décolle tout en douceur. Avec "Prelude" notamment qui donne le ton de ce que sera la nouvelle sensibilité du groupe. Le chanteur y ouvre le bal presque a cappella car seuls des cuivres accompagnent sa voix chaude et nostalgique. Différemment de son habitude, Golden Kanine débute ainsi tout en suavité et en contraste. Mélangeant le chaud et le froid, la passion et l’abattement, cette courte introduction nous surprend compte tenu du passif du groupe.

Très vite cependant le combo passe à quelque morceau plus puissant, "Flat Line", qui mélange guitare sèche et rythme soutenu de batterie binaire. On s’attendrait à une redite du style de Golden Kanine, mais il n’en est rien. Très vite le titre prend une tournure intéressante. À la fois dramatique et enrichie de rebondissements rythmiques, de guitare électrique qui tranche sur des cuivres intensément posés, la track nous emporte dans une véritable cavalcade sauvage. A la fois boisé, tendu et fort en émotion, ce titre nous surprend par ses nuances subtiles au sein d’un folk-rock endiablé.

"Cruelty" qui s’enchaine recourt à la même formule mais avec son originalité propre. À la fois doux et chaud, dansant et groovy le titre se veut aussi dramatique et fragile. Les sonorités folks s’accouplent à une batterie qui martèle et à laquelle s’ajoutent des cuivres ; une guitare électrique apporte une seconde atmosphère plus sensuelle et nostalgique au milieu cette débauche d’énergie. Le mélange est très réussi mais cette cascade d’émotions ne s’estompe heureusement pas là.

Golden Kanine qui a décidé d’affiner sa musique ne joue ainsi pas la carte du contraste musical facile en recourant à des ressorts dramaturgiques dignes d’un pathos caricatural. Le combo, habitué à délivrer un univers musical joyeux et dynamique se permet en ce sens de revisiter ce qu’il sait si bien faire. Là où il se contentait avec brio d’exploser la baraque ou de jouer des ballades, ici il nous entraine dans sa belle énergie mais avec une multitude de nuances orchestrales.

"Madeleine" et "Plans" réexplorent alors à leur tour la musique des suédois : à la fois folk dansante accompagnée de guitare électrique, "Madeleine" se veut un titre aussi agressif et déjanté avec une section cuivre qui se lâche et apporte beaucoup de mélancolie au joyeux ensemble délirant. Relevons pareillement la touche western qu’ajoute le groupe à la voix éraillée (mais douce) du chanteur qui ponctue le titre d’un sentiment de lassitude quoiqu’elle soit aussi énervée et combative.

"Plans", quant à lui, revisite un des autres atouts du groupe : la ballade. La batterie roule doucement, la musique est légère. Le xylophone apporte sa touche d’onirisme supplémentaire à une guitare sèche envoutante et entrecroisée de solos « bluesy » exécutés à la guitare électrique. C’est une chanson pour amoureux transis en pleine nature. L’effet est saisissant, on s’envole vraiment.

Cette richesse instrumentale se retrouve toujours pour notre plus grand bonheur dans tous les titres suivants de l’album avec par exemple un "No Fun" qui incorpore des éléments d’americana à la folk du groupe. Encore, le combo ajoute aussi du banjo à son ensemble sur "Crawling Back" qui figure un genre de slow country détonant avec un arrière goût subtil de soul.

Golden Kanine s’autorise ainsi tous les outrages, violente son style: le combo s’offre ainsi même le luxe d’un titre romantique et passionné empli de spleen (« Jennifer »). Les autres chansons qui concluront avec brio l’album se tinteront quant à elles de nonchalance, d’exotisme et de chaleur comme après une mauvaise passe dont on sort ("Amends", "Oh They Caught You To", "I Know I Had A Heart Once").

Au final, un album très réussi qui démontre les progrès du groupe. En affutant son style traditionnel mais en en conservant le meilleur, Golden Kanine franchit une étape importante pour se renouveler. Le combo gagne désormais en profondeur et élargit son horizon musical. WE WERE WRONG, RIGHT ? constitue en soi un univers champêtre et festif, traditionnel et heureux auquel s’ajoute l’âpreté douce des épreuves que la vie nous donne parfois à affronter. Entre joie et tristesse, nostalgie et chaleur d’un coucher de soleil, le combo nous raconte ainsi de belles histoires pleines de sens. Un album vivement recommandé donc pour tous les amateurs du genre.


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