dimanche , 25 février 2018
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Evanescence

Synthesis

Label : Sony Music Entertainment

METAL - Après s'être illustrée comme compositrice de musiques de films en 2014 pour « War Story » (bande originale étrangement ré-intitulée « Aftermath ») et comme conteuse pour enfants en 2016 avec « Dream Too Much », Amy Lee embarque les membres d'Evanescence dans une aventure orchestrale et électronique des plus surprenantes que nous avons écoutée en avant-première.

Six ans, c'est long. Bien que l'auteure-compositrice-interprète n'ait pas chômée en termes de projets annexes, ses congénères, eux, étaient restés sur la touche pendant tout ce temps (hormis quelques festivals deçà delà) et n'en pouvaient plus d'attendre de ressortir leurs guitares – n'était-ce que pour voir s'ils savaient encore en jouer. Et un matin, Amy, visiblement en panne d'inspiration, en reconversion artistique ou en dépression post-natale (ou les trois à la fois), se réveille avec un nouveau projet maquillé sous le nom de « Synthesis » : la synthèse d'une carrière très peu productive de quinze ans qui semble n'être autre qu'un best of. Certes, deux titres inédits sont disponibles et les meilleurs des trois premiers albums ont été totalement repensés et ré-arrangés, mais où se trouve le métal là-dedans ?! C'est à en avoir presque honte de publier une chronique chez Hard Force – tout aussi inadéquat que la Fnac classe toujours encore Tokio Hotel au rayon métal, alors qu'ils n'avaient même jamais été un groupe de ce genre.

Amy Lee concrétise l'un de ses rêves, puisque « Synthesis » s'accompagne d'une tournée avec orchestre symphonique. Celle-ci a démarré en Amérique du Nord un mois avant la sortie de l'album et se poursuivra en Europe au printemps prochain. Projet ambitieux et coûteux que d'emmener un orchestre sur les routes. Mais l'avantage est tout trouvé : Amy pourra économiser en équipe technique puisque les membres restants du groupe pourront toujours faire du triangle dans l'orchestre, se convertir en poseur de scotch, testeur de micro ou vendeur de T-shirts, pendant que la chanteuse s'amusera avec l'orchestre et une bande-son électronique en fond. Trêve de plaisanterie, le groupe entier sera bien évidemment présent sur scène. Mais de quelle façon vont-ils interpréter ces pièces dénuées de métal ? D'après les premières vidéos qui ont filtré sur YouTube, le groupe fait clairement du remplissage. Bien qu'Amy soit pleinement concentrée sur son chant (laissant la place à un autre pianiste sur certains morceaux), la justesse gâche parfois la performance. Mais ce n'est pas en prenant une gorgée d'eau à chaque occasion (même en pleine chanson) que la fausseté et l'essoufflement s'amélioreront. Apprendre à respirer correctement et perfectionner sa technique vocale auraient été deux bonnes choses à faire avant de remonter sur scène.

Ses pairs ont toujours considéré Amy Lee comme une artiste au talent indéniable. Il est vrai que la créativité de la meneuse du groupe est infaillible, mais son inspiration lente. Une paresse qu'on pardonne aisément lorsqu'on se replonge dans les titres qui ont fait son succès. Alors, est-ce que la magie Amy va une nouvelle fois opérer ?

« Synthesis » propose une tracklist homogène qui puise dans les trois albums du groupe et un artwork qui surpasse les précédentes pochettes d'albums. Rien de plus ordinaire qu'une « ouverture » pour introduire un album orchestral. Mais une ouverture est censée imposer un style et une émotion, que l'on ne perçoit pas du tout ici. Cette "Overture" est bien trop hésitante et tremblante. Elle ne s'affirme pas. C'est donc au morceau suivant que revient cette tâche : l'accompagnement de "Never Go Back" se révèle d'abord doux et pur de par la subtilité du piano dans les aigus, jusqu'à l'entrée de l'orchestre et de boîtes rythmiques que l'on appréciera moins.

On découvre avec curiosité "Hi-Lo", l'un des deux nouveaux titres de l'album. L'intérêt n'est pas tant les nappes électroniques qu'il introduit que ce solo de violon original signé Lindsey Stirling. Puis "End Of The Dream" est revisitée mais peine à démarrer avec une introduction qui frôle l'ennui, pour finalement passer dans une certaine violence orchestrale qui crée un fort contraste avec le début. Le morceau est ponctué de cloches qui rappellent une familière ambiance de Noël.

L'interlude "Unraveling" est totalement creux et aussi incertain que l'ouverture. La piste s'apparente à la soundtrack grinçante d'un mauvais polar anglais du dimanche après-midi. Difficile de faire transparaître une quelconque émotion à travers cet orchestre pâle et morose. Il possède des couleurs acides déplaisantes. L'interlude débouche sur "Imaginary", qui sonne plus comme une démo qu'une adaptation, un projet non abouti qui aurait pu faire partie de « Origins », l'album auto-produit ayant engendré « Fallen ». La suite n'est pas plus enthousiasmante : "Secret Door" s'avère aussi inutile que "Lithium". Subtile et discrète, "Lost In Paradise" propose en revanche des sonorités nouvelles et bien plus accrocheuses. "Your Star" s'approche d'une musique expérimentale avec des effets de voix répétitifs. On remarquera moins "My Immortal" qui n'apporte pas de nouveautés à un titre qui est déjà accompagné de cordes dans sa première version.

Sur "The In-Between", Amy aligne quelques notes de piano dans ce qui semble être au départ une improvisation, selon l'inspiration du moment. Mais ces notes aléatoires reprennent en réalité des intervalles déjà entendus dans l'accompagnement de "Never Go Back". Un auto-plagiat qui paraît involontaire, mais qui ne nous a pas échappé. En guise de conclusion, "Imperfection" tente de nous convaincre une dernière fois. En vain. Ceci étant dit, le live propose un Encore qu'on appréciera davantage : les performances douces et hantées de "Speak To Me" (BO de « Voice From The Stone ») et de "Good Enough" où Amy se laisse plus le temps de poser sa voix. On aurait également pu ajouter "Even In Death", ré-enregistrée à l'occasion de la sortie de « Lost Whispers » l'an passé.

Seules les versions de "My Heart Is Broken" et du titre phare "Bring Me To Life" proposent des arrangements intéressants, sans non plus provoquer l'extase. Mais la meilleure adaptation de toutes est sans doute "Lacrymosa" – bien que l'on déplore l'étouffement des choeurs qui font pourtant partie de l'âme de la pièce. Le morceau parvient à s'imposer grâce à son caractère envoûtant qui projette une forme de lyrisme gothique que l'on aurait aimé retrouver plus souvent. En poussant la critique jusqu'au bout, on pourrait se demander si cette force n'émanerait pas plutôt des notes composées par Mozart que de cette version…

On notera l'effort, mais « Synthesis » est tout de même très loin de surpasser les originaux. Ce que Amy avait annoncé comme étant une totale réinvention de l'oeuvre de sa vie (ce qu'elle qualifie de « soundtrack of my life »), sonne plutôt comme un prétexte pour sortir un simple best of de remixes, faute de nouvelles compositions. Si les textes et mélodies restent les mêmes (hormis quelques libertés prises en fins de phrases), certaines structures et tempos changent, mais pas non plus au point de ne pas reconnaître le titre. Pour ce qui est des deux inédits, on aurait envie de procéder à la transformation inverse : de les « métalliser » pour retrouver l'Evanescence qui nous avait séduit au départ.

Qu'est-ce qui peut bien pousser les auteurs à vouloir améliorer leurs anciennes compositions qui sont déjà excellentes, en espérant toujours pouvoir faire mieux ? Sans doute un perfectionnisme compulsif. Il est regrettable de l'écrire, mais cet album présente très peu d'intérêt. De plus, l'orchestre se voit amputé d'un élément important : le choeur, notamment sur "Lacrymosa". On n'achètera certainement pas l'album, on préférera le billet de concert : non pas pour « Synthesis », mais bien pour Evanescence.


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